Passage obligé

1 juin 2018Jean-Benoît Baron
Catégories :Chronique | Cinéma

L’étape du secondaire est cruciale, parfois difficile, remplie de premières fois, mais toujours mémorable. C’est dans cet univers que le film La Chute de Sparte prend ses racines, dans lequel Tristan Dubois (scénariste et réalisateur) met en scène son premier film à titre d’auteur, inspiré du roman du même nom, de Biz (auteur, scénariste et membre de Loco Locass) sorti en 2011.

Steeve Simard (Lévi Doré), en secondaire 5, doit composer avec la difficulté de créer des liens avec les élèves et les autres adultes. Il préfère donc se réfugier dans les livres et la musique. Toutefois, un incident l’obligera à sortir de sa bulle et s’ouvrir au reste du monde.

La Chute de Sparte aborde plusieurs thèmes actuels chez les jeunes dont la solitude, le premier amour, la relation complexe avec les parents, l’intimidation, l’homophobie et même le suicide. À travers ces thèmes se côtoient l’amitié, l’humour, mais le doute et le questionnement.

Les jeunes acteurs, qui en majorité vivaient leur première fois au grand écran, sont convaincants et justes. Lévi Doré livre une performance riche et nuancée. La musique, très présente dans la vie des jeunes, l’est également dans ce film. La bande originale est signée La Bronze, Rymz, Manu Militari, Muzion et Chafiik (membre de Loco Locass).

Il est parfois difficile de faire parler des jeunes, lorsque les auteurs ont souvent plus que deux fois leur âge. Tristan et Biz ont travaillé fort sur cet aspect. Seul bémol, on sent souvent l’aspect littéraire qui ressort de la narration et c’est à se demander si un jeune de cet âge pourrait avoir des réflexions si intellectuelles sans avoir le vécu ou les connaissances qui viennent avec. Il faut voir Steeve comme un super-adolescent, plus grand que nature.

Comme Biz est un souverainiste assumé, on ressent cet amour envers le Québec, qu’il ne manque pas de critiquer au passage, sans oublier les nombreuses références à de grands noms qui ont marqué notre histoire dont Gaston Miron ou encore Pierre Bourgault. C’est un film à voir, qui remet en question la place qu’on accorde aux jeunes et l’écoute qu’on leur donne ou non.

Quelques réflexions de Biz et Tristan

Biz-C ’est le décalage entre le discours des médias de masse sur les jeunes puis ce que moi je vois d’eux qui m’a donné le goût d’écrire le livre La chute de Sparte, puis de dire on peut tu remettre les pendules à l’heure, puis mettre la caméra à hauteur d’ado?

Tristan-On est quand même dans une société où nos personnes âgées puis nos jeunes, on les écarte un peu.

Biz-Tu ne votes pas, ta gueule. On parle de toi, mais on ne te donne jamais la chance de répondre. Il y avait cette volonté pour moi de donner la parole aux jeunes pour qu’ils se voient sous leur vrai jour, de dire aux adultes : regarde, si je pète les plombs au souper, c’est pas parce que je suis fâché contre toi, c’est parce qu’il y a un gros cave qui veut me casser la gueule, puis ça me stresse.

Entrée Libre-Biz, toi qui t’es promené dans les écoles, c’est quoi ton constat?

Biz-La seule beauté dans les écoles, c’est les jeunes eux-mêmes. Je trouve effarant la laideur du lieu physique, le fait qu’il n’y ait pas de verdure, qu’il n’y ait pas de lumière, qu’il n’y ait pas de soleil qui entre, qu’il y ait des grillages. Les vitres sont vissées pour ne pas qu’on les ouvre. Je pense que le lieu influence énormément le comportement des gens, puis que si on te met dans une fosse à purain, il y a bien des chances que tu réagisses comme de la marde. Moi, je suis allé dans une école sur une réserve à Pessamit, à Baie-Comeau, puis je parlais au directeur qui était là, il m’a dit : « Moi, quand je suis rentré ici, ils ont mis des grilles à tous les corridors parce qu’on considérait que les jeunes étaient des animaux dangereux. Moi, j’ai enlevé ça. » Si tu dis aux jeunes vous êtes des animaux, ils vont agir comme des animaux. Si tu dis regarde, c’est votre école, vous êtes libres de circuler, ils en prennent plus soin. Ce qu’il y a de beau dans les écoles, c’est tout ce que les élèves font : des murales, des sculptures, des poèmes. Ils la décorent. Quand ils mettent d’eux-mêmes dans l’école, elle devient belle.


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