La pédagogie libertaire et socialiste, d’hier à aujourd’hui

30 août 2016Anthony Lapointe
CATÉGORIES:Éducation

Que penseriez-vous d’un groupe d’enfants qui administre un lieu, qui gère un budget et qui a la liberté de décider des activités qui s’y déroulent? C’est exactement ce qui se passe dans plusieurs dizaines d’écoles démocratiques un peu partout sur la planète. Le modèle fonctionne si bien, qu’il y a même deux écoles publiques au Canada fonctionnant ainsi et elles opèrent depuis déjà quelques dizaines d’années [1,2]. La plus ancienne école de ce type encore en activité est située en Angleterre et fêtera son centième anniversaire dans 5 ans [3].

Que penseriez-vous d’une école où il n’y a pas de classes, mais plutôt une cuisine, un jardin, un laboratoire, un studio, une bibliothèque et un atelier? C’est exactement de cette façon que l’école laboratoire de John Dewey fonctionnait [4]. L’apprentissage se réalisait par des occupations pratiques telles que la cuisine, la couture, le jardinage, la menuiserie et le travail du métal. Par exemple, c’est en cuisinant à l’aide de livres de cuisine que les enfants apprenaient à lire. C’est en mesurant et en pesant qu’ils apprenaient à compter. À l’école laboratoire de Dewey, le professeur n’avait pas le rôle du maître qui use de discipline afin que les élèves accomplissent des tâches et des activités d’apprentissage. Il ne notait pas ses élèves, il ne faisait pas passer d’examens et il ne délivrait pas de diplômes. Le rôle du professeur était plutôt de guider les enfants vers des activités excitantes et stimulantes, ce qui les amenait fréquemment au parc, à la ferme, à la bibliothèque et au musée. C’est à travers ces occupations que les enfants apprenaient autant la littérature, l’art, l’histoire, la géographie, la chimie, que les mathématiques ou la physique [5].

Que penseriez-vous d’une école où les professeurs n’interviennent pas sans en avoir été sollicités par l’élève, où les classes ne sont pas ségréguées selon l’âge, mais plutôt par affinité? C’est ce que l’école Moderne de Francisco Ferrer a réalisé, une école fondée sur les principesde la mixité, l’égalité sociale, la rationalité, l’autonomie et l’entraide [6]. À l’école de Ferrer, l’entraide et la solidarité prévalent, il n’y a pas de compétition, pas de notes, pas d’examens, pas de punitions ni de récompenses. Les élèves doivent se responsabiliser et apprendre par eux-mêmes, en groupe. Ce sont ces mêmes élèves qui élaborent et construisent leurs propres projets de travail, qui apprennent pour eux-mêmes et non par peur d’un échec, d’une punition ou pour recevoir les louanges d’un succès ou d’une récompense [7].

Qu’est-ce que ces approches ont en commun? Elles ont toutes été introduites et mises en pratique il y a près d’un siècle, mais elles gardent pourtant une touche décidément révolutionnaire. Elles ont toutes gagné une certaine notoriété publique. Depuis 25 ans, le réseau international des écoles démocratiques mobilise chaque année des centaines de personnes de partout à travers le monde autour d’une conférence sur l’éducation [8]. Le président américain Barack Obama cite John Dewey dans maints discours et a inscrit ses deux filles dans l’école laboratoire de Dewey [9]. La ville de Bruxelles a fondé en 1955 la Haute École Francisco Ferrer, une université publique [10]. Ces approches sont également inspirées d’une forme de démocratie radicale et elles font partie d’un mouvement de transformation sociale qui n’est pas confiné seulement à l’éducation.

Je vous invite à venir discuter de ces pédagogies lors des prochaines activités du Collectif Paideia. Ce collectif regroupe plusieurs projets d’éducation populaire comme des conférences, des partages de lectures, des projections documentaires et un projet bien particulier de centre d’activités et de jeux pour enfants, le centre Égalia. Le centre Égalia offre un service de garde démocratique pour les enfants de 2 à 12 ans où jeux libres et ateliers pratiques sont proposés tous les jours par des membres du Collectif Paideia. Les enfants y trouveront un environnement libre de discriminations et d’oppressions qui leur permet de grandir librement, d’explorer leurs centres d’intérêt, tout en développant une responsabilisation collective et un engagement social.

Pour plus d’informations:

Références

  1. alphaschool.ca
  2. windsorhouseschool.org
  3. summerhillschool.co.uk
  4. cairn.info
  5. mi-knoll.de
  6. The modern school movement: Anarchism And Education In The United States (Paul Avrich)
  7. Éducation et Liberté (Normand Baillargeon)
  8. idenetwork.org
  9. bibliobs.nouvelobs.com
  10. he-ferrer.eu

Partager cet article
Commentaires