Le silence, ce fléau

22 novembre 2018Jean-Benoît Baron
Catégories :Chronique | Cinéma

Le réalisateur et scénariste Marc Bisaillon complète sa trilogie sur le silence coupable avec son film L’amour (2018), après nous avoir offert La lâcheté (2007) et La vérité (2011). S’inspirant librement d’un fait divers, celle de l’histoire de Stephen Marshall en 2006, Bisaillon nous propose cette fois-ci un drame familial.

L’histoire raconte celle d’Alex (Pierre-Luc Lafontaine), fanatique d’armes à feu, en apparence introverti, qui décide sans avertissement d’aller rejoindre son père (Paul Doucet), vivant aux États-Unis. Il laisse derrière lui sa mère, Rose (Fanny Mallette), son beau-père Laurent (Claude Despins) et sa sœur Anna (Félixe Racette). Ces retrouvailles père-fils, conduiront à de graves conséquences pour toute la famille.

Pierre-Luc Lafontaine, qui incarne le rôle-titre est solide et convaincant, dans les souliers de ce jeune homme torturé. Paul Doucet est, quant à lui, déroutant, dans ce rôle de père brillamment manipulateur. J’aurais aimé voir davantage les autres comédiens avoir plus de temps à l’écran, comme Fanny Mallette, dans cette production de 85 minutes.

Le récit est raconté de manière déconstruite, alternant entre le présent et le passé. On découvre peu à peu les secrets de cette famille, comme un casse-tête, avant de compléter le tableau final, jusqu’à la toute dernière scène. Si vous ne connaissez pas l’histoire de Stephen Marshall, je vous conseille de voir le film d’abord, pour ne pas gâcher votre moment. Un des aspects du film qui est moins clair, c’est l’époque où il se situe. L’histoire semble se dérouler au moment où les événements se sont réellement produits, c’est-à-dire en 2006, mais ce n’est jamais réellement expliqué. Cela donne des scènes comme Alex qui découvre en même temps que son père, l’utilisation d’un GPS (sorti en 2004).

La direction photo, signée Vincent Biron, est quant à elle sublime. À quelques reprises dans le film, l’effet « dolly zoom » ou trans-trav est utilisé. Cet effet de caméra, popularisé par Hitchcock, est simplement créé à partir d’un mixte du zoom arrière et du travelling avant, ou vice-versa, du zoom avant avec un travelling arrière. Il est censé communiquer une sensation de malaise, de peur, d’incompréhension, de panique. Il y a ce plan d’ailleurs entre le père et le fils, assis à une table au restaurant, rappelant un plan semblable dans Goodfellas (1990).

L’amour, de Marc Bisaillon, est un film qui nous rappelle l’importance d’ouvrir des dialogues, dans des endroits où les secrets sont malheureusement trop bien enfouis. Comme le dit un proverbe africain : une de nos armes les plus puissantes est le dialogue.

 

Le film est disponible à La Maison du Cinéma : http://lamaisonducinema.com/film/lamour/


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