À boire et à manger: Le futur

31 janvier 2020Sophie Parent et Sylvain Vigier

La servante écarlate
de Margaret Atwood, 1985

Près de 35 ans après sa sortie, le livre d’Atwood cogne toujours aussi dur afin de rappeler la fragilité des droits que l’on croit si chèrement acquis. L’auteure y dépeint un monde dystopique contrôlé par de rigides principes religieux, dans lequel les quelques femmes encore fertiles se voient privées de leur liberté et reléguées au rang d’esclaves sexuelles, mettant leur corps au service de la nation. Dans ce roman, la protagoniste, prénommée Defred, se souvient d’une époque où les femmes avaient encore la possibilité de décider pour elles-mêmes et tente de se joindre à d’autres femmes, afin de retrouver sa liberté et d’échapper à la condition qui lui est imposée. Non sans rappeler le style d’Orwell dans son livre 1984, Margaret Atwood dépeint ainsi une réalité alternative inquiétante, peut-être parce qu’elle est un peu plus près que ce que l’on aimerait, à chaque fois que le débat sur la question de l’avortement est relancé. Ce classique de la littérature a connu un regain de popularité, suite à son adaptation télévisée par Netflix, puis par la publication d’une suite par l’auteure.

Ravage
de René Barjavel, 1943

À Paris en 2052, tout est électrique et technologique. La viande est produite par ingénierie tissulaire, et les végétaux ne connaissent plus que la culture par hydroponie. François vient d’une famille qui pratique encore l’agriculture traditionnelle car certains légumes sont incultivables hors sol. Mais ces méthodes démodées le forcent à s’installer à Paris pour devenir ingénieur en chimie agricole. Un matin, il n’y a plus d’électricité dans la ville. Plus rien ne peut fonctionner ou être produit, même pas les vannes électriques des bornes d’incendie qui refusent de s’ouvrir pour éteindre un incendie qui se transforme en un gigantesque brasier. François prend la tête d’un petit groupe pour rejoindre sa région natale où il est encore possible de vivre de la terre. Une colonie va ainsi survivre grâce à ses connaissances d’une autre époque. Des années plus tard, la colonie prospère. Le fils de François invente une machine automatique pour abolir le travail manuel, ce qui va entrainer une réaction violente de son père. Roman réactionnaire ou visionnaire ? On s’interroge encore.

Fahrenheit 451
de François Truffaut, 1966

Dans ce monde dystopique, adapté au cinéma par François Truffaut du livre de Ray Bradbury, le monde ronronne tranquillement dans la modernité autour du monorail suspendu qui emmène Guy Montag au travail le matin, et dans son doux pavillon de banlieue le soir. Montag est pompier, c’est-à-dire qu’il fouille les maisons pour trouver des livres cachés et qu’il les brule avec sa lance à incendie au kérosène. La quiétude des honnêtes gens est à ce prix, surtout que l’immense écran de télévision de leur salon est interactif et inclut le téléspectateur à l’action de ses programmes, alors que les livres sont bien trop subversifs car ils véhiculent des idées qui rendent les gens malheureux. Dans une mise en scène très sobre, presque désuète, Truffaut nous fait passer le frisson de l’autodafé et nous rappelle le bonheur, parfois perdu, que l’on a eu à la rencontre d’un livre. Au point d’embarquer avec Montag dans la résistance aux pompiers-pyromanes et à apprendre par cœur un livre pour s’assurer que jamais il ne sera perdu.


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