À boire et à manger: Printemps des Poètes

2 mars 2020Sophie Parent

HIROSHIMOI
VÉRONIQUE GRENIER, 2016

Après s’être fait connaître pour son blog « Les p’tits pis moé » et ses chroniques dans Urbania, l’enseignante de philosophie au cégep de Sherbrooke Véronique Grenier a écrit son premier recueil de poésie, Hiroshimoi, en 2016. Avec une prose actuelle, l’usage de québécismes et de contractions, ainsi que des références répétées à l’usage des médias sociaux, l’auteure s’adresse définitivement à un nouveau public, généralement peu interpellé par la poésie traditionnelle. Hiroshimoi, c’est une poésie que Véronique Grenier semble avoir écrite pour ses étudiant·e·s, les milléniaux, avec des référents culturels qui sont parlants pour cette génération. Pour autant, l’accessibilité de ses écrits n’en fait pas un ouvrage moins percutant et contribue plutôt à la démocratisation et à la modernisation de la poésie. Hiroshimoi, c’est l’histoire d’une rupture qui n’en finit plus de finir, c’est une histoire d’amour torturée et ce sont les fragments d’une histoire poignante et forte qui est parfaite pour s’initier à la poésie. L’auteure a aussi écrit les recueils Chenous (2017) et Carnet de parc (2019). De plus, elle prépare son premier recueil de poésie jeunesse, Colle-moi, à paraître bientôt.

LES LUTTES FÉCONDES
CATHERINE DORION, 2017

Plus connue pour son rôle de députée à l’Assemblée nationale, ainsi que pour ses propos-chocs, Catherine Dorion est avant tout une poète et une militante. D’ailleurs, son militantisme se reflète dans les principaux thèmes de ce recueil, c’est-à-dire l’abolition des cadres et des règles préétablies, tant en amour qu’en politique. Au fil des chapitres, l’auteure alterne entre les pans de sa vie amoureuse, dans le but de démontrer en quoi les contraintes du couple ont abîmé ses relations, puis tisse des liens avec le monde politique très encadré dans lequel nous naviguons. Comme exercice de préfiguration à une démocratie plus vraie, l’auteure propose des relations amoureuses qui se vivent à l’extérieur du cadre, dans quelque chose de plus libre et de plus flexible que le couple. De plus, c’est habilement que l’auteure aborde le thème du désir pour qu’il recoupe à la fois les désirs individuels, que l’on peut retrouver de relations libres, et les désirs collectifs, qui sont à la base des grands mouvements sociaux et des révolutions. Comme Catherine Dorion le nomme déjà, ce recueil est un plan d’évasion pour libérer le désir sous toutes ses formes de ce qui l’emprisonne.

À L’OMBRE DE L’ORFORD
ALFRED DESROCHERS, 1929

Jadis journaliste pour La Tribune à Sherbrooke, Alfred Desrochers est un poète incontournable quand il est question d’auteurs du terroir. Un peu à contre-courant, Desrochers prône l’identité nord-américaine, plutôt qu’européenne, et s’inspire beaucoup de poètes américains dans son travail. Il traite de thèmes comme le travail de la terre, la nature des Cantons-de-l’Est, ainsi que d’un autrefois presque idéalisé. C’est entre autres le cas de l’un de ses poèmes les plus connus de l’ouvrage, soit « Je suis un fils déchu », qui traite du vécu des ancêtres de Desrochers, qui étaient coureurs de bois. Divisé en huit sections, le recueil a une structure impeccable. L’auteur porte une attention remarquable à la construction de ses vers et au respect des rimes. Toutefois, ce que l’on retient, c’est la beauté avec laquelle la nature est dépeinte, de même que l’acharnement des aïeux de l’auteur au labeur. S’il n’était pas possible de lire la totalité de l’ouvrage, les poèmes « Je suis un fils déchu », de même que « L’Hymne au grand vent du Nord » sont des incontournables.


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