Les villes, la pauvreté et le salaire minimum

13 octobre 2017André Roux et Manon Brunelle

Des villes et états américains ont instauré un salaire horaire minimum de 15$.  Au Canada, deux provinces canadiennes ont annoncé leur intention de hausser leur salaire minimum à ce niveau : l’Alberta en 2018 et l’Ontario, province voisine du Québec, en 2019.   Au Québec, le salaire horaire minimum sera porté à 12.10$ en 2019. Un écart pour le moins important et inquiétant.

Le récent portrait du revenu médian des ménages québécois fourni par Statistiques Canada montre que plusieurs villes du Québec abritent des ménages disposant d’un revenu insuffisant pour leur permettre de vivre convenablement et de participer pleinement à la société.

Face aux inégalités sociales, plusieurs villes du Québec, particulièrement les grandes agglomérations, se sont dotées de programmes en matière de logement social, de lutte contre la faim, de lutte contre l’itinérance et de soutien à l’action bénévole avec un certain succès.  Elles y contribuent par l’octroi de subventions et par des aides matérielles diverses. Dans ces cas, il s’agit de réduire les inégalités sociales.

Les inégalités économiques sont quant à elles, plutôt absentes dans l’engagement des villes. Ces dernières expliquant qu’elles ne disposent pas de moyens d’action pour agir sur cette facette des inégalités découlant de salaires faibles.

Nous nous interrogeons ici si, dans certaines circonstances, les villes pourraient en faire davantage pour réduire les inégalités économiques. Notre point de vue est de suggérer une façon de faire qui, tout en respectant les limites de l’action municipale, pourrait servir de levier vers l’attente de l’objectif d’un salaire horaire minimum de 15$.

En effet, les villes sont de gros «donneurs d’ouvrage», de ce fait elles disposent d’un levier économique important. Elles peuvent conclure des contrats, des ententes et des partenariats de nature économique.  En utilisant ce pouvoir de dépenser, elles peuvent influer sur la dynamique des bas salaires.

À cet égard, nous invitons les partis politiques et les candidats aux élections municipales à souscrire à l’adoption d’une politique qui exigerait des fournisseurs, sous-traitants, partenaires commerciaux, organismes communautaires et sociétés paramunicipales de s’engager à verser un salaire horaire minimum de 15$ à tous leurs employés.

Les effets d’une telle politique sont nombreux dont l’idée que toute personne qui travaille à temps plein doit être en mesure de vivre décemment des fruits de son travail; elle permettrait à plus de personnes de s’insérer durablement sur le marché du travail; elle augmenterait les prestations de chômage pour ceux qui occupent des emplois saisonniers; elle réduirait le risque de retrait social qu’infligent immanquablement les bas salaires. Les entreprises en bénéficieraient également par l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre que cette politique entraînerait.

Il est vrai qu’une telle initiative aura un coût.  Les villes devront débourser un peu plus pour les services livrés par ces fournisseurs qui devront mieux rémunérer leur personnel. À notre avis, ces coûts seront faibles puisqu’ils seront répartis sur l’ensemble du budget municipal et assumés par l’ensemble de la population et de la clientèle. En contrepartie, les villes pourront profiter d’un certain rayonnement et des retombées économiques d’une telle mesure progressiste.

La lutte aux inégalités économiques ne dépend pas que de l’accroissement de la richesse et de la croissance économique comme le montre inlassablement l’augmentation des inégalités de revenus; elle devra passer par l’implication de tous. Les villes peuvent et doivent y contribuer, il s’agit d’une mesure visant l’amélioration de la qualité de vie de leur population.

Comme nous l’avons démontré,  les villes ont un certain pouvoir sur les inégalités économiques. Elles peuvent amorcer ce vaste mouvement vers l’obtention d’un salaire horaire minimum de 15$.


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