JUKEBOX

3 septembre 2020Souley Keïta
Catégories :Chronique | Cinéma

Une critique sans trop divulgâcher.

Dépoussiérer le juke-box avec ces classiques qui ont fait soulever et danser les foules. 

Entonner la chanson, au cinéma, sera le mot d’ordre du nouveau documentaire de la réalisatrice Guylaine Maroist et du réalisateur Eric Ruel. Oui, les spectateurs pourront se donner à cœur joie en entonnant les refrains marquants des années yé-yé au Québec. 

Nous pouvons dire que Jukebox est, indéniablement, unique en son genre. Outre le fait de briser le 4ÈME mur, en s’adressant au spectateur, ce film revêt, au bout du « conte » de Denis Pantis, producteur derrière les plus grands succès musicaux des années 60, plusieurs genres. Entre docu-fiction, cinéma direct et comédie musicale documentaire, le film virevolte entre ces différents genres, sans demi-mesure, à l’image du montage très dynamique, orchestré par Eric Ruel. Après le documentaire marquant Expo 67 : mission impossible avec un film aux innombrables archives, les deux réalisateurs nous livrent un résultat similaire, cette fois-ci, sur la création identitaire musicale du Québec, marquant un virage important dans les années 60. Avant tout politique, mais également culturel.

Le documentaire, fort intéressant, documenté, journalistique, nous plonge dans le parcours et l’apogée d’un homme de l’ombre, Denis Pantis, producteur de nombreuses vedettes telles que Les Sultans, Michèle Richard, Renée Martel, Baronets, Milady’s, Robert DeMontigny, etc.  Enivrant comme le documentaire Sugar Man, du regretté Malik Bendjelloul, on y découvre un personnage haut en couleur. Sans doute comme Sixto Rodriguez, le cinéma fera renaître la musique incarnée par Denis Pantis.

Le journal Entrée Libre, s’est entretenu avec Guylaine Maroist, coréalisatrice de Jukebox :

Souley Keïta : L’identité. Est-ce que, à la manière de Pierre Perrault dans Le Règne du jour, qui initie une recherche identitaire généalogique, il y a une volonté de recherche plus profonde et globale au Québec pour enfin affirmer son identité, identité culturelle dans votre film?

Guylaine Maroist : Oui, vraiment. C’est drôle, car cette identité, je l’ai beaucoup recherchée. Je suis une grande passionnée de musique. Dans ma jeunesse, j’écoutais énormément de musique anglo-saxonne même si je ne m’identifiais pas beaucoup à la musique qui passait à la radio dans les années 90 et début 2000. Étant une amoureuse de cet art, j’ai fait des études en relation, avec notamment une maîtrise en musicologie. Je joue également de la musique et de ma rencontre avec le guitariste Arthur Cossette va naître mon attrait pour la musique des années 60. Il m’a fait découvrir une autre version de la chanson populaire, les racines de notre musique pop et du show-biz québécois. On n’en parle pas beaucoup lorsqu’on relate notre histoire de la musique, car on préfère parler du folklore, parler des chansonniers. On essaye de se détacher de notre identité nord-américaine et en découvrant les artistes des années 60, ce sont de nombreuses chansons que les gens connaissent, jeunes ou moins jeunes. De manière paradoxale, même si cela s’inspirait de la musique profondément nord-américaine, cela a permis d’affirmer notre identité sur le plan politique, mais également à construire une industrie culturelle au Québec. Cela a généré des emplois dans le côté industriel de la culture, mais également, de mettre en lumière une industrie musicale indépendante.

Souley Keïta : Peut-on dire que Jukebox et son avertissement au début, c’est faire un pied de nez envers une classe sociale, religieuse trop souvent figée, coincée réfractaire et que ce film est avant tout une ode à la joie?

Guylaine Maroist : Complètement! Cela prend parfois des gens qui ont un point de vue extérieur. C’est tout à fait juste, car c’est la raison pour laquelle ce producteur, Denis Pantis, qui a changé le paysage musical, n’est pas dans l’histoire. Il y a souvent cette intelligentsia qui a écrit, qui écrit l’histoire et qui préférerait cacher cet aspect qui ne serait pas conforme à notre industrie du disque, notre culture et notre identité. 

Souley Keïta : Le cinéma est une fête et vous le démontrer dans votre comédie musicale documentaire en brisant le 4ème mur pour communier et communiquer avec le public, pourquoi ce choix intéressant?

Guylaine Maroist : Toutes les fois où nous faisons un nouveau documentaire, nous voulons que la forme épouse le contenu. Nous voulons faire quelque chose de novateur et cette fois-ci, il s’agissait de parler de la musique des années 60. Ce qui ressort de cette époque, ce sont cette joie, ce bonheur, ce désir, car cette musique donne l’envie aux gens de chanter et de danser, alors on a voulu donner cette envie aux spectateurs d’où le choix du film participatif avec ce karaoké, avec l’initiative de taper des mains et de danser dans leur siège. Nous avons pu voir l’enthousiasme en salle et les gens ont vraiment bien réagi. Sinon le choix du personnage qui s’adresse directement au public, c’est pour amener cette proximité pour que les gens plongent vraiment dans l’histoire.

Un film dansant, chantant à retrouver, à  La Maison du Cinéma, dès ce vendredi 4 septembre 2020. Je vous garantis, on en ressort joyeux.


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