Les poubelles des entreprises : un premier bilan estrien

23 octobre 2012Claude Dostie Jr
Catégorie :Environnement

Même si une part grandissante des ménages estriens recycle une bonne partie de ses déchets, le portrait demeure flou quand vient le d’évaluer la participation des industries, commerces et institutions (ICI) de la région.

Les ménages génèrent, à l’échelle du Québec quelques 24 % des déchets alors qu’on parle de plus de 40 % pour les ICI. Le bilan des ICI représente donc une « zone grise » de la performance globale de la région en matière de récupération, selon les mots d’Antoni Daigle, chargé de projet au Conseil régional de l’environnement de l’Estrie (CREE). Puisque les ICI ne participent que dans une proportion de 2 % à la cueillette collective des municipalités, il est difficile d’évaluer leurs rejets.

Par ailleurs, les projets d’investissement d’entreprises de valorisation dans un futur « centre d’excellence », près du dépotoir de Bury, dépendent en partie de l’évaluation des ressources disponibles pour la transformation en Estrie. Il est donc important, selon M. Daigle, d’évaluer le « gisement » de matières résiduelles en Estrie, question d’en évaluer le potentiel commercial.

Pour remédier à la situation, le CREE, la Conférence régionale des élus ainsi que quelques entreprises comme Enerkem et Valoris, ont mandaté les Consultants S.M. afin de réaliser un inventaire des matières résiduelles d’origine autre que résidentielle dans l’ensemble de la région. C’est la première enquête du genre au Québec.

Fouiller dans les poubelles

L’équipe de S.M. a mené une enquête postale auprès de quelque 2900 industries, commerces et instituions (ICI). Seules 253 ICI ont répondu au sondage, pour un taux de participation d’à peine 9 %. La firme a aussi procédé à une « caractérisation visuelle » des matières éliminées afin de valider les résultats de son enquête postale. On a ainsi procédé au tri de quelque 200 conteneurs afin de récolter de l’information sur les matières rejetées par les ICI en 2011.

Le rapport ne nous informe cependant pas beaucoup sur la composition des matières envoyées au site d’enfouissement. 45 % des résidus seraient, selon le rapport, des « matières mélangées ». 13 % sont des matières organiques et 5 %, du plastique.

L’inventaire nous apprend néanmoins que les entreprises et institutions de l’Estrie ont envoyé quelque 112 567 tonnes de matières résiduelles à l’élimination, donc au dépotoir. L’enfouissement représente un coût important pour les entreprises et pour la région en général. Si l’on fixe, hypothétiquement, le prix pour l’enfouissement d’une tonne de déchets à 50 $, on en déduit que les ICI on dépensé 5 600 000 $ en 2011 pour enfouir des déchets qui auraient souvent pu être valorisés ou recyclés.

En Estrie, c’est 180 208 tonnes de déchets provenant des ICI qui ont été recyclées ou valorisées. Selon l’étude donc, 61 % des déchets générés par les ICI seraient récupérés. C’est nettement plus que les 36,4 % de matières récupérées à l’échelle du Québec en 2008 (voir tableau).

De ces matériaux valorisés, 32 % étaient composés de bois, 13 % de carton, de papier (7 %) et de métal (5 %). Une autre partie importante des matériaux valorisés est composée de résidus de procédés industriels comme du plastique, du caoutchouc et des cendres. Ces résidus sont souvent utilisés comme combustible dans des cimenteries ou encore à l’usine Kruger de Bromptonville. Notons que, dans l’ensemble de ses usines, Kruger affirme « détourner » quelque 450 000 tonnes métriques de matières par année des sites d’enfouissement.

Une partie des matières « valorisées » est aussi utilisée comme « recouvrement journalier » dans… des sites d’enfouissement. Ce qui ne réjouit pas M. Daigle et d’autres observateurs de la gestion des déchets au Québec (voir le documentaire PouBelle Province, de Denis Blaquière). « Le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas », affirme-t-il. Mais à défaut de les recycler ou de les réutiliser, il reste, dit-il, à « faire du mieux qu’on peut ».


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