Qui souhaite la mort de Radio-Canada?

17 juin 2015Marie-Ève Vaillancourt

Une grande question d’actualité à se poser. Une question sur laquelle le journaliste Alain Saulnier s’est penché suite à son congédiement controversé en 2012 alors qu’il était directeur de l’information de Radio-Canada. Saulnier a souhaité rendre publique sa réflexion approfondie sur la question dans Ici était Radio-Canada, qu’il présente comme un plaidoyer pour Radio-Canada/CBC.

Un plaidoyer certes, mais un ouvrage de rigueur et d’une grande neutralité dans l’exposition des faits, à l’image du respect qu’a Saulnier pour l’information et la déontologie journalistique. L’histoire du diffuseur public y est présentée chronologiquement avec la contribution de nombreuses personnes interviewées (personnalités politiques et journalistiques) afin d’appuyer les propos du livre. Depuis ses débuts, c’est une histoire de survie ponctuée des volontés politiques des gouvernements successifs. L’impact de la proximité politique partisane sur le mandat d’un diffuseur public y est bien explicité.

Étonnamment, lors de sa création en 1936, Radio-Canada avait pour mission de promouvoir l’unité nationale et ce sont les journalistes qui ont forcé la neutralité de l’information. Radio-Canada/CBC a toujours su innover notamment en étant la première à diffuser des nouvelles internationales.

Ici était Radio-Canada a peu fait jaser malgré l’importance du mouvement des Amis de Radio-Canada. De grandes problématiques y sont pourtant soulevées: l’inquiétude des citoyens face aux coupures; la proximité du conseil d’administration de Radio-Canada avec le Parti conservateur (10 des 12 membres du conseil d’administration sont des contributeurs du Parti conservateur du Canada); la place de la publicité dans le financement, le contexte actuel de la liberté journalistique, etc.

Selon le livre, le seul moyen de se différencier et d’offrir une information neutre se trouve dans le financement public. Le financement moyen des diffuseurs publics est de 87$ par habitant, ce qui va bien au-delà des maigres 34$ du Canada. Des 18 pays sondés [1], la Norvège arrive en tête de liste avec 164$ par habitant et les États-Unis sont bon derniers avec seulement 4$ par habitant. Les services privés d’information sont biaisés par la logique de clientélisme qui les régit. Conserver notre diffuseur public sans le restreindre à la logique commerciale demande une volonté politique. Financer notre diffuseur public, c’est faire un choix de société pour répondre positivement au droit fondamental d’accès à l’information en offrant une information indépendante.

À quel moment peut-on identifier le glissement de Radio-Canada/CBC? Quels sont les avantages de se doter d’un diffuseur public? Comment toucher l’égo de l’individu pour le convaincre de se battre pour son information? Au cœur du projet politique de démantèlement de l’État, le diffuseur public est une cible intéressante.

Ici était Radio-Canada, parue en 2014 aux éditions du Boréal, offre une vue de l’intérieur et permet de voir les dessous de l’histoire de notre diffuseur public. Le Collectif régional d’éducation sur les médias d’information vous recommande fortement cette lecture.

[1] Financement des diffuseurs publics dans le monde, tableau p.9, Livre Blanc sur l’avenir de CBC/Radio-Canda, version abrégée, avril 2014.


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