Dans le secret du Cabinet #9

27 janvier 2019Steve le Bienheureux
Catégories :Fiction | Politique municipale

Cher journal intime,

Je dois bien t’avouer que j’ai terminé l’année 2018 un peu en «off». Mais il faut dire aussi que je ne l’ai pas eu facile avec la fronde de mes conseillers sur mon budget. Imagine-toi, c’est six conseillers et conseillères qui ont voté contre! Six!! Et pourtant, j’avais travaillé dur sur celui-ci. Encore plus fort que le précédent qui était un budget «0%». Alors ça, «0%», c’est une note que j’arrivais facilement à avoir quand j’étais au secondaire. Y’a bien qu’en BMX que j’étais sur des 95%. Mais comme je voulais montrer que je suis un «gagnant» (on dit «winner» dans mon milieu) et un leader, ben pour mon budget de l’année 2019 j’avais décidé de faire des efforts et de mettre la barre encore plus haut. J’ai donc proposé au conseil municipal un budget «3.25%». Comparé à un budget «0%», ça fait un nombre presque infini de fois plus!!!! Mais pour de petites histoires de chicanes internes et pas bien glorieuses, ben ils ont préféré me dire non plutôt que d’applaudir mes efforts. Au moins au secondaire, j’avais droit à des sourires de la maitresse quand je passais de 0% à 3% sur mes compositions de français. Ah! Qu’il me semble loin le temps béni des bacs à sable.

Mais tout ça c’est du passé. Même si je dois l’admettre mon cher journal que j’ai eu une grosse colère à la salle du conseil le soir du vote. Mais c’est tout moi ça, un caractère entier et impétueux (voir carnet des «mots difficiles» n°7; aucun rapport avec les flatulences). Alors oui c’est vrai que se mettre en colère tout rouge en public et de prendre à parti les gens qui ricanent c’est pas très digne. Surtout pour un maire de ma stature. Mais c’est ça un leader! Faut pas venir trop me chatouiller sous le nez parce que sinon j’éternue des tempêtes dans un verre d’eau. Mais comme je te le disais:  tout ça, c’est fini. Aux journalistes, qui je le vois bien maintenant m’épient pour chercher la petite bête plutôt que pour mettre en avant mes actions, j’ai fait cette déclaration pour tracer une ligne entre le passé de 2018 et le futur de 2019:  «Décembre a été difficile, éprouvant, mais j’ai beaucoup appris. Je me suis reposé comme jamais durant le congé des fêtes et, croyez-moi, 2019 nous apportera une succession d’annonces.»

Alors une nouvelle fois, j’ai bien vu le petit rictus narquois et dubitatif (cahiers n°3 et 4) s’afficher sur leurs lèvres au moment de ma déclaration. Mais ni une ni deux, je suis passé de la parole aux actes. Et pas qu’un peu! Et qui c’est qui a rencontré Justin Trudeau le Premier ministre du Canada? Le chef de gouvernement le plus sexy de la planète, que c’est même pour ça que la Reine d’Angleterre refuse de lâcher le Canada. Mister selfie en personne, et crois-moi je suis un connaisseur de la question. Ben c’est bibi!! Et oui, amis journalistes et citoyens-citoyennes sceptiques de mon action: quand Steve dit qu’il va mettre Sherbrooke sur la map, il invite les grands de ce monde à venir voir d’eux-mêmes où que ça se situe. Puis pour m’assurer que d’autres «grands» se perdent pas en route, on a jasé de l’aréoport (sic). Une ville comme Sherbrooke, ça lui prend un aréoport (re-sic). Parce que nos gens d’affaire, comment qu’ils font pour aller signer des contrats pour rendre Sherbrooke plus prospère s’ils n’ont pas d’avions? Ils sont des milliers chaque jour à se retrouver jamés dans le trafic à Montréal, alors que le temps c’est de l’argent pour eux, et que leurs beaux projets d’entreprenariat méritent de survoler nos têtes. Puis moi je me suis engagé à rendre Sherbrooke prospère. Alors si Justin me donne pas l’aréoport, comment je fais moi pour tenir mes promesses?

Mais y’a pas que Justin qui est venu me voir à l’Hôtel de ville. Et re-paf les mauvaises langues du commentaire permanent. Le Premier ministre du Québec s’est précipité pour me rencontrer quand il a vu que celui du Canada le faisait (visiblement la relation entre le Québec et le Canada me donne l’impression de ne pas être très harmonieuse. Mais moi je me concentre sur l’harmonie du Conseil municipal). Mais comme François Legault est le chef d’un plus petit pays que celui de Justin, ben avec lui j’ai juste parlé de ponts et pas d’avions. Parce qu’il faut bien comprendre que Sherbrooke c’est un peu comme des poupées russes. C’est une ville qui est dans le pays du Québec qui est lui-même dans le pays du Canada, qui est même encore lui-même dans le pays de la Reine d’Angleterre.

Maintenant que j’ai bien montré à la face du monde ce que c’était qu’une Sherbrooke leadée par un maire comme Steve, j’espère que je vais l’avoir un peu plus facile pour le reste de l’année.

À suivre…


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