Le Pacte pour la transition (partie 3) — À tort et à raison

26 février 2019Fanie Lebrun
Catégorie :Environnement

Pour faire suite et fin à la série du Pacte sur la transition — De la parole aux actes, on aborde les détracteurs et la partie fascinante de la psyché humaine qui, sans une vigilance, nous mène droit au désastre!

Ce qui me titille avec l’attente que le gouvernement bouge, c’est qu’une masse de gens se désengagent en disant : ben là, ça donne quoi s’ils ne font rien eux (le gouvernement)? À moins que j’aie mal compris, mais la lutte à gagner est aussi sur le terrain pour faire de notre mieux à faire le bien en environnement. Si nous sommes des millions à faire tout ce qui est à notre niveau, grâce à nos gestes nous abaisserons la quantité de GES.

Il y a tant à faire face à nos mauvais plis pris depuis longtemps que le gouvernement est un travail en parallèle. Pour le reste, ça nous appartient.

La consommation des hydrocarbures, c’est chaque fois qu’on organise un événement avec nos verres en styromousse, qu’on prend des sacs de plastique, qu’on utilise notre véhicule pour un trajet qui se ferait à pied. Chaque fois qu’on brûle 1 litre d’essence, on ajoute 2,28 kg de CO2.

Si on faisait le tour de notre consommation et révisait nos choix, on aurait un bout de chemin de fait. Tout cela, en attendant que le gouvernement se dote d’un plan et se donne les moyens de le suivre.

Le rôle du gouvernement provincial n’est-ce pas de mettre sur pied des lois, donner des orientations à des programmes et prévoir des mesures pour concrétiser les intentions?

Sachant que selon le « Rapport 2018 de performance des ministères du gouvernement du Québec », le ministère de l’Environnement est bon dernier avec 0 % d’atteinte des cibles à son plan stratégique multi-années et se classe bon dernier, soit 19e au classement sur 19 ministères! De quoi est-il imputable finalement?

Ce n’est pas sérieux d’attendre que le gouvernement sauve la mise! Arrêtons de nous cacher derrière l’inaction du gouvernement pour faire de même! À quel point avons-nous revisité toutes les sphères de nos vies pour diminuer notre consommation de pétrole, en alimentation, en empreinte écologique, etc.

Le lobbyisme environnemental est nécessaire pour mettre la pression. Signer lepacte.ca illustre la masse qui le supporte. Mais, il faut de manière urgente revoir individuellement notre quotidien de consommateurs.

Par exemple, s’inscrire à l’agriculture soutenue par la communauté pour réduire la distance du panier d’épicerie (ferme régionale ou Équiterre). Acheter plus durable pour moins de jetable (éviter les partys de déchets et favoriser la vaisselle réutilisable). Avons-nous pensé au vrac pour diminuer les emballages plastiques? Lâchons le modèle économique qu’on encourage chaque fois qu’on achète à droite plutôt qu’à gauche.

Les détracteurs ont raison

Apparemment qu’il y a une fâcheuse tendance de l’humain à surestimer les bonnes nouvelles et en sous-estimer les mauvaises. Il semble y avoir un « décalage entre actions face aux changements climatiques et l’adaptation de nos comportements. Avec une psyché qui mène à des erreurs cognitives et à la minimisation puisqu’on a beau comprendre le danger, mais on se dit que ce ne sera pas si pire » selon Marie-Ève Cotton, psychiatre, qui explique à Stéphan Bureau que l’humanité est expérientielle et myope dans son attitude devant le danger.

Notre cerveau analytique, minutieux et lent rend les changements climatiques invisibles et imperceptibles, c’est comme un ado qui fume à qui l’on dit qu’il pourrait avoir le cancer plus tard. Tandis que le cerveau émotionnel est rapide et impulsif et qu’il a besoin d’une menace concrète et immédiate, souligne-t-elle.

Elle mentionne que les informations que l’on entend s’adressent au cerveau analytique et non pas émotionnel. Donc, au niveau neurocognitif, la menace est comprise intellectuellement, mais pas ressentie au niveau des tripes.

En psychologie comportementale, le dénialisme est le choix de nier la réalité. Cela vient comme un moyen d’éviter une vérité psychologiquement inconfortable.

Les détracteurs ont raison de soupçonner l’inconfort, de questionner la liberté et leurs responsabilités. Mais le cauchemar a de quoi réveiller. Le climat nous le hurle, il y a urgence d’agir!

Il y a de quoi vivre du stress et de l’anxiété face à la situation. De quoi anticiper, ne pas se trouver à la hauteur, ne pas savoir par où commencer. C’est légitime de rabaisser le mérite des petites actions, de la valeur des gestes individuels et de vivre dans le déni.

