Sherbrooke, ce couloir migratoire

15 novembre 2016Jean-Benoît Baron
CATÉGORIES:Chronique | Cinéma

Il y avait du monde au Parvis et du beau monde, en ce dimanche du 9 octobre 2016. La salle était remplie pour la première mondiale du film De Sherbrooke à Brooks, à l’occasion de la semaine québécoise des rencontres interculturelles 2016. Ce documentaire traite du couloir migratoire qui existe entre la ville de Sherbrooke et celle de Brooks, en Alberta, qui depuis plus d’une décennie, sert de tremplin pour les immigrants africains en quête d’emploi. La première avait lieu à Sherbrooke et était par la suite diffusée à Brooks, où le réalisateur, Roger Parent, était présent. Nous avons même eu la chance d’échanger avec lui via Skype, juste avant le lancement là-bas. Certains protagonistes du film étaient présents au Parvis, tandis que le producteur, Dominic Desjardins était sur place pour présenter le film et échanger avec le public, car faut-il mentionner qu’une période de questions était allouée après la première pour permettre au public d’éclaircir certains points.

Car oui, comme plusieurs documentaires, le film soulève des interrogations et des réflexions. Comment se fait-il que Sherbrooke n’arrive pas à offrir des emplois aux immigrants? Qu’est-ce que la ville de Brooks offre de mieux? Que pouvons-nous faire pour aider la communauté d’immigrants qui ont choisi Sherbrooke comme terre d’accueil à y rester? Tant de questions auxquelles le documentaire ne peut répondre complètement malheureusement.

Le documentaire, tourné de manière assez classique, nous entraîne malgré tout dans cet univers de réfugiés qui emmènent avec eux, leurs bagages culturels et leurs souvenirs. D’ailleurs, le film est marqué tout le long par de la musique africaine, qui vient contraster avec les images de notre pays glacial qu’est le Canada. Sans trop m’attarder à la forme, c’est le fond du film qui nous touche. Il y a de ces quelques phrases qui nous frappent et viennent s’imprégner dans nos têtes de Nord-Américains caucasiens comme : «Je ne crois plus au rêve américain» ou cette phrase qui conclut le film en disant «Je vis avec la culpabilité d’être réfugié alors que d’autres souffrent et meurent en Afrique.» Car oui, plusieurs arrivent ici en se sentant coupables d’avoir eu la chance d’immigrer dans ce grand pays riche qu’est le Canada, qu’on leur présente en Afrique comme le pays de rêve. Ils sont par la suite rapidement désillusionnés de voir que la richesse n’est pas si présente qu’on le prétend et de devoir composer avec le fait d’être en minorité visible, par la couleur de leur peau. Plusieurs se tournent alors vers la ville de Brooks en Alberta, beaucoup plus prometteuse, grâce à son méga-abattoir, qui offre du travail dès votre arrivée. Certains décident d’y rester, grâce à une communauté d’immigrants tissée serrée et la présence d’églises africaines, tandis que d’autres, devant les conditions de travail abrutissantes et voyant leur santé affaiblie, décident de revenir à Sherbrooke et d’y rester. Comme cette Africaine, qui malgré ses diplômes accumulés dans son pays, doit travailler dans les champs à la récolte pour pouvoir faire vivre sa famille et en est fière. Ce qui n’est pas le cas des autres Africains, qui voient ce travail comme un retour en arrière vers l’esclavage.

Comme plusieurs autres documentaires, le film nous fait réfléchir par rapport au rôle que nous avons à jouer en tant que peuple nord-américain face à ces gens qu’on accueille. Au rôle également que l’Afrique peut jouer, face à l’image utopique qu’ils transmettent du Canada. Plus localement, qu’est-ce que la ville de Sherbrooke peut faire pour permettre à ces immigrants, qu’ils viennent d’Afrique ou d’ailleurs, de se trouver un emploi convenable et assez payant pour leur permettre de rester ici et de s’épanouir.

Vous voulez voir le documentaire De Sherbrooke à Brooks, il sera diffusé ce dimanche 20 novembre à 20 h, sur les ondes d’Unistv, sinon il est également disponible en vente sur le site de l’ONF.


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