L’industrie du ruban Rose, de Léa Pool

23 octobre 2012Romi Quirion
Catégorie :Santé

Marketing social

Une multitude de compagnies s’associent au cancer du sein pour faire mousser leurs ventes, puisque c’est une cause qui intéresse les gens. En plus, elles savent qu’en Amérique du Nord, les femmes prennent 80 % des décisions d’achats pour le ménage; elles se sentiront d’autant plus interpelées par les produits à l’effigie de la cause.

Pool nous montre que, la plupart du temps, ces industries ne sont pas conséquentes avec elles-mêmes. Par exemple, Revlon ou Avon donnent à l’oeuvre caritative, mais introduisent aussi de nouveaux produits sur le marché avec des additifs cancérigènes. Yoplait a fait de même en donnant 10 cents pour chaque couvercle de yogourt reçu par les consommateurs. Toutefois, leur production laitière était stimulée avec une hormone de croissance recombinante, liée au cancer du sein.

Certaines initiatives frôlent le ridicule : on dépense une fortune pour illuminer des monuments en rose. En 2002, American Express, avec sa campagne « Chaque dollar compte », donnait un sou par achat effectué. Que l’article coûte 1000 $ ou 10 $, la compagnie ne versait qu’un sou… Même la NFL a utilisé des accessoires roses pour redorer son image, car plusieurs joueurs avaient eu des ennuis avec la justice. On fait aussi des campagnes de sensibilisation outre-mer où il n’y a pas vraiment de cancer du sein. Dans les années 70 en Amérique du Nord, les appareils de mammographie émettaient beaucoup de radiations. Au lieu de les éliminer, on les a exportés dans des pays en voie de développement. Mais concrètement, on fait quoi ?

On peut vaincre la maladie, allez, forcez-vous!

Le cancer du sein est complexe, puisqu’il aurait 5 ou 6 formes différentes. Pour certaines femmes, la détection précoce fonctionne, mais parfois, la maladie est trop virulente… 20 à 30 % des cancers viennent de femmes à risque. Les autres, on ne peut identifier pourquoi elles ont été touchées. Seulement 15 % des fonds recueillis sont investis dans la recherche sur les causes. Si l’on ne connaît pas les causes de cette maladie, alors comment faire pour trouver un remède ? Il faut regarder d’autres facteurs, être ingénieux…

Les victimes du cancer ne se sentent pas concernées par le ruban rose. Dans le documentaire, des femmes au stade 4 (le dernier stade) ont pris la parole et trouvent cette tyrannie du bonheur exagérée. C’est comme si elles n’avaient pas droit à la colère, au désespoir, au découragement… Il n’existe pas assez de groupes de soutien pour ces femmes, qui sont vouées à mourir. Celles-ci sont également ignorées lors des grands rassemblements, puisqu’elles ne représentent pas l’image de combattantes victorieuses.

Chevauchement d’études

Par ailleurs, peu de conclusions ressortent de toutes les recherches. On investit plutôt dans le traitement pharmaceutique pour prolonger l’espérance de vie des malades. Les chercheurs des différents pays ne coordonnent pas leurs recherches, de sorte qu’on refait constamment les mêmes études. En plus, celles-ci sont effectuées seulement auprès de femmes blanches d’Europe occidentale ou d’Amérique : on étudie toujours la même population.

Certains pensent aussi qu’il faudrait aussi tenir compte des facteurs écologiques. Il a été prouvé que les femmes exposées à des fluides solubles dans le cadre de leur travail sont prédisposées aux cancers. Des chercheurs de maladies liées au travail et à l’environnement expliquent que les matières plastiques contiennent des hormones ostrogéniques qui imitent les hormones féminines. Un bon nombre de travailleuses pour des compagnies d’automobiles sont décédées de la maladie, puisqu’à l’époque, il n’y avait pas de normes de sécurité.

Il est intéressant d’apprendre que le ruban a été créé par Charlotte Haley. Au départ, c’était un bout de tissu de couleur saumon joint à un texte pour sensibiliser la population. Il y était inscrit : « Le budget annuel de l’Institut national du cancer est de 1,8 milliard de dollars. De cette somme, seuls 5 % vont à la prévention. Aidez-nous à sensibiliser nos législateurs en portant ce ruban ». La compagnie de cosmétiques Estée Lauder et le magazine Self se sont par la suite appropriés ce ruban en changeant la couleur pour adoucir la maladie et faire des profits !

Comme le mentionne si bien la docteure Suzan Love dans L’industrie du ruban rose : « Il faut apprendre à poser des questions, pas juste recueillir des fonds sans savoir où ils vont. »


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