Notre sentiment d’impuissance peut être multifactoriel et venir de nos difficultés à gérer les doutes (est-ce qu’on va y arriver); à être insatisfait (l’impression qu’on n’en fera jamais assez); à assurer sa propre sécurité (peur de comment on va faire si); à affirmer son autonomie (choisir quoi et comment faire).

C’est une part d’ombre que chacun doit rencontrer, mais on doit cesser l’immobilisme avec deux moyens efficaces : l’action tue le doute, et arrêter de renforcer notre discours négatif intérieur. Donc, la maturité exige l’ajustement au monde extérieur et de mettre en perspective nos privilèges qui mettent en péril la qualité de l’environnement.

John F. Kennedy disait : Il y a un risque et un coût associé à l’action. Mais à long terme, l’inaction confortable est beaucoup plus coûteuse et risquée.

Peut-être avons-nous peur de perdre notre confort au point de nous empêcher de vraiment être radicaux dans nos choix insensés?

Les détracteurs ont tort

Selon Mme Cotton, nous faisons des erreurs inconscientes de jugement, puisque notre cerveau émotionnel entendra les menaces subites plus que d’entendre les projections 2050. Avez-vous vu les 6 canicules l’été dernier et les 6 carambolages dus aux mauvaises conditions routières de cet hiver?

« Selon l’Organisation mondiale de la santé, 23 % des décès dans le monde sont associés à l’environnement ». C’est dans ce courant que l’Institut national de santé publique du Québec lancera bientôt un programme de formation Climat et santé qui abordera les impacts cardiovasculaires, respiratoires et rénaux, les impacts neurologiques, psychosociaux et de santé mentale et les effets sanitaires reliés à l’eau et à l’alimentation.

Faut arrêter de se fermer les yeux et les ouvrir. Comment l’économie se portera avec les méfaits des dérèglements climatiques? Comment éponger les milliards engloutis? Un discours « avant-gardiste » tiendra compte, entre autres, des coûts des sécheresses (manque de foin pour les animaux), des inondations (les maisons, les routes à la flotte), etc.

Certains ont dénigré la signature à lepacte.ca et d’autres ont dit : « ben là, j’ai le droit de … ». Donc, au nom de son droit à la consommation, on continue.

On peut discuter de virgules, mais on ne peut se déresponsabiliser de nos choix. Avez-vous eu chaud cet été? Trouvez-vous difficile de vous déplacer cet hiver? Il y a lieu de se questionner. Avez-vous déjà payé une taxe au droit de polluer?

Au minimum, suis-je capable de reconnaître mon niveau de mauvaise foi et de victimite? Oui, l’information existe et elle est disponible. Oui, ça coûte parfois plus cher, c’est peut-être parce qu’on ne paie pas le coût environnemental et social de notre consommation depuis trop longtemps. Non, nous ne sommes pas seuls et c’est à chacun de nous à s’y mettre pour que ça fasse des millions de tonnes de GES en moins.

Maintenant, revisitons notre niveau de consommation par le choix d’utilisation de véhicule, de sac de plastique, de suremballage, etc.

Il semble que sur l’ensemble de trucs possibles à faire, le niveau d’intervention du gouvernement est faible. Le plus gros est entre nos mains!

L’action atténue le doute

Cessez d’attendre de tout comprendre pour agir. Nul besoin de tout savoir sur l’océan pour y pêcher.

En d’autres mots, faire partie du mouvement pour en inspirer d’autres. Quand tu vois ton voisin utiliser sa tondeuse électrique, que tu vois tes amis prendre le bus plutôt que de s’acheter un véhicule, tes enfants cuisiner au lieu d’acheter des pizzas congelées, demande-toi qu’est-ce que tu fais pour être la personne qui fait sa part.

Comme le relate Stéphane Hessel dans Indignez-vous!, « La pensée productiviste, portée par l’Occident, a entraîné le monde dans une crise dont il faut sortir par une rupture radicale avec la fuite en avant du « toujours plus » (…) Il est grand temps que le souci éthique, de justice, d’équilibre durable devienne prévalent. Car les risques les plus graves nous menacent. Ils peuvent mettre un terme à l’aventure humaine sur une planète qu’elle peut rendre inhabitable pour l’homme. »

Selon Nietzsche, « la connaissance tue l’action, pour agir il faut que les yeux se voilent d’un bandeau d’illusion. » Parfois agir en environnement, c’est ingrat comme l’éducation, on ne sait pas ce que cela va donner. Mais ce qu’on sait c’est qu’on ne peut pas continuer comme cela, on ne peut pas baisser les bras. Avec ou sans illusion, faut changer maintenant.

Au-delà du gouvernement, c’est un enjeu du mode de vie en refusant ce dont on n’a pas de besoin. Pensons aux alternatives : est-ce que j’en achèterais si ce n’était pas en spécial? Comment y aller autrement qu’en auto-solo? Puis-je soutenir une ferme locale? Réchauffons nos relations, pas le climat.


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