Pourquoi la ministre Finley veut-elle autant le « bien » des sans-emploi?

17 octobre 2012Denis Poudrier
Catégorie :Économie

Le mouvement des chômeurs et chômeuses de l’estrie (MCCE) est outré par l’opération de propagande menée par la ministre Diane Finley et plusieurs de ses collègues du conseil des ministres. Prétendre aider les chômeurs et chômeuses à se trouver plus facilement un emploi via des mesures coercitives et une campagne de peur, c’est prendre les gens pour des idiots.

Les prémisses de la ministre sont de vulgaires mensonges:

  • « il fallait s’assurer que les prestataires cherchent activement un emploi » FAUX
  • « et acceptent tout emploi convenable » FAUX
  • « encourager et appuyer les gens dans leurs démarches de retour au travail » FAUX
  • « afin que le régime d’assurance-emploi fonctionne efficacement » FAUX
  • « La loi actuelle n’est pas claire » FAUX
  • … FAUX, FAUX et FAUX

La législation actuelle oblige déjà les prestataires à se chercher activement un emploi et pénalise les gens s’ils refusent un emploi convenable ou s’ils négligent de postuler à un tel emploi. Ce sont les employés-e-s de l’assurance-emploi, les arbitres et les juges qui devaient utiliser leur jugement personnel et « humain » afin de décider si un emploi était convenable dans un cas X ou si Monsieur Y faisait ou non des démarches raisonnables afin de se retrouver un emploi convenable. La législation actuelle laissait une latitude essentielle afin de tenir compte de la spécificité de chaque situation.

La volonté du gouvernement conservateur est de s’approprier le pouvoir de définir des balises formelles nationales que devront suivre les fonctionnaires et les instances d’appel. Rappelons-nous que le projet de loi C-38 abolit les Conseils arbitraux et les Juges-arbitres de l’assurance-emploi pour les remplacer par le « Tribunal de la sécurité sociale » dont les membres seront directement nommés par le premier ministre.

Tous ces changements s’inscrivent dans le vaste processus de centralisation des pouvoirs et du contrôle mis de l’avant par les conservateurs. Ainsi, la ministre Finley pourra redéfinir quand bon lui semblera la notion d’emploi convenable sans s’adresser à la Chambre des Communes. En effet, seul l’assentiment du Conseil des ministres lui sera suffisant pour modifier la réglementation.

Pour ce qui est d’aider les sans-emploi à se retrouver du travail, il existe déjà des structures grassement financées pour mener à terme cette mission. N’oublions pas que « Emploi Québec » reçoit annuellement quelque 500 millions de dollars de la Caisse de l’assurance-emploi. De plus, il existe de nombreux organes virtuels privés permettant aux employeurs et aux chercheurs d’emploi de se trouver.

La ministre évalue que seulement 1 % des prestataires perdront leur droit aux prestations en raison des nouvelles mesures annoncées. Ce qu’elle ne dit pas ouvertement, c’est que ces changements ont pour objectif de faire diminuer les conditions de travail de centaines de milliers de victimes du chômage et de forcer les autres travailleurs et travailleuses à accepter des baisses de salaire et la perte d’avantages sociaux si chèrement gagnés.

Pour le MCCE, il s’agit là d’un pas de plus dans la stigmatisation et dans le contrôle des chômeurs et chômeuses. On augmente encore davantage la distinction entre le bon chômeur (celui qui n’a jamais – ou très rarement – eu recours à l’assurance-emploi) et le mauvais chômeur (le travailleur saisonnier, le travailleur précaire, bref celui qui a vécu plusieurs épisodes de chômage).

En conclusion de son communiqué de presse, la ministre Finley dit: « C’est important de faire des changements maintenant afin que le régime d’assurance-emploi fonctionne très efficacement pour le Canada et les Canadiens ». On se demande si elle vit sur la même planète que l’autre ministre Finley qui a coupé dans le personnel de traitement à l’assurance-emploi et imposé une informatisation déficiente des systèmes. Rappelons que son gouvernement a récemment annoncé des coupures dans la fonction publique fédérale de 19 200 postes sur trois ans.

En somme, le Mouvement des Chômeurs et Chômeuses de l’Estrie souhaite dire au gouvernement conservateur que s’il veut vraiment faire des améliorations à l’assurance-emploi, il devrait mettre en place les mesures suivantes:

  1. Un seul critère d’admissibilité de 350 heures;
  2. Un minimum de 35 semaines de prestations;
  3. Un taux de prestations d’au moins 60 % du salaire;
  4. Abolition des exclusions de plus de 6 semaines.

L’auteur est coordonnateur au Mouvement des Chômeurs et Chômeuses de l’Estrie (MCCE).


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