Dans le secret du Cabinet #2

23 janvier 2018Steve le Bienheureux
Catégories :Fiction | Politique municipale

Le 22 décembre, à 17 h, la cloche a sonné et j’ai enfourché mon ski-doo pour partir bien loin de l’école de l’Hôtel de Ville. La rentrée avait été souriante, mais j’ai vite arrêté de rigoler quand on est rentré dans la période des examens du budget. Et pourtant, j’avais tout bien révisé pendant des jours et des nuits. J’ai même fait des séances de travail de rattrapage la fin de semaine avec mes camarades du conseil municipal. Toute une fin de semaine complète à se gratter la tête et froncer des sourcils pour résoudre le problème de maths. Je t’écris ici l’énoncé pour que tu comprennes bien, mon cher journal, combien c’était ardu : « En tenant compte des réalités financières de la ville, et sans remettre en cause vos promesses de campagne, résolvez la quadrature du cercle budgétaire en n’augmentant pas les taxes cette année tout en démontrant que les services aux citoyens resteront les mêmes ». Pffff, ardu je te dis!

L’examen s’était pourtant bien passé. La majorité du jury des conseillers a approuvé ma démonstration, et le public a applaudi ma gestion visionnaire de la ville. J’ai conclu le conseil de classe municipal tout sourire, et je suis rentré à la maison heureux et satisfait de mon travail. Mais là, mon amoureuse m’a accueilli avec son air de quand j’ai fait une grosse bêtise : « Dis-moi Steve, à la fin de ton calcul du budget, j’espère qu’à tu n’as pas oublié de multiplier le résultat par la valeur de l’IPC? ». L’IPC?? Même pas le temps d’enlever mes bottes et mon pantalon de ski-doo que j’ai couru vite vite à mon bureau dans ma chambre chercher mon cahier spécial « mots compliqués » que j’écris en cachette pendant les séances du conseil et les réunions de travail. À la page des « I » j’avais écrit ceci : « IPC : Indice des prix à la consommation. La patente qui fait que chaque année, il me faut plus de sous pour acheter mon pot de beurre de peanuts » Damn it! J’étais fait et refait!

Alors il m’est venu une idée géniale. Dans la cour du conseil municipal, il y a des petits camarades qui sont regroupés en une sorte de gang, qu’ils appellent entre eux « partis politiques ». De ce que j’ai compris, c’est un peu comme les Hells Angels, sauf qu’eux ils s’appellent « Renouveau » ou « Citoyen ». Et ces gens-là, ils essaient de me faire les poches de mon budget parce que soi-disant j’ai de l’argent qui est à eux et auquel ils ont droit à cause de la Loi de Québec. Ma super idée, c’est de les faire passer pour des voleurs et dire à tout le monde que c’est à cause d’eux que mon calcul du budget, il tombe pas juste. À trop réfléchir à mon idée, je me suis endormi sur mon cahier. Puis là, je me suis mis à rêver que je disais à mon directeur de cabinet d’aller dire à son copain Louis Cyr – l’homme le plus fort du monde – d’aller se fâcher tout rouge au conseil municipal contre les Hells Angels. Puis mon rêve s’est emballé. Louis Cyr me secouait avec ses gros bras musclés et me frappait la tête avec un gros téléphone; mon directeur de cabinet était à la télé pour dire que j’avais dit de ne pas dire qu’il fallait dire à Louis Cyr d’aller dire aux autres que c’était des méchants voleurs. Un cauchemar!

Ainsi, après toutes ces émotions, j’étais heureux que ça soit les vacances. J’ai garé mon ski-doo à côté de la maison et j’ai bu un bon lait au chocolat avec des guimauves en regardant le sapin de Noël briller de mille feux. Et dans quelques jours, les cadeaux de Noël!!!

Le matin du 25 décembre, il y avait un énorme paquet au pied du sapin. Il m’était offert par un M. Consortium. Son nom me disait vaguement de quoi, et j’avais dû probablement lui serrer la main à la mairie. Mais depuis que je suis maire, je suis devenu tellement populaire que je ne peux pas retenir tous les noms des gens qui veulent me dire bonjour. En tout cas, M. Consortium a été très généreux : dans son gros paquet, il y avait 26 millions de dollars. Je me demande bien ce que je vais pouvoir en faire.

(à suivre)


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