Le pétrole québécois, une réalité?

16 septembre 2013Véronique Bérard
Catégorie :Opinion

Très bientôt, en septembre et octobre, se tiendra la Commission sur les enjeux énergétiques au Québec (CEEQ). Le Parti Québécois nous y présente l’exploitation des hydrocarbures comme une opportunité à saisir; mieux, ils y voient même une solution pour réduire notre dépendance au pétrole. C’est sans grande surprise que l’on nous garantit une exploitation responsable et respectueuse de l’environnement. Est-ce donc si pertinent, sûr et approprié de se lancer dans la voie des hydrocarbures au Québec? Y a-t-il vraiment une façon responsable et respectueuse d’extraire les hydrocarbures?

D’abord, pour nous initier au monde de « notre bon pétrole à nous », comme nous le chante Pétrolia dans sa récente offensive publicitaire, il est important de rétablir les faits. Appelons un chat un chat : le sous-sol québécois et ce qui s’y trouve n’appartient pas réellement aux Québécois. Les ressources pétrolières appartiennent en vérité aux sociétés qui ont acheté les droits pour explorer et exploiter les dites ressources. L’entente intervenue entre Hydro-Québec et Pétrolia, dévoilée les 5 septembre dernier, en est la meilleure preuve. La société pétrolière n’a rien payé pour les permis d’exploitation en échange d’une redevance « prioritaire » de plus ou moins 3% sur le prix moyen du baril.

En vérité, pendant que ces compagnies bénéficient de mesures fiscales des plus avantageuses et que leurs profits fuient vers des coffres qui ne sont pas les nôtres, les externalités négatives de ces exploitations sont souvent toutes assumées par notre État. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder du côté de la catastrophe dont Mégantic et l’ensemble des Québécois font et feront les frais pour de longues années à venir. Pouvons-nous réellement parler d’enrichissement alors que les risques environnementaux sont si énormes?

Par ailleurs, on précise rarement au grand public le fait qu’ayant dépassé le pic pétrolier, nous sommes maintenant obligés d’extraire des d’hydrocarbures non conventionnels qui sont excessivement gourmands en énergie et en eau, et extrêmement polluants. C’est le cas du pétrole de schiste qui se loge dans le sol québécois : cette extraction nécessite des quantités d’eau considérables additionnées de produits chimiques, que l’on injecte dans la roche pour fracturer celle-ci et récupérer, tout au plus, de 2 à 5 % du pétrole qu’elle contient. La fracturation, qu’elle soit à l’eau ou au gaz, comporte en elle-même d’énormes risques de contamination des nappes phréatiques et de fuite de méthane. Ces détails sont-ils connus du public? De surcroit, nous explique-t-on qu’en cas de déversements, ce type de pétrole est extrêmement difficile à décontaminer?

J’entends certaines voix dire qu’il est vertueux de vouloir empêcher cette poursuite assidue d’or noir, mais que cette position manque de pragmatisme et de réalisme. En effet, à première vue le pétrole peut sembler irremplaçable. La question est complexe et les alternatives ne sont pas assez présentes, connues et nombreuses.

Il est tout aussi pragmatique et réaliste de constater que nous arrivons au point critique d’une croissance basée sur les énergies fossiles. Nos écosystèmes ne peuvent plus soutenir nos émissions de gaz à effet de serre. Cette année, nous avons atteint le seuil critique de 400 ppm de CO2 dans l’atmosphère. Si nous sortons et brulons tous ces hydrocarbures, c’en est fini du climat. Sachant que l’industrie pétrolière bénéficie de 12 fois plus d’investissements que le domaine des énergies renouvelables, il est clair que les efforts pour arriver à ralentir le réchauffement climatique ne se sont pas traduits par des gestes au niveau politique.

Certes, le défi est énorme. Cependant, la seule avenue viable est de nous défaire de notre dépendance au pétrole. Des pays comme la Suède ont commencé à s’engager en ce sens depuis le premier choc pétrolier en 1973. Ici, au Québec, nous nous sommes souvent targués d’être l’un des endroits parmi les pays développés les moins émetteurs de GES, grâce à notre immense potentiel hydro-électrique. Il est donc crucial, pour demeurer dans cette position, de ne pas ouvrir ici une exploitation qui nous cristallisera dans un paradigme de dépendance et de risque avéré de pollution de l’eau, des sols et de l’atmosphère. Pour être réellement partie prenante des solutions, il importe d’arrêter de subventionner l’industrie des hydrocarbures et de nous tourner vers les solutions. D’autres pays ont eu le courage de faire ce choix.

Il est important que nous entamions, par cette commission sur l’énergie, une véritable réflexion. Il faut être prêt à dénoncer aujourd’hui l’offensive opportuniste des pétrolières sur notre territoire et l’aval que celles-ci reçoivent de nos élus. Soyons courageux et saisissons donc l’opportunité d’aborder de face la question de notre dépendance au pétrole tant qu’il en est encore temps.

L’auteure est étudiante et porte-parole de Moratoire d’une Génération en Estrie.


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