Culture du viol

8 mars 2014Julie Dionne
CATÉGORIES:Féminisme | Société

Qu’est-ce que la culture du viol?

Une idée se heurtant à pas mal de sagesse populaire ces temps-ci est le concept de culture du viol. Eh oui! Je confirme que des lois protègent les femmes et les hommes contre les agressions sexuelles ici. Et aussi que la plupart d’entre nous ne voulons pas violer qui que ce soit. Est-ce pourtant suffisant pour dire que nous ne vivons pas dans une culture du viol? La plupart des gens s’entendent par exemple pour dire que l’Inde est porteuse de la culture du viol. Pourtant, la mise à mort de violeur est maintenant possible, et ce ne sont pas tous les indiens qui violent. Qu’est-ce qui fait qu’une culture est de viol?

Ce texte se veut une tentative d’exploration de ce concept à travers une expérience assez personnelle, et il ne prétend pas trouver une réponse universelle à cette question. Et si vous faisiez le travail pour votre propre vie? Car je pense que chacune et chacun gagne à répondre individuellement à cette question : vis-je dans une culture du viol?

Définition

Ce texte tente de cerner les conditions nécessaires à l’émergence d’une culture du viol et les manières dont cette culture s’applique et agit. Brièvement, le terme culture du viol devrait décrire les mécanismes sociologiques menant une classe de la population à être plus vulnérable aux violences sexuelles. Il ne s’agit pas d’actions malveillantes, mais d’une réalité souvent difficile à changer individuellement. Certaines marques de ces sociétés sont des conditions permettant à la culture du viol de s’établir, d’autres sont la matérialisation de cette culture du viol en actes discriminants envers une classe sociale.

Conditions :

  1. Le maintien de tabous autour de la sexualité. Les tabous sur la sexualité rendent les discussions sur le consentement difficiles, voire impossibles lors de relations passagères. Il peut mener à la négation du non-consentement, de bonne ou de mauvaise foi, celui-ci n’ayant pas été négocié en termes explicites.
  2. La différenciation culturelle des genres. L’attribution différenciée de marqueurs culturels selon le genre est une condition nécessaire mais non suffisante à l’arrivée des autres pratiques. Elle cause un éloignement empathique de la classe dominante envers la classe dominée. On définit les femmes comme étant ceci ou cela et par conséquent, devant avoir des comportements comme ceci ou comme cela, surtout sur les questions liées à la sexualité.
  3. L’objectification. Elle consiste à réduire des personnes à un instrument de plaisir sexuel ou érotique. Elle peut être promue dans les publicités, ou par des blagues sexistes. Elle peut englober le fait de fixer des caractères spécifiques comme étant désirables.
  4. Dépendance économique et sociale et affective. La difficulté pour les femmes à ne pas dépendre des hommes pour subvenir à leurs besoins de base peut être augmentée par des préjugés sociaux dévalorisant les membres de cette classe n’étant pas encouplés. Cette dévalorisation passe entre autre par la circulation de mythes sur l’importance de l’amour, mythes visant particulièrement les femmes.
  5. L’érotisation du viol et de la domination. Elle consiste à présenter des scènes de viol ou de sexualité non consentie, ou encore de sexualité brutale comme étant excitantes. Cela a pour impact de construire des fantasmes de domination tant chez les hommes que les femmes.

Matérialisation :

  1. Le slut shaming. Il consiste à isoler socialement toute femme ne démontrant pas une moralité sexuelle assez haute. Ce comportement incite les victimes à se taire de peur d’entacher leur réputation.
  2. La tendance à la négation et minimisation du viol. Elle consiste à affirmer, en cas d’agression sexuelle, qu’il ne s’agit pas d’un acte grave ou mal intentionné. Cette tendance amène à relever tous les éléments qui ne correspondent pas au mythe de « l’agression sexuelle typique », commise de nuit, dans la rue et par un dangereux fou armé et à s’en servir pour minimiser ce qui est arrivé. Elle peut même être appliquée par la victime à son propre cas et le ou la convaincre de ne pas porter plainte.
  3. Le blâme de la victime. Elle consiste à faire porter sur la victime la responsabilité des événements et de souligner ses mœurs qui pourraient être interprétés comme des incitations à avoir des rapports sexuels avec elle. On pourra aller jusqu’à penser qu’elle a couru après, ou tout simplement qu’elle n’a pas été assez prudente. Aux accusation peuvent aussi être opposées les conséquences pour l’auteur du crime.
  4. L’utilisation du viol comme menace ou punition. A l’extrême limite, le viol peut même être une menace de punition et être mis à exécution. C’est à ce moment-là qu’il devient le plus clairement ce qu’il est : un instrument de domination.

