Anorgasmie

2 novembre 2018Evelyne Papillon et Jean-Benoît Baron
Catégories :Chronique | Cinéma

La réalisatrice Renée Beaulieu, qui a scénarisé l’excellent film Le ring (2007) et Le garagiste (2015), qu’elle a également réalisé, revient à la charge cette fois-ci avec le nouveau film Les salopes ou le sucre naturel de la peau (2018), qu’elle scénarise, réalise et produit.

Ce film raconte l’histoire de Marie-Claire (Brigitte Poupart), femme mature, mère de deux enfants, épouse et scientifique, qui mène une vie de femme libérée sur tous les plans. Elle entame un nouveau projet de recherche sur le lien entre les cellules dermiques et la sexualité, qui la mènera à explorer sa propre sexualité. Sont présents également à l’écran, Vincent Leclerc, Nathalie Cavezzali, Romane Denis, l’auteur-compositeur-interprète afro-canadien Pierre Kwenders et Normand D’Amour.

Avec un titre pareil, on pourrait s’attendre à rencontrer une femme épanouie et à vivre de l’excitation avec elle au fil de ses relations intimes. Il n’en est rien. On fait plutôt la connaissance d’une femme froide dans son quotidien, déconnectée de son couple et de sa famille, peu intéressée par la vie de sa meilleure amie. À part cumuler les expériences sexuelles, elle ne semble pas faire grand-chose de sa vie. Si au moins on comprenait sur quoi portaient exactement ses expériences et quels en étaient les résultats, cela aurait pu nous interpeller. Le fait qu’elle soit dans un couple ouvert aurait pu amener une nouvelle vision de la sexualité et de l’amour au cinéma, mais on tombe dans les clichés de la jalousie et de l’incompréhension.

De plus, alors qu’on s’attendrait à un discours féministe d’une femme qui se dit aussi libre, on est encore une fois déçu. En effet, lorsque son collègue professeur est soupçonné d’avoir violé une étudiante, elle semble être dans le déni et banaliser l’affaire. Il n’y a pas vraiment de suivi à cette histoire non plus, alors qu’elle aurait pu être développée. On constate aussi un double standard lorsque sa fille lui parle de sa propre sexualité et que Marie-Claire en est troublée au point d’appeler sa mère dans la nuit pour se confier.

Le film est parfois ponctué de narrations philosophiques qui semblent bien profondes par rapport à la minceur du scénario. Aussi, on ne sait pas si c’est le montage ou le scénario qui laisse parfois à désirer, mais les personnages semblent débarquer chez Marie-Claire sans prévenir, et ce, à de nombreuses reprises. La chimie entre Marie-Claire et sa meilleure amie ne semblait pas vraiment opérer et certains de leurs dialogues sonnaient comme une pièce de théâtre douteuse. L’amie en question qui aurait pu être un second modèle de femme libérée, semblait plutôt malheureuse et perdue.

En terminant, les acteurs ont fait un travail respectable dans ce projet. C’est plutôt le manque de pivot dans l’histoire qui nous laisse sur notre faim.


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