#MonSherbrookeMâle

17 janvier 2017Marie-Danielle Larocque
Catégorie :Féminisme

Sherbrooke a dévoilé en grandes pompes le Guide du citoyen à l’automne dernier (#MonSherbrooke). Distribué dans l’ensemble des foyers sherbrookois et disponible en version électronique sur le site de la Ville, le guide visait à distribuer des high-five à propos de notre ville tant adorée, de ses activités et de ses services. Et on y apprend quoi en page 5? Que nous sommes plus de 163623… citoyens! Que des hommes, trois pictogrammes identiques nous le rappelant.

Contrairement à d’autres villes telles Rimouski, Lévis ou Montréal, pour ne nommer que celles-là, Sherbrooke ne s’est toujours pas doté d’une Politique rédactionnelle non sexiste et a encore moins un Comité femmes au sein de ses structures. En 2017? Oui, en 2017. Alors que feu la CRÉ de l’Estrie adoptait sans tambour ni trompette une Politique d’égalité en 2014, force est de constater que les bottines suivent rarement les babines, à moins d’un (ou de plusieurs) rappel(s). On a beau vanter que le Conseil municipal est presque paritaire, il n’en demeure pas moins que les actions pour l’égalité entre les genres sont bien minimes, à commencer par l’absence de rédaction épicène de l’ensemble de ses communications. De plus, les mesures qui sont déjà en place, comme celle d’avoir la possibilité de descendre d’un autobus entre deux arrêts pour des raisons de sécurité après 21h, ne sont pas mises de l’avant nulle part.

«La rédaction épicène ne saurait s’accommoder du recours à la note explicative placée en début de texte pour dire que le masculin englobe les deux genres. Ce type de note marque en fait une démission devant le défi que présente la rédaction épicène. Elle n’est plus de mise de nos jours puisque la féminisation linguistique est devenue une réalité culturelle.»
— Office québécois de la langue française.

 

On peut être en accord ou non avec les différentes manières de féminiser un texte (qui sont multiples!), le principe demeure: il est impératif d’arrêter d’invisibiliser les femmes par l’utilisation du masculin générique sexiste. Si on poursuit la réflexion sur l’inclusion, en considérant qu’il n’y a pas seulement deux genres, contrairement ce que croit encore plusieurs personnes et institutions, l’utilisation d’un langage neutre non genré serait l’objectif principal.

Quelques exemples récents: Guide du citoyen→guide des citoyen.ne.s, guide de la citoyenneté ou simplement guide citoyen; Quartier de l’entrepreneur→quartier de l’entrepreneuriat; JeSuisSherbrookois.ca→JeSuisSherbrooke.ca; l’ensemble du site de la Ville, rédigé entièrement au masculin, ne comporte aucun onglet «femmes». D’ailleurs, les ressources pour celles-ci n’apparaissent tout simplement pas sur le site de la Ville, après avoir vérifié l’ensemble des onglets disponibles.

En fait, le fameux guide du citoyen n’évoque aucun organisme sociocommunautaire, eux qui sont pourtant nombreux dans une ville où la pauvreté est grandissante et où les besoins sont bien réels. Je suis certaine que plusieurs d’entre nous auraient préféré avoir à porter de main les ressources qui peuvent nous être utiles pour les jours un peu plus gris, pour nous aider à manger, à parler d’une agression vécue, à référer un.e proche qui vient de perdre son emploi, à être accompagné.e dans une démarche de défense de nos droits, etc. au lieu de ressources purement économiques. J’dis ça d’même.

En attendant les prochaines élections municipales, on ne peut qu’espérer que les candidates et candidats (de même que les partis!) auront des engagements clairs pour favoriser l’égalité de genres, et que le Service des communications de la Ville aura autre chose à nous répondre que «Merci de votre commentaire!» quand on interpelle le maire à ce sujet.


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