Sale hausse sexiste ?

8 avril 2012Nastassia Williams
Catégories :Féminisme | Société

Dans la foulée des débats engendrés par le mouvement opposé à la récente hausse des frais de scolarité, les étudiantes, auxiliaires de recherches et professeures de l’Institut Simone de Beauvoir, à l’Université Concordia, ont jeté leur pavé dans la mare. Au début du mois de février, elles ont présenté en grande pompe une étude selon laquelle la hausse des frais de scolarité, tout comme la tarification des services publics en général, aura comme premières victimes les femmes, en plus de perpétuer les inégalités entre les sexes.

Femmes et frais de scolarité

Selon les auteures de la Déclaration sur la hausse des droits de scolarité au Québec et son impact sur les femmes, le poids d’une hausse des frais de scolarité et de l’endettement engendré par son application est nécessairement plus lourd pour les étudiantes que pour les étudiants, puisque les femmes gagnent, encore aujourd’hui, un salaire inférieur à celui des hommes pour un travail égal. En effet, les femmes de 15 à 24 ans gagnent 71% du salaire de leurs comparses masculins. Elles doivent donc travailler plus d’heures pendant leurs études pour soutenir les mêmes frais. En ce qui a trait aux conséquences à long terme, le rapport souligne que, « même également munis d’un diplôme universitaire, les hommes et les femmes ne gagnent pas les mêmes revenus. En moyenne, une femme gagnera 863 268$ de moins qu’un homme titulaire du même diplôme, et ce pendant toute sa vie. » C’est donc dire que le remboursement d’un endettement de 25 000$ à la fin d’un baccalauréat représentera plus d’heures de travail pour les diplômées que pour leurs vis-à-vis masculins, ce qui aura évidemment une incidence sur leur performances scolaires.

Toujours selon la déclaration, en plus de limiter l’accessibilité aux études des femmes en général, le dégel imposé par le gouvernement Charest aura pour effet d’écarter les femmes issues des communautés immigrantes et autochtones des études postuniversitaires. Étant souvent dans des situations socio-économiques plus difficiles et dépourvues de réseaux de soutien familial ou communautaire, ces femmes, qui sont déjà sous-représentées dans le système universitaire, s’en retrouvent carrément exclues.

Mères aux études

Le groupe des parents étudiant-e-s est particulièrement menacé par toute hausse de la facture étudiante. C’est du moins ce que suggère le rapport présenté par l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM (IREF) sur les parents-étudiants. Sur les 8000 parents-étudiants de l’UQAM (1 étudiant-e sur 5), environ 75% sont des femmes et le quart de celles-ci sont monoparentales. On explique l’émergence de cette catégorie d’étudiants par la féminisation des cycles supérieurs. Selon un sondage effectué dans l’université montréalaise, ces femmes qui partagent leur temps entre études, travail et famille vivent déjà dans une situation de grande insécurité financière. Toujours selon l’IREF : « Si une famille biparentale doit accorder 10% de ses revenus aux études de baccalauréat d’un seul enfant, la mère cheffe de famille monoparentale, pour sa part, doit en allouer 18% pour le même diplôme. »
Cette situation est d’autant plus difficile que les mères, confrontées à des situations financières particulièrement précaires et à l’obligation de combiner travail et études, se trouvent sans autre choix que de s’inscrire à temps partiel, allongeant ainsi leur temps d’études et par le fait même leur endettement. Les universités réservant les emplois étudiants et les bourses d’excellence aux étudiant-e-s inscrit-e-s à temps plein, l’articulation travail-études-famille représente d’autant plus un obstacle. L’Institut Simone de Beauvoir et l’IREF soulignent finalement que les tâches domestiques restent encore aujourd’hui une responsabilité majoritairement assumée par les femmes, ce qui contribue à diminuer le temps réservé aux études de milliers de mères étudiantes.

Sur le terrain

Sur les campus, les organisations travaillant avec les femmes sont particulièrement investies dans la présente lutte étudiante. Mylène Geoffroy, permanente du Comité parent-étudiants de l’UQAM, partage la réalité de ses membres : « Pour les mères étudiantes, la hausse est impensable ! Il faut savoir quels sont les impacts sur leurs vies, ça ne se traduit pas systématiquement par l’abandon des études, mais ça veut dire plus de travail pour payer les études, plus d’endettement mais surtout, moins de temps pour les études et moins de temps pour leurs enfants. Elles y sont formellement opposées et la mobilisation est impressionnante. »

À l’Université de Sherbrooke, un Comité femmes a été remis sur pied dans les dernières années. En collaboration avec le Comité femmes du CÉGEP de Sherbrooke, des campagnes d’information ont été lancées sur cet enjeu précis. Valérie Lépine, militante au comité, explique que si de nombreux étudiant-e-s ont souligné l’importance de cette question, la survie du comité est en danger et la diffusion des analyses féministes dans la population étudiante reste un combat de tous les jours.

Rappelons que ce sont plus de 70 000 étudiant-e-s qui ont choisi, dans les dernières semaines, de se joindre à l’imposant mouvement de grève générale illimitée et rien ne semble présager une accalmie dans les semaines à venir. La communauté étudiante, collégiale et universitaire, dénonce l’imposition par le gouvernement Charest d’une hausse des frais de scolarité cumulative à la hauteur de 325$ par session entre 2012 et 2017, gonflant ainsi la facture des étudiants universitaires de plus de 75%. Les associations membres de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), de la Table de concertation étudiante du Québec (TACEQ) et d’autres associations indépendantes sont actuellement en train de mettre sur pied ce qui risque d‘être une lutte historique pour le mouvement étudiant.


Partager cet article
Commentaires