Le plus fou de nous trois

24 février 2014Sophie Jeukens
Catégories :Culture | Poésie

vous me regardez comme ça
avec vos yeux de détours
et de détonations
et je la vois qui germe dans vos yeux
ma folie
celle des femmes d’avant
d’il y a trop longtemps
pour que vous soupçonniez même votre sœur
de fermer les poings la nuit
en serrant les dents

je les vois dans vos yeux
les grincements dans vos têtes
les grichements de vos êtres comme ceux des radios
dans des guerres satellites que l’on ne nomme pas
les radiations nucléaires
qui dorment dans la mathématique précise
de vos rires
quand vos regards lancent des pierres
comme devant les sorcières d’hier à aujourd’hui
moi aussi je croyais que c’était fini
les bûchers incessants
les restants d’incendies

vous me regardez comme ça
vos iris hérissés
tout le corps névralgique
vos pupilles dilapidées
sous vos paupières de famine
antipersonnelle
et je me rappelle
ce voile d’hystérie
que vous avez mis sur ma tête insoumise
vos voix stériles
vos doigts stridents
quand mes sœurs dans vos bras
toutes tordues par vos soldats
vos croisades invisibles
votre paix intérimaire
ma folie je l’ai trouvée au fond d’un trou dans la terre
je suis de celles qu’on a tondues pour n’avoir pas su faire la guerre

je me rappelle
ces jours où allongés l’un sur l’autre
vous me croyiez folle à m’en croquer les lèvres
à vous en mordre les doigts
je me rappelle vos voix de détours
et de détonations
quand vous parliez à demi-mot
en agnostiques du rêve
de ce monde en moi
où tout se gonfle et tout se crève
comme un ballon d’hélium
un très immense délirium

s’il faut vous le dire je suis fière d’être folle
déjantée
à déjouer les actes
de vos théâtres mis en pièces
fière d’être cinglée
cinglante
liée au vide par le ventre
avec des sangles et des sanglots
j’en ai assez avalé
de vos mondes dialysés
de vos ombres au tableau

c’est le monde qui m’avale
rond comme il tourne
et croche
comme les tranchées qui se creusent
dans les lignes de nos mains
c’est une lutte au quotidien

il y a vous, il y a le monde et il y a moi
et je me demande parfois
quand je m’endors dans vos villes
les bras tendus
les rêves en croix
qui
est le plus fou
de nous trois.


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