Confinement : la double peine pour le Baobab – café de quartier

30 mars 2020Sylvain Vigier

Depuis le 16 mars, le Baobab – Café de quartier sur la rue Dunant dans le quartier d’Ascot a dû fermer ses portes suite aux recommandations du gouvernement provincial pour endiguer la progression de la pandémie de COVID-19. La fermeture a entrainé la mise a pied de huit employés dont deux temps pleins, et précarise un peu plus le personnel dont les conditions de travail sont déjà difficiles tout en rendant incertain le futur de l’activité du café qui fêtera ses deux ans en mai.

Bien plus qu’un café

Bien que ces mesures de fermeture touchent économiquement tous les bars et cafés de Sherbrooke, c’est la double peine que subit le Baobab, car ce café a été fondé avec un but social. « Le café et les repas sont un prétexte », indique Catherine Larouche la directrice du Baobab. « Le Baobab est là pour dynamiser les solidarités par des événements socioculturels, ainsi que par le partage de repas et de moments nourrissants. Il permet à des personnes du quartier d’Ascot, souvent des personnes seules ou sans emploi, d’avoir un lieu pour se réunir, de briser leur isolement et d’avoir accès à des repas équilibrés. La fermeture du café a entrainé l’annulation de 16 évènements dans ces deux premières semaines de confinement. »

Ainsi, pour la dizaine d’habitués du Baobab, le mot confinement prend un sens bien plus profond car il représente une perte directe de lien social. Pour eux, confinement veut certainement dire isolement. « Nous nous sommes interrogés sur la pertinence de faire des livraisons de repas. Mais nous n’avons pas poursuivi l’idée car c’est une autre logistique que celle que nous avons et notre activité première n’est pas la sécurité alimentaire. D’autres organismes savent mieux que nous gérer cela » indique Mme Larouche.

L’Accorderie maintient le lien

Alors, le lien social s’organise par d’autres canaux comme celui de l’Accorderie de Sherbrooke dont le café Baobab est une réalisation. Une « accorderie » est un réseau de personnes qui échangent gratuitement des services. Des choses simples comme par exemple 1h de garde d’enfants contre 1h de cours de guitare. À Sherbrooke, l’accorderie a 500 membres actifs qui participent par leurs échanges à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, à créer du lien social et à améliorer les conditions de vie des membres AccordeurEs. Suite aux mesures de confinement, l’Accorderie de Sherbrooke a vu une augmentation de ses échanges de services. En particulier les échanges liés à l’informatique, majoritairement pour aider les personnes à installer les logiciels de communication vidéo type Skype, et les échanges pour faire l’épicerie aux personnes ne pouvant pas sortir de chez elles. Un service « d’appel de courtoisie » a été mis en place et mobilise un groupe d’une vingtaine d’accordeurs qui appellent les membres du réseau de 70 ans et plus pour conserver un lien et s’assurer de leurs besoins.

Tout comme l’eau trouve toujours un chemin pour rejoindre la rivière, on constate que la solidarité ne s’interrompt pas face à des portes closes. Cependant, le prolongement de la fermeture du Baobab risque de compromettre sa réouverture comme nous l’indique sa directrice. « Nous avons des frais fixes comme le loyer, alors que nous ne faisons aucune entrée d’argent et que toutes nos activités en soirée sont annulées. Même si nous avons pu nous organiser avec nos créanciers, repartir notre activité aura un coût important alors que notre trésorerie est très limitée. » Concernant les annonces des divers paliers de gouvernement, Mme Larouche regrette que « les annonces faites jusqu’à présent sont surtout des prêts du gouvernement qu’il nous faudra rembourser. Pour une structure comme la nôtre, nous avons besoin d’argent réel sous forme de subventions. De façon générale il n’y a eu que très peu d’annonces pour les entreprises de restauration et d’évènementiel, et il s’agit de nos deux cœurs d’activités. »

De quoi le futur aura l’air? « Si nous pouvons reprendre en mai, cela ira. Mais si on ne reprend qu’à l’été – qui est un moment de très faible activité pour nous – alors cela sera très dur ». Et on comprend qu’au-delà de la fermeture d’un café dans le quartier d’Ascot, c’est le projet social du Baobab – café de quartier qui est mis en danger par la crise sanitaire.


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