À haute vitesse

22 mars 2019Jean-Benoît Baron
Catégories :Chronique | Cinéma

Le réalisateur et scénariste québécois Kim Nguyen, qui a été remarqué avec Rebelle (2012), débarque avec son tout nouveau film The Hummingbird Project (Le projet Hummingbird, en version française). Le film met en vedette rien de moins que Jesse Eisenberg, Alexander Skarsgård, Salma Hayek et Michael Mando. L’histoire est celle de deux cousins, interprétés par Eisenberg et Skarsgård, qui désirent devenir riches en construisant un réseau de fibre optique sous-terrain permettant de dépasser le marché boursier en quelques nanosecondes, et ce, entre le Kansas et le New Jersey. Leur plan sera mis à rude épreuve, lorsque leur ancienne patronne (Hayek) suspectera ce qu’ils trament.

The Hummingbird Project est une histoire fictive, mais qui aurait bien pu se passer dans le monde réel et qui sait, va peut-être inspirer certains malfrats. Car oui, ce drame, qui est une coproduction Canada-Belgique, démontre le monde artificiel dans lequel nous vivons, qui favorise les riches au détriment des pauvres. Ces gens, prêts à tout pour arriver à leurs fins mercantiles, jusqu’à mettre de côté ce cancer qui les ronge de l’intérieur. Une belle analogie, avec ce câble de fibre optique sous-terrain, source de conflits. Oui, ce câble passe dans le sol à une certaine profondeur et fait tout pour ne pas modifier le décor, mais au fond, ces apparats visent davantage un but de travestir le réel objectif de ces deux cousins, celui de se cacher des autorités, que de réellement respecter des lois mises en place. Comment l’être humain peut aller jusqu’à détruire l’environnement, le paysage, les terres de pauvres agriculteurs sans défense, et ce, toujours dans un but capitaliste? Tant de réflexions sont mises de l’avant, qui nous ramènent à notre propre réalité, dans des luttes environnementales que nous vivons partout dans le monde, même chez nous. On a qu’à penser au dossier d’Hydro-Québec à St-Adolphe d’Howard. Une preuve tangible que les puissants riches de ce monde n’en font qu’à leur tête et ont trop souvent le dernier mot, au détriment de la population habitant ces terres depuis des générations. Fait intéressant, le film a été tourné en partie au Québec, recréant certains décors de nos voisins du sud. Comme le scénario se passe dans un monde de marché boursier et de technologies informatiques poussés, on peut parfois se perdre dans les détails techniques, mais les quelques tournures scénaristiques arrivent quand même à expliquer les enjeux principaux. Les scènes s’enchaînent bien, la tension monte toujours d’un cran et on nous tient en haleine jusqu’au climax, pendant les presque deux heures du film.

Nguyen a misé gros avec des acteurs de renom comme ceux présents au générique. Jesse Eisenberg, toujours efficace, incarne ici un jeune visionnaire verbomoteur qui n’a qu’un seul plan devant lui, devenir riche. Son personnage n’est pas loin de celui qu’il incarnait dans The Social Network (2010), qui le suit encore et qui nous empêche d’oublier cette performance. Ce n’est pas le cas de son acolyte, Alexander Skarsgård, qui s’est transformé complètement pour ce rôle. Celui qui incarnait Tarzan en 2016, dans le film du même nom, joue ici un crac de l’informatique chauve, mésadapté et limite autiste. Les deux protagonistes s’agencent bien en duo, rappelant celui de George Milton et Lennie Small, deux personnages qui aspiraient aussi à une certaine liberté. Salma Hayek, de son côté, incarne une chef d’entreprise ambitieuse et irréductible, aussi assoiffée de pouvoir. Si certaines mauvaises langues accusent l’actrice d’être sur son déclin depuis quelques années, nous prouvant ici qu’elle n’a pas perdu sa fougue, même si son personnage est quelque peu caricatural et manque de profondeur. Quelques acteurs québécois viennent également faire de courtes apparitions dans le film, dont Igor Ovadis, Juliette Gosselin et Ayisha Issa.

La direction photo, assurée par Nicolas Bolduc, est remarquable. Plusieurs plans à vol d’oiseau de la nature sont formidables, mêlant les plans rapprochés et éloignés. Ce plan où le personnage d’Eisenberg pose pied par terre dans la forêt, sur une tourbière ressemblant à des conifères vus de haut, illustre bien le géant qu’il est devenu dans ce projet ambitieux. Les quelques plans, d’hyper-ralentis sont poétiques, comme cette balle de tennis en mouvement ou encore cette pluie tombant à l’extérieur. Fait technique, pour que la caméra puisse capter les gouttes de pluie tombées une à une, elle doit tourner à une vitesse extrême, bien au-delà des 24 images/secondes traditionnelles du cinéma, rappelant la vitesse de battement d’ailes des Colibris, pouvant atteindre les 200 battements par seconde. Même si nous nous trouvons face à une production indépendante, Nguyen a le moyen de ses ambitions avec ce film, doté d’un budget d’environ 16 millions de dollars.

La musique orchestrale, sublime, est bien intégrée et se marie à merveille avec ses plans de la nature ou encore ces images en hyper-ralentis. Mention spéciale à cette pièce des Beastie Boys, venant ajouter de l’humour à cette scène euphorique mettant en place le personnage de Skarsgård. En effet, même si nous nous trouvons devant un drame, il y a ces quelques moments d’humour, bien réussis.

The Hummingbird Project relate une autre histoire de rêve américain, sans rien apporter d’extraordinaire à ce qu’on a déjà pu voir par le passé au cinéma. Par contre, son originalité et les pistes de réflexions qu’il nous offre, autant pour le côté environnemental que pour le côté absurde du monde financier dans lequel nous vivons, vaut la peine d’être vu.


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