Pour qui les libéraux provinciaux voteront-ils le 19 octobre?

13 octobre 2015Pier-Luc Brault
Catégorie :Politique fédérale

Au moment d’écrire ces lignes, il ne reste plus que huit jours à la plus longue campagne électorale fédérale de l’histoire moderne du Canada.

Ç’aura été, c’est le moins qu’on puisse dire, une bien drôle de campagne. Elle a atteint son sommet d’improbabilité lorsque la question du port du niqab lors de la cérémonie d’assermentation, enjeu mineur s’il en est un, a chamboulé toutes les prédictions. Ainsi, Stephen Harper a désormais de véritables chances de se voir accorder un quatrième mandat consécutif à titre de premier ministre, Gilles Duceppe a bon espoir de retourner à Ottawa avec une poignée de députés, et presque plus personne ne s’attend à voir la famille Mulcair emménager au 24 Sussex dans un proche avenir.

En ce qui concerne Justin Trudeau, il est en voie de devenir le meilleur espoir de ceux et celles qui entendent voter stratégiquement pour barrer la route aux conservateurs. Il aurait fallu beaucoup d’audace pour prédire ce revirement de situation il y a à peine un mois. La question du niqab semble curieusement avoir fait moins mal aux libéraux qu’aux néodémocrates, alors qu’ils partagent pourtant la même position. Peut-être est-ce en partie dû au fait que le Québec est la province où cet enjeu est le plus sensible, et que c’est dans cette province que le NPD a le plus à perdre.

Peut-être aussi cette remontée des libéraux au détriment des néodémocrates est-elle attribuable à quelques cartes payantes jouées par le Parti Libéral au cours de cette campagne. Quelques propositions phares du parti, telles que son plan d’investissements en infrastructures moyennant trois années supplémentaires de déficits, et son engagement à augmenter les impôts des plus riches pour diminuer ceux de la classe moyenne, ont fait dire à certains que le NPD s’était fait dépasser sur sa gauche. À ce sujet, il ne faut pas se leurrer : on ne mesure pas le progressisme d’un parti à sa propension à réaliser des déficits, et la plateforme néodémocrate comprend bien davantage de mesures sociales que celle des libéraux. Cela dit, sur le plan de la communication, les libéraux sont parvenus à se démarquer avec un petit nombre d’engagements audacieux, pendant que le NPD menait une campagne plus prudente.

Il était pour ainsi dire surréaliste d’entendre Justin Trudeau, durant un débat des chefs, reprocher à Thomas Mulcair de choisir la voie de l’austérité. C’était au moment de la campagne où le chef néodémocrate décidait de s’engager à la rigueur budgétaire absolue alors qu’on nous annonçait une récession, apparaissant ainsi moins interventionniste que son adversaire libéral. Mine de rien, cette anecdote électorale témoigne d’une belle réussite pour les mouvements sociaux au Québec : sous le régime des libéraux provinciaux, le mot « austérité » est devenu un épouvantail que même les libéraux fédéraux ont choisi d’utiliser pour discréditer leurs adversaires.

Cette situation a pour effet de placer les libéraux provinciaux du Québec dans une étrange position, notamment parce que plusieurs membres du PLQ militent aussi pour le PLC. C’est donc dire que dans la conjoncture actuelle, ces libéraux militent pour l’austérité au provincial, et pour l’anti-austérité au fédéral. Ceux qui refuseront de se livrer à ce paradoxe devront de toute évidence donner leur voix à une autre formation… mais laquelle? On peut exclure d’emblée le NPD. Bien que ce parti soit dirigé par un ancien ministre libéral provincial, il demeure probablement trop à gauche pour la plupart des libéraux provinciaux du Québec. Le Parti Conservateur est à mon avis la formation politique fédérale la plus proche idéologiquement du gouvernement libéral de Philippe Couillard, mais les militants du PLQ seront-ils prêts à l’admettre, avec tout ce que cela implique?

On parle souvent de la difficulté pour les indépendantistes de gauche du Québec à s’identifier à un parti politique fédéral. De toute évidence, les fédéralistes de droite du PLQ ne doivent pas avoir beaucoup plus de facilité en cette matière par les temps qui courent. Je pose donc la question : pour qui les libéraux provinciaux voteront-ils le 19 octobre?


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