Dans le secret du Cabinet #7

23 octobre 2018Steve le Bienheureux
Catégories :Fiction | Politique municipale

Cher journal intime,

J’aime le mois d’octobre et la saison de l’automne. C’est sûr que la pluie un jour sur deux et les températures qui ne dépassent pas le 10°C les jours de fortes chaleurs, ça nous rappelle combien l’été est encore très très loin devant nous. Alors cela me rassure en partie. Pas parce que je n’aime pas l’été. Ben non voyons, l’été c’est la saison du moto-cross!

Mais parce qu’il y a quelques semaines j’ai été à la fête du vélo au parc Jacques Cartier. Puis là, ben comme d’habitude, j’ai pris mon plus beau sourire puis j’ai fait tout un tas de déclarations un peu trop spontanées, et surtout un peu trop pas réfléchies. Je disais comme quoi le vélo c’est ce qu’il y a de plus beau, puis que c’est pas normal qu’à Sherbrooke le gouvernement fédéral ne nous autorise pas à faire des ponts pour les vélos au-dessus de la 610; puis comme quoi le vélo devrait être rendu obligatoire pour obtenir son diplôme du secondaire. Alors pour la dernière des promesses, je savais que c’était un peu gonflé, mais j’avais pas peur parce qu’au secondaire je faisais beaucoup de BMX (c’est un vélo pour sauter des bosses comme au moto-cross, mais qu’est bien trop petit et inconfortable pour aller à l’école avec) et que si y’avait eu une épreuve de vélo, ben je suis sûr que ça m’aurait bien aidé à l’avoir mon diplôme sans trop suer lors des rédactions en cours de français.

En fait, j’ai fait plein de promesses à la fête du vélo parce que la dame qui tenait la shop était merveilleusement belle avec son grand sourire, ses cheveux bouclés cuivrés, et ses yeux bleus qui rayonnaient tant que je me perdais dedans. Alors je disais oui à toutes ses revendications. Et j’en rajoutais même pour montrer combien j’étais bien concerné, puis aussi parce que mon amoureuse était occupée à se faire sérigraphier un t-shirt avec un vélo dessus par un grand chevelu. Je savais ainsi que je ne risquais rien à contempler la Déesse des Cyclistes.

Puis là, l’erreur fatale! Pour l’impressionner j’ai dit qu’en été j’irai à mon bureau de l’Hôtel de Ville à vélo! Tous les jours (sauf quand il pleut, pour pas abimer mon costume)! Déjà que quand je faisais du BMX, j’allais sur le spot avec mon pick-up. Alors maintenant que j’ai reçu ma Tesla, c’est pas pour me faire suer sur un bécik même pas à gaz. Voici donc pourquoi je suis inquiet de l’été qui s’en viendra inéluctablement.

Mais j’aime octobre et l’automne, parce que c’est la saison des budgets! Parce que moi, je suis un homme de chiffres. C’est ma nature d’homme d’affaires ça. Quand on nait avec une nature pareille, c’est difficile de lutter contre. Alors on ne peut pas s’empêcher de compter, d’être au contact des gens qui comptent, de se faire conter des histoires par des investisseurs, puis de compter sur les autres pour payer la facture. C’est ça être un leader dans le monde des affaires. Puis moi, la vie m’a fait ainsi. Travailler à la banque, c’était quelque chose de naturel, presque d’obligé.

Mais ça ne me suffisait pas, y’avait pas assez de chiffres, ou plutôt je n’avais pas assez de comptes bancaires à manipuler, alors je me suis cherché d’autres horizons pour mon talent. D’abord je me suis lancé dans un projet pour l’environnement, parce que compter c’est une chose, mais la planète compte sur nous aussi. Et ça, je ne l’oublie jamais quand je suis sur mon moto-cross au milieu de la nature parce que pas de nature = pas de chemin de moto-cross.

Donc pour la planète, j’ai lancé le super concept des «toilettes sans odeurs». «idToilet» ça s’appelle*! Ça s’appelle comme ça parce que j’ai eu l’idée aux toilettes. Puis ça s’écrit «toilet» pour être exportable aux US. En fait, l’idée vient plus de mon amoureuse qu’était jamais bien contente quand j’empestais les bécosses et que j’y restais une heure à lire le Financial Times (Moto Crampons magazine en fait). J’ai fait des recherches et j’ai pu aboutir à ce concept «d’une technologie tout-en-un, nos sanitaires idToilet sont faciles à installer, aspirent les odeurs déplaisantes et les envoient directement dans le drain d’évacuation, laissant ainsi l’air frais pour votre plus grand bonheur!»*. Rendu à ce niveau d’idée «verte» et d’avancée pour la planète, il me fallait un nouveau défi.

Ce nouveau défi, c’était «maire de Sherbrooke». Mon premier budget de maire, j’avais promis de faire un budget «zéro». Alors c’est vrai que je prenais peu de risques, parce que la table de multiplication des zéros, c’est celle que je maitrisais le mieux au secondaire. Mais c’était mon premier budget de maire aussi, alors il faut savoir être modeste et se dire qu’une nouvelle job, ben ça s’apprend. Mais pour mon deuxième budget, maintenant que je suis un maire établi et reconnu, il me faut voir les choses en grand. Encore une fois au conseil municipal y’avait des gens qui voulaient me faire mon budget à ma place. Alors bien gentiment je leur ai dit de ne pas s’en mêler, que les budgets c’était mon rayon depuis la naissance, et qu’ils risquaient de se retrouver tout mêlés à se mêler du talent des autres.

Pour mon prochain budget, je vais créer une taxe de stationnement spéciale pour les vélos, ça montrera à la jolie dame du parc Jacques Cartier que j’ai bien compris le manque de moyens pour développer le vélo à Sherbrooke, et aussi que je pense à elle.

(à suivre)

*authentique: http: //idtoilet.ca/


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