Souhaiter pour 2016

17 janvier 2016Sylvain Vigier
CATÉGORIES:Environnement | Réflexions

L’année 2015 s’achève tout aussi dramatiquement qu’elle a débuté. Dans le sang, l’arbitraire, l’effroi lié à l’ampleur du drame et de la surprise qu’il représente dans nos sociétés relativement pacifiées. La guerre sous formes multiples – en Irak, en Syrie, au Mali, dans tous les terrains de désastre que je ne peux nommer de mémoire ou par ignorance – arrache de chez eux des millions d’hommes, de femmes, d’enfants. Pour les chanceux qui survivent aux écueils du chemin de l’exode, ils sont accueillis avec suspicion et des barbelés.

Tableau noir d’une année 2015 qui ne put être éclairée par la coupe Stanley arrivant à Montréal. De 2015, l’évènement mondial de la conférence sur le climat (COP21) donne matière pour souhaiter une moins malheureuse année 2016 et espérer un avenir souriant.

Attention spoiler

La période des vœux de la nouvelle année est celle de la projection vers un futur que l’on espère à notre image. Une page blanche sur laquelle coucher nos aspirations, nos rêves, les éléments de notre personnalité que l’on compte — croix de bois, croix de fer — améliorer pour être une meilleure personne pour nous et nos proches.

Au crépuscule de 2015 je relisais la bande dessinée de Alan Moore et Dave Gibbons « The Watchmen » (Les Gardiens). Sa morale me fit vagabonder vers un futur enthousiaste, inspirant, créatif. Pour ceux qui n’ont encore jamais lu cette histoire : attention spoiler.

L’intrigue de cette BD se passe dans une année 1985 fictive, mais pas tout à fait différente de la réalité. Richard Nixon effectue son 3e mandant présidentiel à la tête des États-Unis d’Amérique. Comme dans l’année 1985 que nous avons connue, la Guerre Froide devient extrêmement chaude entre les USA et l’ennemi socialiste de l’URSS. Pour éviter l’anéantissement nucléaire qui pointe entre les deux ennemis intimes, un des héros de l’histoire provoque une catastrophe au cœur de New York : l’apparition et l’exposition soudaine d’un être vivant créé de toute pièce et suggérant une invasion extra-terrestre. Face à la panique créée par l’apparition d’une menace de l’extérieure, les petites mesquineries entre Est et Ouest se dissolvent pour conjurer ce mal plus grand qu’eux. D’un seul coup, la menace nucléaire atteint le degré zéro et une collaboration mondiale se met en branle. Voilà le péril intérieur imminent anéanti en un battement de cil par l’arrivée d’une autre menace. Celle-ci fédératrice, faisant prendre conscience de l’unicité des Hommes sur la Terre, face au monstre, venu de l’extérieur des frontières terrestres.

La morale est donc qu’un mal chasse l’autre, que l’on a toujours besoin d’un ennemi, que la peur et la haine de l’autre fédère. La morale de The Watchmen n’est pas drôle, l’histoire se termine sur un happy-ending amer, meurtrier, mensonger. Lorsque l’on tourne la dernière page du livre, on reste sur une drôle d’impression, que le pire a été évité mais que le prix payé est grand.

Du 09/11 à la COP21

Lorsque j’ai refermé The Watchmen se terminait à Paris la COP21. Même si les engagements pris par toute la communauté internationale lors de ce rassemblement mondial ne sont que des engagements de papier, ils reconnaissent le dérèglement climatique comme une menace réelle. L’accord global signé engage à un maintien de la température moyenne en deçà de 2 degrés Celsius, si possible 1,5°C. La communauté internationale s’est donc offerte un ennemi global à terrasser, il s’appelle degrés Celsius. La seule arme efficace contre lui est de diminuer l’émission de gaz à effets de serre, en particulier de dioxyde de carbone.

Cet accord nous offre la possibilité de quitter le monde post-11 septembre 2001 dans lequel nous vivons actuellement pour entrer dans une ère post-COP21. La perturbation du climat, l’utilisation irraisonnée des ressources me concerne en tant qu’humain bien plus qu’en tant que Canadien, Québécois, Français, Algérien, ____________ (cadeau spécial nouvelle année, ajoute la nationalité de ton choix). Le changement climatique est un défi pour l’humanité. Il remet en cause notre futur, le rendant incertain. Il remet en cause notre présent, car c’est notre mode de vie qui s’avère le coupable.

Cette crise est une chance parce qu’elle nous unit. Espérer résoudre cette crise demande le meilleur de nous-même. Nous devons mobiliser notre intelligence pour changer de mode de vie. Nous devons mobiliser notre créativité pour apprendre à vivre autrement. Nous devons mobiliser toute notre humanité, car cette crise est aussi celle de l’égoïsme. Lorsque l’on regarde la crise climatique en face, beaucoup de nos conflits apparaissent dérisoires, mesquins. Si tu viens m’assassiner parce que j’ai ri de ton Prophète — non, pas celui avec la barbe, celui avec les clous rouillés sur une croix — cela ne changera rien de la menace climatique qui pèse sur toi.

Souhaiter pour 2016, c’est espérer que collectivement nous prenions la mesure de la menace climatique et que nous fassions en sorte de la résoudre, de manière coopérative, globale, à l’échelle de notre humanité. Bonne année 2016 décarbonée à toutes et tous.


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