Mini-maison, maxi liberté

26 octobre 2015Laurence Williams
Catégories :Entrevue | Environnement

En juillet dernier s’est déroulé le tout premier Festival des mini-maisons au Québec et au Canada. Organisé à Lantier dans les Laurentides, cet événement a attiré plus de 6000 curieux venus de différentes régions du Québec. Des conférences sur les thématiques de l’autonomie alimentaire et énergétique, des forêts nourricières, de l’écohabitation et de la revitalisation des régions ont eu lieu. De plus, plusieurs couples ayant relevé le défi de la construction de leur mini-maison ont partagé leur expérience et ont participé à stimuler l’engouement et l’intérêt des participants envers le mouvement des tiny houses au Québec.

À l’ère où devenir propriétaire d’une maison rime souvent avec endettement et où près de 50 % des rénovations incluent l’utilisation de pétrole, Yoan Joncas et Gaëlle Lévesque Asselin ont entrepris la construction de leur maisonnette mobile de 160 pi carrés. La mini-maison est conçue pour être complètement autonome en eau ainsi qu’en énergie, et ce, grâce à la créativité du jeune couple, pour moins de 20 000 $. Voici en quelques mots un résumé de leur démarche.

Pourquoi vous êtes-vous lancés dans l’aventure qu’est la construction d’une mini-maison?

On voulait se donner les moyens d’accomplir d’autres projets ! Le temps et l’argent consacrés à l’entretien d’une maison, ainsi que les nombreuses heures à travailler pour rembourser l’achat de celle-ci ne sont pas des aspects dans lesquels nous souhaitons investir de l’énergie dans nos vies. Le prix des maisons est de plus en plus élevé alors que le revenu de la population diminue. Ce choix de ne pas investir dans un lieu de résidence conventionnel nous permet d’être propriétaires rapidement, tout en conservant une liberté financière et en pouvant déménager d’une région à l’autre à notre guise. Il y a aussi une grande fierté associée au fait de créer soi-même son chez-soi, de penser à l’utilité de chaque détail. C’est un projet stimulant et valorisant qui ne se termine jamais vraiment.

Comment votre mode de vie s’inscrit-il dans une démarche de changement social?

Avoir une mini-maison participe à démontrer que la simplicité volontaire est fonctionnelle et agréable : il est tout à fait possible d’avoir une excellente qualité de vie tout en minimisant les coûts liés à celle-ci. Cette simplicité n’est malheureusement pas encouragée par plusieurs municipalités, ces dernières imposant une dimension minimale pour les habitations. Ce concept est plutôt absurde selon nous, puisqu’il encourage la surconsommation. Dans le même ordre d’idées, il est intéressant de comparer l’utilité qu’ont les objets que l’on possède au pourcentage d’espace qu’ils occupent dans nos maisons. Dans notre cas, on maximise les objets multifonctionnels, et, pour chaque nouvel objet qui entre dans la mini-maison, il y en a un qui sort ! Un peu comme pour un individu : « tout est dans le perfectionnement et non dans la perfection ». On améliore notre mini-maison au fil de nos apprentissages et des ressources qu’on acquiert.

L’autosuffisance énergétique est aussi une forme intéressante d’engagement dans une démarche de changement social : notre maison n’est raccordée ni à l’eau ni à l’électricité du système municipal. Nous avons en quelque sorte perdu la connexion avec la technologie, en retrouvant celle que l’on souhaite entretenir avec la nature. Habiter dans une mini-maison nous incite aussi à maximiser les moments à l’extérieur, ce que nous apprécions. Ce mode de vie entraîne une certaine responsabilisation face aux ressources que nous consommons, et une appréciation de celles-ci : nous vivons au rythme du soleil et utilisons avec parcimonie l’énergie générée par les panneaux solaires.

Que diriez-vous à vos semblables qui souhaiteraient aussi se construire une mini-maison?

On leur dirait qu’il faut tout d’abord croire en son potentiel ! Nous n’y connaissions absolument rien au départ et avons pourtant réussi à construire une maison dont nous sommes fiers. Croire en soi et en ses capacités est primordial. Il faut aussi devenir un peu « patenteux » et être observateur : quels sont nos besoins? comment voulons-nous y répondre?

Le fait de vouloir économiser le plus possible entraîne souvent une montée étonnante de créativité ! Il faut simplement être à l’écoute. Considérer ses ressources (matérielles, relationnelles : les contacts et amis, etc.) est également un élément important pour amorcer le projet avec des bases solides. Finalement, il faut tout simplement prendre son temps : peu importe le temps qu’il faudra pour concrétiser votre rêve de mini-maison, « le but, c’est que ça marche » ! En effet, ne pas se presser dans les démarches permet de « se laisser porter par les opportunités » et de trouver des matériaux recyclés ou des contacts qui finissent par s’avérer importants au cours de la construction.

Pour suivre Gaëlle et Yoan dans leur projet Chicou Tiny House sur Facebook.


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