Culture du viol au travail : #Moiaussi

19 octobre 2017Mélanie Lemay
Catégories :Communiqué | Féminisme

Avec la vague #Moiaussi #Metoo, nous sommes en droit de nous demander si la loi du silence qui protège les aggresseur.es sera véritablement levée. Afin d’y arriver il faut des actions politiques et du travail sur le terrain afin de veiller à cesser ces comportements considérant qu’on ne peut pas mettre fin au harcèlement sans un profond changement de culture.
Pour se faire, nous demandons au gouvernement d’amender la « Loi sur les normes du travail » afin de dissocier clairement l’harcèlement sexuel de l’harcèlement psychologique en créant une nouvelle section entièrement dédiée à la question des violences sexuelles au travail. La raison étant que présentement la loi considère que le harcèlement sexuel est une forme de harcèlement psychologique alors qu’il fait plutôt partie du spectre des violences sexuelles. Ainsi, nous avons connus plusieurs cas de survivant.es dont l’harcèlement sexuel a été minimisé afin de préserver la réputation de l’institution ou encore la carrière de l’harceleur/agresseur.
Publiquement, on peut penser notamment au cas du ministre Pierre Paradis qui aurait dégrafé le soutien-gorge de son employée à travers ses vêtements ; il lui aurait donné une tape sur les fesses en marge d’une réception ; assis en face d’elle, il aurait pris son pied pour le mettre entre ses jambes, sur son siège ; et finalement, il lui avait demandé de lui appliquer du Voltaren, un onguent pour réduire ses maux de dos. Pourtant, bien que tout ces gestes sont clairement de nature sexuelle dans le contexte dans lesquels ils se situent, le whip libéral Stéphane Billette semble avoir tenté de protéger le ministre au lieu de venir en aide à la victime en lui suggérant que confronter elle-même le ministre alors que c’était contraire à la politique relative à la prévention et à la gestion de situations de harcèlement au travail. De plus, avec des stéréotypes tout droits sortis de la culture du viol, la SQ reproche à la victime dans sa déposition de n’avoir jamais évoqué de gestes violents ou aucune situation de « contrôle physique », des éléments pouvant décrire une situation d’agression selon le DPCP. Néanmoins, la nature même des gestes est violente et c’est pourquoi cet exemple témoigne de l’importance de sensibiliser et former l’ensemble des corps professionnels sur la question des violences sexuelles.
Également, comme les plaintes de harcèlement sexuel sont plus nombreuses dans les organisations hiérarchiques composées majoritairement d’hommes, il faut veiller à instaurer une répartition équitable du pouvoir au travail pour favoriser l’inclusion des femmes dans tous les secteurs d’activités ainsi qu’une culture de travail respectueuse. L’inverse entretient le plafond de verre, car dès qu’un acte de harcèlement sexuel est commis, le mal est fait. L’humiliation, la stigmatisation et la gêne génèrent une douleur et une souffrance morale qui se compare à la maladie physique par les séquelles que garde la personne touchée. Sans parler des lourdes pertes de productivité subies par les organisations et la société dans son ensemble. C’est donc une question de santé et de sécurité publique que de mettre un terme à cette impunité. Nous sommes donc d’avis que d’utiliser l’analyse différenciée selon les sexes (ADS) dans les orientations et décrets gouvernementaux permettrait de favoriser l’atteinte de l’égalité considérant l’omission de cet outil conduit à des situations comme celles du Plan Nord où le Regroupement des femmes de la Côte-Nord recense que sur le terrain; ce projet «creuse les inégalités entre les hommes et les femmes» puisqu’il favorise les
situations d’harcèlement, de discrimination à l’embauche et en emploi, de sexisme, d’horaires peu adaptés aux enjeux de conciliation travail-famille et de prostitution.
Finalement, adopter le modèle policier de Philadelphie où les autorités collaborent avec les groupes de défense des droits des femmes permettrait de faire en sorte que des bavures liées aux mythes de la culture du viol ne se reproduisent plus tout en lançant le message clair aux auteurs de violences sexuelles que l’ère de l’impunité est officiellement terminée.


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