Conséquences :

  1. Protection/emprisonnement. Les femmes vivant dans une culture du viol sont protégées par leur entourage bienveillant du déshonneur d’un viol, mais aussi des réelles conséquences physiques et physiologiques qu’une telle violence peut engendrer. Elles sont donc privées de la liberté accordée aux garçon
  2. Violences physiques et sexuelles. Les femmes vivant dans une culture du viol sont plus susceptibles d’être victimes de violences de toutes sortes.

La culture du viol est donc diffuse. La culture du viol n’est pas le fruit d’une domination exercée consciemment, mais le fruit de rapports multiples. Elle est souvent héritée d’une tradition. Elle est appliqué passivement, autant par les femmes que les hommes, et autant aux hommes qu’aux femmes, même si des différences de traitement sont remarquables dans nos sociétés.

Maintenant, sommes nous dans une culture du viol? Je tente d’y amener une réponse à travers le kaléidoscope suivant. Ce sont des citations qui ont émaillées ma vie. La plupart sont récentes, certaines sont plus vieilles.

L’amour et la sexualité, un conte de fées?

«Sur sa bouche en feu qui criait « sois sage! », il posa sa bouche en guise de baillon,
et c’fut l’plus charmant des remue-ménages, qu’on ait vu d’mémoire de papillon.»

«Je me souviens que ma mère m’ait empêchée d’aller jouer au sous-sol avec les autres, cette fois là. J’ai appris des années plus tard qu’il venait d’être accusé par une fillette de notre entourage d’attouchements sexuels. Mon premier sentiment en le sachant a été la colère, celle d’avoir été privée de jeux, parce qu’on préférait maintenir le tabou que de me laisser la liberté à laquelle j’avais droit.»
«Les lois sont comme les femmes, elles sont faites pour être violées (Rires)»

«Et rappelle toi, aucun lâche ne peut gagner l’amour d’une lady!»

«Mais quand le regard de Anne croisa celui du garçon assis au pupitre en face du sien, elle ressentit une étrange impression, comme si elle venait de découvrir son génie.»

«Elle savait qu’il ne voulait pas mal faire. On ne pouvait raisonnablement pas appeler ça un viol, elle avait après tout dormi dans le même lit que lui. Elle se retourna contre le mur, en maudissant son étourderie, et surtout cette peur qui l’avait saisie au moment de parler et de lui expliquer qu’elle n’en avait pas envie. Et si elle était enceinte? Comment sa mère réagirait?»

«Violer une féministe, c’est pas vraiment un viol.»

«Mon rêve ne serait pas complet, sans toi.»

«Elle cherchait encore celui qui la comprendrait sans qu’elle n’ait à lui dire, qui saurait poser les gestes. Son « true love », son prince charmant. Il était là quelque part, et l’incapacité des autres à la deviner montrait bien qu’il ne s’agissait pas d’eux!»

«Quand on fait un rêve plusieurs fois, on dit qu’il se réalise.»

«Elle prit son argent, en baissant les yeux. Il avait encore les pantalons baissés et ne s’occupait plus d’elle. La lueur de désir s’était éteinte dans ses yeux. En sortant de l’auto, deux jeunes hommes la sifflèrent. Elle marcha un peu plus vite, et au coin de la rue, entra dans l’auto d’Éric, lui remit l’argent. Une boule lui bloquait la gorge.»

«Bien sûr, avec son poids, elle ne pouvait pas s’attendre à rencontrer l’âme sœur.»

«Elle aimait cette image qu’elle avait d’elle-même, quand elle baissait pudiquement le regard, quand elle attendait qu’il vienne à elle. Inaccessible, intouchable, virginale. Ça lui allait bien. Elle ajouta un peu de fard à paupière, pour que ses yeux aient l’air plus enfantins. Elle ne pouvait décidément pas se passer de maquillage, pas avec ses yeux. Dommage que la nature l’ait faite ainsi. Elle remercia secrètement Dieu de l’avoir mise au monde en cette ère où de petites tricheries lui étaient possibles.»

«Je connais déjà mon avenir. Mon avenir, c’est toi.»

«On ne voyait que trop que le Prince était charmant, que je ne pouvais aimer que lui.»

«Il me pousse contre le mur, m’agrippe les deux mains, et les cloue au-dessus de ma tête tout en m’immobilisant avec ses hanches. De sa main libre, il m’attrape par les cheveux et tire dessus pour me renverser la tête en arrière ; il écrase ses lèvres sur les miennes. C’est presque douloureux. Je gémis, livrant passage à sa langue qui en profite pour explorer ma bouche.»

«Un vrai amoureux est protecteur, très jaloux et nous aime!»

«Quelques heures par semaine au gym et elle verra des résultats.»

«Quelqu’un va la punir avec sa queue!»


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