La meute

1 novembre 2018Evelyne Papillon et Jean-Benoît Baron
Catégories :Chronique | Cinéma

Lorsque la mystérieuse bande-annonce du film Wolfe est sortie, mettant en vedette
Sarah-Jeanne Labrosse (qui n’apparaît pas au générique du film), il n’en fallait pas plus pour piquer notre curiosité devant le premier long-métrage du jeune réalisateur Francis Bordeleau.

Le film met de l’avant une jeune génération ayant le mal de vivre, côtoyant le suicide et le trouble de santé mentale. Francis Bordeleau a eu l’idée du film, à la suite d’une rencontre avec Catherine Brunet (dans le rôle principal) dans une fête. Il décrit son film comme une œuvre autobiographique, inspirée de faits qu’il a vécus. Il n’a pas non plus attendu l’appui des institutions pour tourner son film; il avait l’opportunité de le faire, donc il est allé de l’avant. Mis à part Catherine Brunet, le long-métrage met également en scène Ludivine Reding (Fugueuse) et son frère Godefroy Reding (Tu dors Nicole), Antoine Pilon et Julianne Côté (qui introduit et clôt l’histoire d’un slam). Les actrices Mariloup Wolfe et Mylène Mackay participent également au long métrage dans des rôles secondaires.

On suit la vie débridée de Andy (Catherine Brunet) qui vit une histoire d’amour insatisfaisante avec Bibianne (Ludivine Reding). Son ex, Axel (Antoine Pilon) ne manquera pas de semer la zizanie en restant dans les parages et en se baladant avec une arme. On sent une influence de Xavier Dolan dans le côté mesquin de certains personnages et le mélange d’art et de musique actuelle. Par ailleurs, on trouve beaucoup de contrastes chaud-froid dans les images, comme dans l’ambiance du film qui passe de la fête à l’angoisse.

Le personnage de Manue (Léa Roy) est interprété avec justesse et démontre bien la complexité des relations mère-fille et des amours non réciproques. Le petit frère de Bibianne, également son frère dans la vraie vie, est obsédé par les femmes, mais possède aussi une sagesse étonnante pour son âge. Dans l’ensemble, le jeu des comédiens est convaincant.

Au début du film, un intervieweur, que l’on ne voit jamais et dont l’identité est libre d’interprétation, tente de comprendre l’univers de jeunes qui ont vécu un drame commun. On passe d’entrevues senties à des retours en arrière, tout en vivant aussi des moments purement esthétiques et sensuels sur une trame sonore fort agréable, dont Pierre Lapointe (la pièce étant en intégralité). Si vous n’avez pas aimé le commentaire d’Hubert Lenoir lors de l’émission de Tout le monde en parle, vous ressentirez probablement un malaise devant la franchise qu’ont les jeunes à propos de leurs idées noires. Mais le film ne fait pas la promotion du suicide et l’amitié triomphe toujours des sentiments les plus dérangeants. C’est une période pour apprendre à se connaître, apprendre à s’apprécier et se définir à travers ses premières relations, rarement équilibrées. On aborde aussi la peur de faire comme tout le monde, d’avoir une vie qui manque de sens.

Et malgré tout cela, on rit par moments. Parce qu’il y a des bouts pathétiques à l’adolescence et parce que l’histoire est bien rythmée.

Le film est disponible à La Maison du Cinéma de Sherbrooke : http://lamaisonducinema.com/film/wolfe/


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