Dans le secret du Cabinet #5

11 juin 2018Steve le Bienheureux
Catégories :Fiction | Politique municipale

Cher journal intime,

Mais que faut-il donc faire pour avoir un peu la paix et mettre en place sa politique de gestionnaire visionnaire? Mon entourage me souffle régulièrement à l’oreille que je manque de leadership et que mes prises de parole susciteraient de plus en plus de sourires en coin et de regards moqueurs.

Alors là, j’ai dit «Stop!» en tapant du poing sur la table, ce qui a renversé ma boite à crayon «Boston Red-Sox» (un souvenir d’un week-end avec mon amoureuse lors d’une compétition de motocross). Et en défiant mes collaborateurs du doigt je me suis emporté: «Ah, ils veulent du leadership? Ils vont en avoir du leadership!» Et c’est ce que j’ai fait: j’ai affuté bien pointu mon crayon à mine pour écrire mon message de fin de conseil à destinée de l’opposition officielle qui me contredit constamment. Je l’ai bien écornée en lui rappelant qu’à cause de sa folie dépensière mon Super-Budget zéro hausse de taxe avait failli tomber par terre (0,035% du budget de la ville). Puis là, la flèche assassine, comme Robin des Bois: «Je pars en Mission! En France! Ça sera la mission Paris-Québec, et je pars recruter de nouveaux talents». Mon cœur battait à cent à l’heure tellement cette déclaration m’avait mis les nerfs à vif. À mon retour du conseil, mon amoureuse m’a soufflé doucement à l’oreille que j’aurai dû rajouter que ces nouveaux talents que j’allais chercher là-bas, c’était pour remplacer ceux que je n’avais pas devant moi. Je me suis mordu les doigts de n’avoir su penser à une telle réplique, et me suis endormi heureux dans les bras de celle qui pense le mieux pour moi.

Le lendemain matin, j’arrivais incognito avec mon casque de motocross et mes lunettes fumées à l’aréoport (sic) de Montréal et, en moins de temps qu’il ne faut pour démarrer ma moto au kick-starter, j’étais sur le lieu de ma mission. À Paris. Il me fallait maintenant «recruter», mais je dois t’avouer mon cher journal que je ne savais pas bien comment faire. Surtout que j’agissais dans cette mission avec le titre «d’observateur», un vrai rôle d’acteur à ma mesure.

Alors j’ai fait comme je fais toujours dans les moments critiques: j’ai pris «l’air de», en m’inspirant des missions de James Bond. J’ai regardé la carte de Paris et j’ai vu qu’il y avait une Place Pigalle: c’était un indice qui indiquait une place pour les Américains, avec le fameux symbole du «Pigalle à tête blanche» des USA. Rendu là, il y avait un Moulin Rouge, et j’ai de suite compris que c’était le lieu où rencontrer mon contact, parce que, comme tout le monde le sait, Sherbrooke a été fondée par la construction d’un moulin sur la rivière Magog… Je n’ai pas eu à attendre bien longtemps pour que mon contact se manifeste. C’était une femme d’un âge mûr, avec de nombreuses rondeurs qui débordaient d’un peu partout, mais vu qu’elle était très court vêtue et qu’elle avait le regard aguicheur, je l’ai suivie vers sa «planque», reconnaissant là les contacts habituels de James Bond (en moins glamour certes, mais ici on est dans la vraie vie). Nous avons passé une porte cochère et une fois arrivés dans la cours de l’immeuble, elle s’est collée à moi en flattant mon torse. «Alors mon minou, tu cherches quoi?». Je lui réponds, «l’air de» rien: «Je cherche des nouveaux talents!». «Mais j’ai tous les talents que tu souhaites mon minou…». Et elle m’entraine dans l’immeuble. Tout surpris d’avoir su trouver si facilement la perle rare je me laisse guider, et en ouvrant la porte de son appartement elle agite un petit sachet de poudre blanche: «et j’ai même de quoi augmenter tes talents à toi. Tu vas voir qu’avec ça, tu vas leader la game toute la nuit».

C’était il y a une semaine. Je n’arrive même pas à me souvenir comment je me retrouve là, dans ma chambre, à te raconter ma mission à Paris. La seule chose que je vois, c’est qu’en plus des membres du conseil, c’est maintenant les gens de Sherbrooke Innopole, ceux-là mêmes qui me backaient pour ma mission, qui sourient à mon passage. Et le pire dans tout ça, c’est que je n’ai même pas pu retrouver dans mes poches un peu de poudre de leadership qui devait faire de moi un vrai talent. Je me sens tellement fatigué par cette mission. Vivement les vacances!

(à suivre)


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