Vivre avec une personne qui souffre d’un trouble alimentaire

14 décembre 2013Jeane-Èva Dupuis
Catégorie :Santé

On dit qu’au moins 10 % des Québécoises entre 13 et 30 ans souffriraient d’un trouble du comportement alimentaire. À cette statistique, nous pouvons ajouter les femmes et les hommes qui souffrent d’un trouble alimentaire non diagnostiqué, non traité ou qui est non divulgué. Cela représente beaucoup de gens. Des gens qui ont une famille, un conjoint, une conjointe, des ami·es, des collègues de travail, etc. Pour eux, une multitude d’émotions peut s’ensuivre.

En effet, vivre avec une personne qui souffre d’un trouble du comportement alimentaire peut être difficile. Voir une personne de son entourage aux prises avec toute cette souffrance est une épreuve en soi. Viennent souvent s’ajouter l’angoisse, la culpabilité et le sentiment d’impuissance, des sentiments souvent vécus dans une période d’épuisement…

Il y a toutefois des façons de rendre cette épreuve un peu plus simple pour eux et pour vous.

S’informer

Connaître les troubles alimentaires est un atout pour vous et pour votre proche. En effet, comprendre la fonction, les facteurs et les conséquences du trouble alimentaire de votre proche permettra de mieux comprendre cette personne, ce contre quoi elle se bat au quotidien. C’est une façon de lui faire sentir qu’elle est considérée, respectée et soutenue. En connaissant davantage la problématique, il sera plus facile pour vous de prendre une distance par rapport à celle-ci.

Un des aspects importants à comprendre lorsque l’on vit avec des personnes anorexiques, boulimiques ou hyperphagiques est que l’alimentation et les comportements qui y sont associés (restriction, compulsions alimentaire, privation, etc.) ne sont qu’un symptôme d’un mal-être plus profond. Il n’est donc pas utile de faire des commentaires sur la nourriture ou sur les comportements alimentaires. Pour aider la personne, il est plutôt préférable d’éviter les commentaires sur la nourriture et sur le poids et de parler plutôt de ce que cela lui fait vivre en termes d’émotions. Pour bien illustrer ce propos, je citerais Catherine Hervais, dans l’ouvrage Boulimie Anorexie, Guide de survie pour vous et vos proches : « Traiter les symptômes alimentaires ne traite pas la cause de la boulimie. Une boulimique ne s’en sortira pas définitivement en apprenant à manger de tout ( sans excès), mais en apprenant à vivre pour elle-même et par elle-même, en se connectant à ses émotions et en les exprimant avec authenticité  »

Sentiment de culpabilité

Être un proche d’une personne qui souffre d’un trouble alimentaire rime souvent avec culpabilité. Les parents d’enfants anorexiques, boulimiques ou hyperphagiques se demandent souvent s’ils sont la cause du trouble de leur enfant. Toutefois, les troubles alimentaires sont des problématiques provenant de sources multifactorielles. Des facteurs individuels, familiaux, environnementaux et socioculturels peuvent déclencher un trouble alimentaire. Chaque personne est à risque de développer des troubles du comportement alimentaire de par de multiples sources qui sont uniques à chacun·e. Le parent ne peut représenter à lui seul la raison pour laquelle son enfant a développé un trouble du comportement alimentaire.

Prendre soin de soi, établir ses limites

Établir ses limites envers la personne qui souffre de troubles alimentaires devient primordial si vous vous sentez dépassé·e par les évènements, « au bout du rouleau » ou tout simplement épuisés. En effet, en tant qu’aidant naturel, la problématique de votre proche peut représenter une majeure partie de votre vie. Il est toutefois important de préserver votre équilibre dans ce tourbillon d’émotions. Bien sûr, cela semble difficile à réaliser lorsque l’on ressent qu’une personne a besoin de nous, mais il est tout de même possible d’y arriver en étant conscient·es de ce que l’on ressent et en l’exprimant à la personne.

Finalement, n’oubliez pas qu’être parent, conjoint, conjointe, frère, sœur et ami·e représente un rôle important à jouer. Vous ne pouvez être à la fois médecin, intervenant, psychologue et nutritionniste en plus d’être parent, par exemple.


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