L’amour en triptyque

15 mars 2019Jean-Benoît Baron
Catégories :Chronique | Cinéma

 

Les premières amours d’adolescent sont toujours marquantes. Le réalisateur Philippe Lesage traite de ce sujet, dans son tout nouveau film intitulé Genèse. Le film, qui a été nominé maintes fois dans plusieurs festivals à travers le monde, est ressorti grand gagnant de la compétition officielle de la 47e édition du Festival du nouveau cinéma. Il arrive maintenant sur nos écrans québécois.

L’histoire tourne principalement autour de trois adolescents et de leurs émois amoureux. On retrouve Guillaume (Théodore Pellerin), secrètement amoureux de son meilleur ami qui habite le même pensionnat que lui. Sa demi-sœur, Charlotte (Noée Abita), est quant à elle portée à explorer de nouvelles relations, suite à sa rupture avec son copain. Enfin, il y a le personnage de Félix (Édouard Tremblay-Grenier), qui tombe amoureux d’une jeune fille dans un camp de vacances. On retrouve également à l’écran Pier-Luc Funk, Émilie Bierre, Maxime Dumontier, Paul Ahmarani, Jules Roy Sicotte, Antoine Marchand-Gagnon, Jean-Simon Leduc, Marc Beaupré et Mylène Mackay.

Il faut d’abord savoir que nous nous trouvons ici en présence d’un film d’auteur. Philippe Lesage, réalise non seulement, mais scénarise également cette histoire, bien ancrée dans son univers qui lui est propre. Un peu trop peut-être et c’est là qu’il perdra quelques spectateurs en chemin. Il faut expliquer que cette histoire, construite en trois actes, quitte les personnages mis en place pour nous retrouver avec de tout nouveaux, dans le dernier acte, sans jamais revenir aux personnages du début. Ceci est quelque chose d’assez peu commun au cinéma, venant dépasser les règles et habitudes cinématographiques mises en place. Il faut savoir également que dans ce troisième acte, nous retrouvons le personnage de Félix, d’abord rencontré dans Les Démons (2015). Encore faut-il l’avoir vu. Celà dit, il n’est pas nécessaire de tout connaître de l’œuvre de Lesage pour apprécier le récit, toutefois, le public pourrait être confus au passage. Une autre confusion est celle de l’époque où se déroule le film. Dès les premières images, nous avons l’impression de nous retrouver dans une école des années 50, avant de comprendre que nous sommes dans une époque contemporaine, mais floue au niveau précis de sa temporalité. Années 90? Début 2000? Rien n’est vraiment clair, de par la technologie, qui semble désuète par moment ou encore cette séquence où une personne fume dans un bar, laissant présager une époque pas si lointaine. Le réalisateur explique en entrevue qu’il a volontairement brouillé les pistes au niveau de l’époque, voulant ainsi ne pas placer ses adolescents dans un contexte générationnel. Il souhaite plutôt traiter de l’amour de manière intemporelle. Malgré l’explication, c’est un détail qui pourrait agacer le public. Un des points faibles de ce film réside également dans son scénario. On n’arrive pas totalement à comprendre l’enjeu de l’histoire, comme si Lesage avait voulu traiter de tellement de sujets en un seul film, qu’il vient à se perdre dans les méandres scénaristiques. Ceci peut devenir étourdissant au bout des 130 minutes.

D’un autre côté, les acteurs sont beaux et sont bons. La jeune et resplendissante Noée Abita, révélée dans Ava (2017), est vulnérable et touchante. Celle qui est venue remplacer in extremis la Charlotte originale (qui s’est désistée à quelques jours du début du tournage) est convaincante. Théodore Pellerin, qui multiplie ses rôles tant au Québec qu’à l’international est toujours juste et complexe dans la psychologie de ses personnages. Il n’en démord pas ici, jouant un jeune intellectuel d’un pensionnant pour garçons. Un de ses enseignants, joué avec brio par Paul Ahmarani, est à la fois détestable et méprisant envers ses élèves. Nous aurions aimé voir Mylène Mackay davantage, celle qui campe ici le rôle de l’enseignante d’anglais. La trame sonore est intéressante. On retrouve des pièces musicales de The Trashman, Le Tigre et Marie Davidson, entre autres. La direction photo est soignée, signée ici par Nicolas Canniccioni, le même derrière le très beau La petite fille qui aimait trop les allumettes (2017). Il y a, par contre, une utilisation abusive du zoom de la caméra, sans trop d’explications.

Genèse est un film pour un certain public, aimant le cinéma d’auteur. Ce n’est pas un univers auquel n’importe qui pourrait s’identifier, bien qu’il traite d’un sujet universel comme l’amour.

 

 


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