Ne le dis pas aux femmes. La corruption a-t-elle un sexe?

8 avril 2012Dominique Scali
Catégories :Féminisme | Société

Les scandales autour du favoritisme et autres échanges d’enveloppes brunes auront fait couler beaucoup d’encre en 2010, et on commence à peine à parler de la désinvolture financière des dictateurs déchus. À l’heure où les pouvoirs politique et économique ne sont plus l’apanage unique des hommes, les femmes continuent d’être dépeintes comme les gardiennes naturelles de l’éthique. Mais sont-elles réellement moins tentées que les hommes par la corruption?

« Ne me pose pas de question sur mes affaires », disait Michael Corleone à sa femme dans Le Parrain. Autrement dit, le business mafieux n’est pas l’affaire des femmes. Il faut épargner leurs sensibilités morales pour que les matrones puissent continuer de garder le nid familial dans la stabilité et l’insouciance. C’était là un tableau des années 1940, mais notre imaginaire collectif continue de nous chuchoter que les femmes préfèrent rester à l’écart des transactions douteuses et des pactes d’assassinat.

C’est d’ailleurs le portrait que continue de véhiculer le cinéma américain malgré lui. Une étude publiée en 2008 portant sur 291 films policiers a montré que les protagonistes féminins et masculins ne sont pas confrontés aux mêmes épreuves. Le policier qui partage certains attributs avec le criminel qu’il pourchasse, l’agent qui doit résister à la tentation de la corruption… Voilà des thèmes qui ne sont à peu près pas abordés lorsque le héros principal est une héroïne.

Et s’il y avait du vrai là-dessous?

C’est bien connu : de façon générale, les hommes sont plus nombreux à participer à des activités criminelles. La corruption n’est toutefois pas une infraction comme les autres. Elle ne nécessite pas nécessairement d’acte violent et n’a parfois pas de victime apparente.

La journaliste Pascale Navarro a interviewé plusieurs politiciennes québécoises pour concocter son livre Les femmes en politique changent-elles le monde? Il en ressort que les femmes ont l’impression de déplorer le manque d’éthique et de transparence plus que ne le font leurs collègues masculins. C’est aussi ce qu’a découvert un collectif de chercheurs en réalisant, en 2004, un sondage dans 39 pays: les femmes ont tendance à percevoir leur nation comme étant plus corrompue que les hommes.

Celle qui incarne le mieux la politicienne intouchable et incorruptible est sans doute Michelle Bachelet, présidente de la République du Chili jusqu’en 2009. Dans une entrevue avec le quotidien El País, elle dit n’avoir jamais pensé faire modifier la constitution du pays afin de rester au pouvoir, contrairement à son homologue vénézuélien Hugo Chavez. À son avis, les femmes n’ont pas « l’attirance fatale pour le pouvoir » que ressentent beaucoup d’hommes avant de se transformer en « petits dictateurs ». Elles rechercheraient davantage le consensus et le bien commun.

L’œuf ou la poule

En 2001, deux études ont démontré qu’il y avait une corrélation entre la proportion de femmes dans une législature et l’indice de corruption d’un pays, les femmes se trouvant en plus grand nombre dans les pays moins corrompus. Les chercheurs ont donc conclu qu’il existe une différence entre les hommes et les femmes en ce qui a trait à la tolérance à la corruption, donc que la présence féminine serait souhaitable pour favoriser l’honnêteté des gouvernements.

Toutefois, ce n’est pas parce qu’on s’indigne qu’on peut changer les choses. Est-ce vraiment la présence des femmes qui décourage la corruption, ou n’est-ce pas les systèmes moins corrompus qui les incluent davantage?

En terre québécoise, Pascale Navarro constate que la présence des femmes en politique « n’a pas encore eu d’impact sur certaines mœurs, dont le financement des partis. » Ainsi, les femmes ont une influence sur le contenu des débats, mais depuis leur arrivée, rien n’a changé dans la façon dont se font les jeux politiques.

Ces Mexicaines avec badge: un scénario digne de Hollywood

Au Mexique, les forces policières ne sont pas synonymes de paix et d’ordre. Là où la corruption est profondément enracinée dans les institutions, la confiance envers les autorités est au plus bas. La mairie de Mexico a alors mis sur pied Les Dianes, une escouade policière composée entièrement de femmes qui ont pour tâche de surveiller le centre historique de la capitale.

Superstars malgré elles, deux policières ont fait les manchettes cet hiver en devenant chefs de police de petites bourgades meurtrières: Marisol Valles Garcia, 20 ans, et Erika Gandara, 28 ans. Gandara était d’ailleurs la dernière représentante de l’ordre à Guadalupe, alors que tous ses comparses masculins avaient démissionné. C’est que le nord du Mexique, et plus particulièrement sa zone frontalière avec les États-Unis, est si gangrené par les activités criminelles et les guerres dues au narcotrafic que plusieurs municipalités de la région font face à des vagues de démissions et d’arrestations massives de policiers, laissant la place… aux femmes!

Mais devant le calvaire mexicain, peut-être vaut-il mieux éviter de rêver d’un happy ending qui n’est pas près d’arriver. Erika Gandara a été enlevée chez elle le 26 décembre dernier. À ce jour, son corps n’a pas été retrouvé et la ville de Guadalupe demeure sans policiers, ni hommes ni femmes.


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