Parler Québec

9 juin 2014Guillaume Houle

Il y a de cela quelques années, au début du XXIe siècle, j’utilisais parfois le service de covoiturage Allo-Stop Montréal (paix à son âme). Au cours de l’un de ces voyages, j’ai eu l’occasion de discuter avec un ancien militaire qui s’était réorienté en science ou en génie.

À un moment de la conversation, le sujet de la politique arrive sur le tapis :

— Si j’comprends bien, t’es un séparatiste ! ?

— Je suis souverainiste.

— Tu veux dire que tu veux briser le Canada ?

— Non, je veux que le Québec devienne indépendant, qu’il prenne en main son avenir politique, fiscal, culturel, linguistique et législatif.

— Oui, mais… j’ai des amis au Canada.

— Et ?

— Je ne pourrai plus aller les voir.

— C’est drôle, au référendum de 1995, le camp du OUI parlait de frontières ouvertes, comme à l’européenne. Pourquoi ça serait différent aujourd’hui ? Qu’est-ce qui t’empêcherait d’aller voir tes amis ?

— J’savais pas ça. Et les gens qui perdraient leur emploi ?

— Je reviens encore à 1995 : on parlait aussi de garder la monnaie canadienne et les institutions qui sont nécessaires. Rome ne s’est pas construite en un jour, alors le processus vers l’indépendance prendra le temps que ça prendra. D’une manière ou d’une autre, les emplois et les services survivront à une transition de gouvernance.

— Personne ne m’a jamais parlé de ça. Mais quand même, la séparation serait mauvaise pour l’économie, non ?

— Les gens d’affaires prônent le statut quo, c’est certain. Mais regarde aujourd’hui : les commerces québécois et canadiens ferment pour être remplacés par des commerces américains, des sièges sociaux québécois quittent vers l’ouest et même parfois vers l’est, des firmes étrangères exploitent nos ressources… nous sommes en train de perdre nos acquis gagnés dans la 2e moitié du XXe siècle. Dans pas long, nous serons à nouveau dépendants… des descendants des patrons de nos aïeuls du XIXe et du XXe siècle.

— Toi, pourquoi veux-tu que le Québec se sépare ?

— Est-ce qu’une femme mariée de force pour être assimilée à la culture de son nouveau mari est vraiment mariée ? Je crois que le Québec doit devenir indépendant parce que, écoute les Québécois de tous les âges parler, nous sommes en train de perdre notre langue, notre culture. L’anglais remplace le français dans nos conversations entre francophones. Les cultures américaine, européenne et asiatique prennent toute la place dans notre imaginaire. Ça prend un projet de société fort, un état fort qui nous accompagne, qui nous aide à nous ré-enligner, à rester ouverts sur le monde sans y perdre notre âme, notre identité, notre langue.

Dernier point : un pays, Québec ou Canada, c’est imaginaire. La langue, la culture et les valeurs, ça, c’est réel. Ce qui est aussi réel, c’est que nous sommes en train de tout perdre. Petit à petit, morceau par morceau.

En 2014, qu’en est-il de la souveraineté ? Il faut bien se rendre compte que nous avons fait une erreur de calcul importante : nous avons arrêté de dire « les vraies affaires » de la souveraineté.

Alors le Parti Libéral du Québec du Dr Philippe Couillard en profite pour mitrailler le projet de tous les mensonges anti-Québec présentés ci-haut : l’imaginaire fracture territoriale, la normalité d’apprendre l’anglais (alors que peu d’anglo-canadiens parlent français), le discours sur l’économie (sur laquelle nous perdons prise peu à peu… en 11 années et demie de gouvernance libérale), etc.

Qu’en est-il, donc, de la souveraineté ? Les jeunes ne sont plus là. Ils pensent à la dette, ils pensent à l’économie, ils pensent aux Rocheuses (lesquelles s’en foutent bien dans quel pays elles sont). Peu importe leur degré de culture, les jeunes pensent à ce dont on leur parle.

Alors c’est le temps de recommencer à leur parler du Québec, afin qu’ils puissent en rêver à nouveau plutôt que de penser tout le temps à aller vivre ailleurs.

Nous avons beaucoup de choses à nous dire. Mieux vaut commencer tout de suite. Fête nationale du Québec ou pas.


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