Le 15 septembre, Journée de la démocratie

26 septembre 2016Annie Marchand, Guillaume Houle et Luc Loignon
Catégorie :Démocratie

En 2007, l’Assemblée générale des Nations unies a déclaré le 15 septembre Journée internationale de la démocratie. C’est pour souligner cette journée que la section estrienne du Mouvement démocratie nouvelle (MDN) a organisé un «5 à 7» présentant quatre brèves conférences sur le thème de la démocratie. L’objectif était de favoriser la rencontre, dans un milieu convivial, d’Estriennes et d’Estriens préoccupés par la démocratie. Bien que la mission du MDN soit de militer en faveur d’une réforme du mode de scrutin au Québec, les contributions recherchées pour cet événement visaient un horizon plus large que ce seul thème. C’est ce qui explique la diversité et la richesse des thèmes abordés.

Quelque 30 Estriennes et Estriens se sont déplacés pour l’occasion à la microbrasserie le Refuge des brasseurs pour écouter les quatre invités (1) ayant bien voulu faire une brève présentation. Dans l’ordre des présentations, merci à Steve McKay, William Fortier, François Guillette et Colombe Landry.

Steve McKay: Démocratie et milieu du travail

D’entrée de jeu, Steve McKay nous a renvoyé à un constat énoncé par Noam Chomsky: le milieu du travail est un lieu où les citoyennes et les citoyens passent énormément de temps. Pourtant, c’est un milieu où il y a absence quasi totale de démocratie. Pour l’essentiel, les travailleuses et les travailleurs n’ont pas leur mot à dire dans les processus décisionnels. On décide dans le haut de la structure, on applique les décisions dans le reste de la structure. Il y a bien sûr les organisations syndicales, où des processus démocratiques sont mis en place. Mais c’est insuffisant pour qu’on puisse parler de démocratie dans l’entreprise: les propositions qui y sont adoptées ne deviennent à toutes fins pratiques jamais des décisions effectives en regard des orientations et de la planification de l’entreprise. Leur portée est limitée et se situe généralement dans une perspective de confrontation avec l’employeur qui a toujours le dernier mot. Pour ce qui est des personnes non syndiquées, inutile de dire que pour elles, la démocratie dans le milieu du travail est une abstraction totale.

William Fortier: Un avenir démagogique?

William Fortier a illustré, en textes et en images, l’intensification du recours à la démagogie dans les discours politiques du début du XXIe siècle. Afin de garder la faveur populaire d’un nombre d’électeurs-clé, plusieurs politiciens opposent les majorités aux minorités, en tenant par exemple des propos xénophobes ou racistes. D’autres interlocuteurs, chez les médias (animateurs radio, chroniqueurs) par exemple, les soutiennent tout en tirant profit. Les thèmes privilégiés sont l’immigration, l’antiféminisme, le climatoscepticisme, la haine des jeunes, l’opposition entre les régions, la capitale (Québec) et la métropole (Montréal). Dans le langage, les démagogues opposent par exemple des éléments actifs (la rue et les référendums chez Jean Charest) à des éléments flous ou passifs (la démocratie, la majorité silencieuse, les Québécois, toujours chez M. Charest). Cette approche du discours politique tend à semer la méfiance des citoyens envers les institutions, en valorisant les élections aux quatre ans comme étant la seule manifestation démocratique valable. Alors que les référendums sont évacués, on confie le pouvoir à une classe précise de professionnels, souvent issus des professions libérales et de la classe patronale. Pour améliorer la situation, pourquoi ne pas envisager des élections en mode proportionnel et ainsi favoriser l’émergence d’autres partis et favoriser l’expression d’un plus large éventail démocratique?

François Guillette: Réforme du mode de scrutin: réalités et perceptions

La présentation de François Guillette visait en particulier à contrer certaines objections formulées par les opposants au mode de scrutin proportionnel, en particulier la question de l’instabilité politique. Plusieurs acteurs critiquent le mode de scrutin proportionnel en soutenant que les pays qui ont adopté un tel mode connaissent une plus grande instabilité. Les cas typiquement cités sont ceux de l’Italie et d’Israël. Or, notre conférencier rappelle que la grande majorité des pays démocratiques (85% des membres de l’OCDE, 65% de l’ensemble des pays) utilisent un mode de scrutin ayant une composante de proportionnalité. Se basant sur les pratiques rencontrées ailleurs, on peut conclure que l’instabilité politique n’est pas l’apanage des uns plus que des autres.

Par ailleurs, à l’aide de l’indice de Gallagher, François Guillette a comparé la situation qui prévaut au Québec à celle rencontrée en Nouvelle-Zélande. Là-bas, on a implanté un mode de représentation proportionnelle il y a une vingtaine d’années. L’indice de Gallagher sert à mesurer la distorsion des résultats d’une élection. Plus l’indice est éloigné de 0, plus la distorsion est grande. Il s’avère que le Québec présente un indice moyen particulièrement élevé, soit 16,90. Dans le cas de la Nouvelle-Zélande, l’indice est passé de 11,10 avant la réforme à 2,69 (calculé entre 1996 et 2011), après la réforme.

Colombe Landry: La centralisation et ses impacts sur la démocratie locale

La centralisation des services sociaux effectuée par l’actuel gouvernement libéral à Québec constitue une atteinte à la démocratie locale. L’ampleur des fusions d’établissements frappe l’imaginaire. De quelque 182 établissements, le réseau québécois sera passé à 34. Inutile de dire que les citoyennes et les citoyens se retrouvent ainsi plus éloignés des lieux de décision. Pour illustrer l’importance de prendre les décisions plus près du public, Colombe Landry a pris l’exemple de la crise du virus H1N1 il y a quelques années. Dans un CSSS de la région de l’Estrie, il a été décidé de tenir les cliniques de vaccination sur plusieurs sites, dans des municipalités différentes. On y défiait ainsi la consigne nationale du ministère et on se permettait de faire différemment de Sherbrooke, par exemple, où il a fallu que toute la population sherbrookoise se déplace vers un site unique de vaccination dans le secteur Rock Forest.

Mais Colombe Landry en a encore remis: le processus de centralisation a éliminé la participation du public aux instances décisionnelles. Jusqu’à ce jour des sièges étaient réservés sur les différents conseils d’administration d’établissements à des représentantes et à des représentants élus au sein de la population. Avec la centralisation, ce n’est plus le cas!

Le MDN

La section estrienne du Mouvement démocratie nouvelle (MDN) s’est constituée en 2014. Le MDN est une organisation nationale, non-partisane, indépendante de tout parti politique. Depuis plus de 15 ans, il fait valoir la nécessité d’une réforme du mode de scrutin au Québec. Le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour est celui que nous avons hérité, au Québec et au Canada, de notre appartenance à la couronne britannique. Pour le MDN, l’instauration d’un mode de scrutin à finalité proportionnelle améliorera la démocratie représentative.

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(1) Les quatre personnes invitées:

Steve McKay, enseignant en philosophie et syndicaliste;

William Fortier, chroniqueur au journal Entrée libre;

François Guillette, candidat à la maîtrise en politique appliquée à l’Université de Sherbrooke;

Colombe Landry, intervenante sociale et citoyenne engagée dans les causes de la justice sociale, de la santé et de l’environnement.


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