Last call

1 mars 2019Jean-Benoît Baron
Catégories :Chronique | Cinéma

 

Que feriez-vous si vos semaines, vos journées, voire vos heures étaient comptées avant l’éclatement de la troisième guerre mondiale? Que feriez-vous, à l’âge ingrat de l’adolescence, où tout, reste encore à accomplir, y compris perdre sa virginité? C’est sensiblement la question que l’on met de l’avant avec le tout premier film du réalisateur Rémi St-Michel ; Avant qu’on explose.

Nous nous retrouvons donc ici devant une comédie, où un adolescent de Baie-Saint-Paul, tente par tous les moyens possibles, à l’aide de ses deux meilleurs amis, d’accomplir enfin sa « première fois », dans un monde où la grande troisième guerre est sur le point d’éclater. Le scénario pourrait sembler mince à la lecture de ses premières lignes et pourrait présager un énième film d’ado à l’américaine, avec son lot de vulgarités et autres niaiseries, mais il en est tout le contraire. En effet, cette comédie plaira certes aux adolescents, mais aussi aux plus vieux, elle est totalement accessible. Oui, on retrouve de l’humour qui peut ou non plaire à tous avec ce film, mais jamais on ne tombe dans la facilité ou bien les trucs de mauvais goût. Le scénario, de par son propos, partage des similarités avec la saga American Pie, mais avec plus d’intelligence, moins de gratuités et surtout, beaucoup moins de misogynie. Il ne faudrait pas non plus oublier que cette comédie couvre un côté plus sombre, celui de la guerre. La tension qui éclate entre les États-Unis et la Corée du Nord résonne fortement dans notre propre réalité, en cette ère où ces deux superpuissances qui ont à leur tête deux clowns qui peuvent nous surprendre du jour au lendemain.

Celui qui tient le rôle principal de l’adolescent, c’est Étienne Galloy, qu’on a pu apercevoir dans Prank (2016), également scénarisé par Éric K. Boulianne. Il est efficace, comique et a vraiment une tronche d’adolescent. C’est Will Murphy et Madani Tall qui tiennent les rôles respectifs de ses meilleurs amis. Le trio est bon, drôle et la chimie fonctionne à l’écran. Julianne Coté joue quant à elle le rôle de la sœur du protagoniste principal. Elle y joue une sœur plus mature, qui s’impose et qui mène dans la maison familiale, en l’absence des parents. Monia Chokri interprète le rôle d’une psychologue qui travaille à l’école secondaire que les jeunes fréquentent. Elle vient guider et rassurer, de par ses propos justes, mais a droit aussi à ses quelques scènes plus comiques. Antoine Olivier Pilon, joue le rôle d’un jeune fier à bras, intimidateur, antagoniste de l’histoire. Surprenant de le voir dans un rôle secondaire, plus effacé, après son passage remarqué dans Mommy (2014), mais chacune de ses apparitions sont remarquées, par sa présence menaçante qui perce l’écran. Rose-Marie Perreault, quant à elle, joue l’une des quatre filles potentielles dans la mire du jeune adolescent, dans son plan de perdre sa virginité. Elle y joue une jeune fille rebelle, qui vient ajouter la portion plus dramatique du film. Finalement, Brigitte Poupart complète la distribution, dans un rôle de femme mature qu’on dit séductrice. Je vous réserve la surprise lorsque le personnage d’Étienne Galloy décide d’aller à sa rencontre, mais ce n’est pas sans rappeler le rôle de la mère de Stifler d’American Pie, dans une version plus remarquée, qui défait les stéréotypes.

Le décor de Baie-Saint-Paul n’est pas mis là au hasard. Ces jeunes adolescents vivent loin des grands centres et donc, semblent loin des conflits internationaux qui éclatent un peu partout. Tout le monde semble ne pas s’inquiéter et vivre dans le confort de leurs petites vies tranquilles, sauf pour ce qui est du personnage d’Étienne. Pourtant, même éloignés, la guerre peut atterrir partout. Nous le voyons d’ailleurs dans cette scène tragi-comique, tournée sur l’île de la Barbade. Scène qui à mon avis, vient couper inutilement le souffle du récit. D’ailleurs, quelques scènes auraient bénéficié d’être recoupées davantage et s’étirent sans but précis, mais dans l’ensemble, le timing est bon et le comique fonctionne.

Recréer un monde en guerre est une chose sur papier, mais le reproduire à l’écran est tout autre et l’équipe des effets spéciaux a fait un travail remarquable qui n’a rien à envier aux superproductions d’Hollywood. Que ce soit l’écrasement d’un avion, une pluie de missiles ou encore l’explosion d’une bombe atomique, tout est crédible et spectaculaire.

La trame sonore est aussi bien efficace. On n’a pas peur d’aller piger dans un registre plus anglophone, si prisé par les adolescents. Il faut aussi mentionner ce groupe de gitans musiciens, interprétés par L’Orchestre d’hommes-orchestres. Ils se promènent dans leur caravane, déambulant dans la ville et toujours présents dans le décor. Il rappelle cet orchestre du film Guibord s’en va-t-en guerre (2015).

Pour passer un bon moment ou pour simplement avoir envie de rire un bon coup, je vous suggère cette comédie, à la fois drôle, touchante et qui nous fait également réfléchir.

 

Le film est disponible en ce moment à La Maison du Cinéma :

Avant qu’on explose


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