Éloge de la douceur

31 janvier 2020Marielle Fisson
Catégories :Littérature | Poésie | Réflexions

En décembre, les lumières en guirlandes scintillent dans le creux de l’hiver. Depuis l’automne post-flambée-des-couleurs gris et morne, on tolère les jours qui raccourcissent, ragaillardi par l’idée des vacances prochaines. Bientôt, on se rassemblera en famille, entre ami.es. On festoiera, on rira, on grasse-matinera. La routine sur pause.

Et puis, en un battement de cils, merci bonsoir. Le sapin prend le bord, les lumières retournent dans leurs boites au fond du placard. Mais les longues nuits restent. Chacun remonte à bord du train-train quotidien, sans être toutefois reposé de ce tourbillon de festivités, ce marathon de familles, de belles-familles, de beaux amis, mais le cœur rempli de petits doux accumulés. Je crois que c’est ça, au fond, qui nous permet de passer au travers des moments les plus sombres. Le silence d’un matin enneigé. Un café chaud dans sa tasse préférée. La tiédeur des draps au réveil. Des mots chuchotés à l’oreille. Rester couché jusqu’à ne plus avoir sommeil. Une petite note manuscrite sur la table. Avoir un fou rire incontrôlable. Une chanson qui émeut.

Le vent du large dans les cheveux. Voir une étoile filante et faire un vœu. L’odeur des conifères. Souffler une bougie d’anniversaire. Les pieds nus sur un plancher de bois. Dessiner dans la buée avec les doigts. Faire fondre sur sa langue du chocolat. Notre petitesse devant les falaises qui se jettent dans l’océan. Le souvenir de nuits tièdes d’été autour du feu de camp. Plonger dans un bon roman…

La poésie se loge dans ces petites choses de la vie, anodines, quotidiennes. Il faut collectionner ces petits doux comme des lumières. Pas besoin d’aller au bout du monde ni de mettre des lucioles en bocal. Collectionner le doux, le lumineux. Éviter de se perdre dans la noirceur, en attendant que le soleil revienne et que la nature renaisse sous ses rayons. Éviter de se perdre dans la brume qui passe, parfois, entre les deux oreilles. Cultiver l’émerveillement et le spontané, si naturels à l’enfance. D’autant plus que ces petits doux sont gratuits. Disponibles à profusion, juste là. Et ici. Partout. Chanter à tue-tête cette chanson qui passe à la radio. Recevoir le message d’une amie. Rendre le sourire à un inconnu sur le trottoir. Assister à un coucher de soleil par-delà le rétroviseur. Mordre dans cet aliment duquel vous raffolez… Dans la course folle de chaque jour, on oublie souvent de s’arrêter. Contempler. Imprimer, au fond de la rétine ces choses belles. Graver, dans la mémoire, ces petits moments. Parce qu’au fond, ces petites choses sont ce qu’il y a de plus précieux. Inspire-expire. Ça va aller. Déjà, tu vois, les jours s’allongent. Ce sont ces petits doux qui rendent la vie habitable [comme dans l’ouvrage de l’autrice Véronique Côté que je te recommande chaudement].


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