Marguerite Blais: ministre des ainés et des fous rires

14 avril 2020Collectif Entrée Libre
Catégories :COVID-19 | Opinion | Santé

Depuis des années, le Syndicat québécois des employées et employés de service, affilié à la FTQ (SQEES-FTQ) dénonce les conditions de travail dans les CHSLD. Jade Bourdages, professeure et chercheuse à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a dernièrement publié sur sa page Facebook un texte qui rappelle l’incurie et la désinvolture des décideurs politiques sur l’état et les conditions dans les CHSLD.

Dérider la situation

« Petite perle d’archive trouvée par un estimé collègue et ami. C’était en 2009, Madame Blais était alors ministre provinciale des Aînés, comme elle le demeure aujourd’hui, bien que sous une autre bannière partisane. Visiblement ébranlée par les reportages de La Presse sur les résidences privées pour aînés qui révélaient alors des cas de négligences et de maltraitances, Madame la Ministre, ni une ni deux, avait pris le taureau par les cornes pour annoncer une grande réforme : Roulement de tambour… L’envoi de Clowns pour distraire les personnes âgées dans ces résidences Mesdames et Messieurs. L’envoi de Clowns. Clowns du monde entier, unissez-vous !! »

« En février dernier, oui, oui il y a quelques semaines, quelques jours à peine avant le shut down du monde entier, Madame la Ministre récidivait en annonçant un investissement de 5 millions pour « embellir les CHSLD ». Cet investissement, disait-elle alors, « servira notamment à faire l’achat d’ameublement, à effectuer des changements à la décoration, comme réaliser des murales » Des clowns pis des murales toé chose. Nous sommes gouvernés par des imbéciles. ESTI On est pas sorti du bois. On rit, on pleure ».

Du rôle social du clown

Toutefois, comme il est mal venu de tirer sur les ambulances, le travail réalisé par les Dr Clown ne doit pas être dénigré gratuitement comme le rapporte une travailleuse en CHSLD : « je comprends que tout ce qui touche les personnes âgées est beaucoup plus complexe et nécessite beaucoup plus que la visite des Dr Clown une heure par semaine dans une résidence. Mais je trouve ça dommage de jeter des tomates sur les Dr Clown. Je pense qu’il y a une grande méprise sur le travail hallucinant qu’ils font… J’ai la chance de travailler dans un milieu où on a la visite des Dr Clown toutes les 2 semaines, et sérieux, c’est vraiment impressionnant ce qu’ils font. Ils ont une façon d’entrer en relation avec les gens qui est hors du commun… Ils ne viennent pas donner un petit spectacle; leur travail est très relationnel et intéressant »

Un service de santé repensé

Comme le remarque Mme Bourdages, ça n’est pas d’hier que les gouvernements esquivent les questions de fond des CHSLD. Il est souhaitable que les insuffisances et fragilités du système de santé mises au grand jour par le contexte de pandémie forcent un nécessaire redressement de la barre longtemps demandé et attendu. Cependant les professionnels des CHSLD nous confirment que la santé n’est pas qu’une question médicale, et que les pratiques innovantes comme les Dr Clown devraient être systématisées dans un service de santé profondément repensé sur les conclusions et espoirs post-pandémie.


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