Le souper de Noël

8 décembre 2019Sylvain Vigier
Catégories :Éditorial | Environnement

Autour de la table de Noel, il y a un père qui pense que l’Homme ne peut pas être responsable du réchauffement, parce que c’est être bien prétentieux de croire que l’Homme soit assez puissant pour dérégler quelque chose d’aussi vaste que le climat planétaire (Amen!). Il y a aussi un oncle invité au souper, qui justement en a soupé d’entendre parler de la «tarte à la crème climatique» parce que tout ce discours ambiant n’est que le résultat «d’ONG lobbyistes plus soucieuses d’idéologie que de sciences». Ce repas de Noel n’est pas pure fiction car le père et l’oncle sont les miens. Ce sont personnes sont tout à fait instruites, sensées et rationnelles, peu intéressées au flux incessant des médias et réseaux sociaux et modérées dans leurs choix politiques. Des personnes du quotidien qu’il nous faut convaincre d’embarquer avec nous dans la lutte aux émissions de gaz à effet de serre (GES). Tentons trois arguments pour les convaincre.

L’Organisation des Nations Unies: l’ONU est un espace de discussion international qui rassemble la quasi-totalité des États de la planète. Elle a organisé le 1er sommet sur le climat en 1979 qui a vu la création du «Programme de recherche climatologique mondial» et organise cet hiver la 25e Conférence des parties (COP) sur les changements climatiques. Ainsi, tous les pays du monde se rassembleraient depuis 40 ans pour parler d’une chose qui n’existe pas ou sans conséquences notables pour leur avenir? On sait que les diplomates aiment les petits fours, mais là, c’est de la gourmandise.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC): a été créé en 1988 et rassemble des scientifiques du climat pour «évaluer, sans parti pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les risques liés au réchauffement climatique d’origine humaine». Voici ce que l’on peut lire dans son rapport de 2018 adressé aux gouvernements: «Les activités humaines seraient responsables d’une augmentation d’environ 1.0°C du réchauffement global, avec une gamme de certitude élevée entre 0,8°C et 1,2°C. L’intervalle de confiance d’une augmentation de la température au-delà de 1,5°C entre 2030 et 2052 est très élevé.». Voilà comment parle la Science. Elle ne croit pas, elle sait. Mais comme elle sait aussi depuis Socrate «qu’elle ne sait rien», ses certitudes sont données dans un intervalle de confiance, et non énoncées comme des vérités divines. Le rapport du GIEC nous dit qu’il est temps maintenant d’arrêter de «croire» ou non au réchauffement climatique mais de «savoir» que «très probable» veut dire «pas mal certain» plutôt que «ça se pourrait».

Hubert Reeves: le plus français des astrophysiciens Québécois, auteur de nombreux livres de vulgarisation où la vie sur Terre côtois régulièrement l’infiniment inaccessible des étoiles. Voici ce qu’il déclarait à la radio tout récemment: «Personne ne connait l’avenir, donc ceux qui disent qu’on court à la catastrophe prétendent le connaitre. Cependant, il faut voir la situation comme une situation de guerre, et il nous faut être dans l’optique de dire: il faut la gagner, pour que la Terre reste habitable et agréable». Quand il s’agit de faire la guerre en Afghanistan, en Irak, en Lybie, ou même la guerre aux dépenses publiques, nos dirigeant.es savent très bien rassembler et sonner le tocsin. Leur désinvolture face à l’enjeu climatique ne ressemble vraiment pas à un état de guerre ni au discours de «sang et de larmes» de Churchill.

Alors quoi d’autre? Une pluie de grenouille? Les eaux des fleuves changées en sang? L’avantage des plaies d’Égypte, c’est qu’il suffisait à Pharaon de laisser partir les Hébreux pour qu’elles cessent. Notre problème, c’est que quand les épisodes climatiques extrêmes vont se succéder, la machine sera déjà emballée pour l’arrêter instantanément par des repentances. L’inertie du climat nous pénalise des deux côtés: trop de temps à se manifester, trop de temps pour l’arrêter. La tarte à la crème aura un gout bien amer, et l’Homme n’aura eu besoin que de lui-même pour se détruire. Autour de la table de Noel, nous devrions discuter de comment réduire nos GES, pas pourquoi.


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