Brocoli subversif? Bon samaritain?

23 janvier 2018Hubert Richard
Catégorie :Chronique

Je suis volontaire et ravi de parler de ce que je fais de mes journées, sauf que… B.S. : ces deux lettres en majuscules, chacune suivie d’un point pour couper court aux présentations, sont trop souvent évoquées pour rabaisser des gens qui, contrairement à ceux et celles qui subviennent à leurs besoins sans le concours exclusif du gouvernement, n’ont vraiment, mais vraiment pas besoin de se faire coller le nez sur la crasse du plancher. J’ai pensé alors travestir ces deux lettres majuscules pour éviter le malaise que celles-ci évoquent. J’ai pensé qu’elles pourraient officieusement désigner autre chose. Surtout que celles-ci sont supposées me définir à vos yeux… Brocoli Subversif? Bon Samaritain?

Comme l’information de nos jours est tout aussi accessible qu’une branlette, du moment que la curiosité nous emporte, j’ai, finalement, pitonné le clavier de mon ordinateur afin de m’enquérir au sujet des Samaritains. Je savais que ce peuple était, comme les B.S. dans la littérature québécoise, dénigrés par les Écritures. Mais j’ignorais pourquoi. Première des choses : ce peuple est l’un des plus petits de la planète. La Terre comptait seulement 712 Samaritains ou Samaritaines en 2007. Pourtant, à leurs origines, on attribue leur descendance à dix des douze tribus d’Israël. Ce sont des israélites exclus par leurs cousins du Royaume de Juda (les juifs), tout cela, apparemment, à cause d’une montagne, le mont Garizim, que les Samaritains considèrent comme un lieu saint, au même titre que Jérusalem est une terre sainte pour les Juifs.

L’expression le Bon Samaritain fait référence à une parabole qu’a utilisée Jésus pour expliquer ce que signifie le terme « ton prochain » dans le commandement « aime ton prochain comme toi-même » :

« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit. Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même ».

Il est clair que le Samaritain cité ici n’est pas un B.S. Je veux dire, il semble ne manquer de rien. Du moins, financièrement. La chose que la parabole ne dit pas et que j’ai apprise en me documentant, c’est qu’il était interdit aux Samaritains d’aider les Juifs. Il y a dans cette parabole une notion de liberté fortement exprimée, celle du Samaritain qui choisit librement d’outrepasser les conventions afin de ne pas outrepasser son chemin devant ce Juif blessé en faisant de lui son prochain.

Selon Hugues de Saint Victor, la vertu n’est pas gagnée par de bonnes actions, mais comme un don de Dieu reçu à travers l’autre. Le péché n’étant pas de commettre un acte moralement mauvais, « mais de tourner le dos, de faillir à cette relation libre, et donc fragile, que le Samaritain représente » (Wikipédia).

Il est vrai qu’au Québec, l’aide sociale et tous les programmes sociaux sont imposés aux contribuables, ne laissant que peu de place à l’expression d’une liberté dans l’assistance publique. Mais, en tant que société démocratique, nous avons, délibérément, par différentes manières, choisi de soulager les démunis et de pourvoir à la redistribution de la richesse. Avec le temps, on finit par oublier que cela fut, un jour, un choix de société. Bien sûr qu’il est peu orthodoxe de personnifier la société ou le gouvernement, d’autant plus que ceux-ci n’ont que faire de la liberté, à part d’en gérer les limites. Cependant, je vous invite à faire ce que le journal Entrée Libre a choisi de faire pour aider à une compréhension plus juste de la réalité de ceux qui vivent de l’aide sociale en y consacrant une chronique. Soit de librement chercher à voir quelque chose de positif chez les B.S.! Tout comme je choisis de vous aider à y voir plus clair, en acceptant de rédiger cette chronique. Et, aussi, en choisissant, finalement, de me définir comme tel : un B.S.!

À plus…


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