Sophie et ses hommes Épisode 1: J’exagère moi?

14 septembre 2020Sophie Parent

La réplique du [désormais ex] beau-père est cinglante. Il se tient debout, dans le cadre de porte de l’appartement, sûr de lui. Ses mots me font l’effet d’une gifle. J’suis tellement sous le choc que je ne dis rien; je le laisse entrer sans protester contre ses accusations.

J’regarde mon ex rentrer dans l’appartement avec son père et ses frères, puis commencer à mettre des meubles et des boîtes dans une remorque. Y’a mon ami Fritz qui me regarde avec empathie. Il a eu la gentillesse d’être avec moi, pendant que la moitié de ma vie s’en va dans des cartons. C’est d’ailleurs ça qui a provoqué les foudres de l’ancien beau-papa. Il pensait que je serais seule et l’a pris comme un manque de confiance en lui et son fils.

Sur ce dernier point, il a un peu raison. Après des semaines de négociations avec mon ex sur le sort de chacune de nos possessions communes, ses visites impromptues et son refus de me rendre la clé du logement, j’ai commencé à avoir des doutes sur ses intentions. Ça a franchement pété quand j’ai changé la serrure et qu’il a réalisé que la séparation était définitive. Je ne crois pas que le beau-père (ex, pardon !) soit au courant du fait que la police ait eu à intervenir. Ça me fait de la peine, parce que je l’aimais vraiment, l’ex beau-papa.

J’les regarde embarquer la moitié des meubles et soudain ma tristesse se transforme en colère. C’est que j’ai passé des heures à séparer toutes nos possessions avec minutie, à tout mettre proprement dans des boîtes, démonter les meubles et les rassembler au même endroit pour leur faciliter le travail (et aussi un peu pour qu’il parte au plus criss). Ça me renverse de voir mon ex se plaindre de tout et tenter de renégocier les électros à la baisse quand ça fait deux mois que j’paye le loyer toute seule. Avoir su, j’en aurais pas fait autant.

Quand ils ont presque fini, y’a le frère aîné de mon ex qui me prend à part. J’ai peur de ce qu’il va me dire, mais j’vois qu’il a les yeux pleins d’eau. Il me dit qu’il s’excuse pour les comportements de son frère, qu’il l’a su pour la police et tout ce qu’il a fait de pas correct. J’me sens l’estomac tout à l’envers pis la bouche sèche. Pour une raison que je ne m’explique pas, j’ai honte de ça et j’aurais préféré que ça ne se sache pas. Il continue en me disant que leur père sait pas, comme pour l’excuser. Il dit qu’il se sent déchiré entre sa famille et moi, que j’vais lui manquer comme belle-soeur. Puis, sans que j’m’en rende compte, on se pleure dans les bras l’un de l’autre jusqu’à ce que mon ex revienne et nous demande sèchement ce qu’on crisse encore.

Quand ils s’en vont, Fritz reste un peu après pour m’aider à nettoyer les planchers. C’est surtout une excuse pour s’assurer que j’vais être correcte, j’pense. Dans l’espace salon-cuisine, il reste juste une bibliothèque et un vieux divan lit sur lequel je m’assois. J’regarde l’appartement désormais complètement à moi et j’réalise que pour la première fois depuis des mois, j’respire normalement.

Dans la semaine après, j’télécharge l’application Tinder sur un coup de tête, juste parce que maintenant, je peux. Je swipe et j’arrête pas d’avoir des matchs. J’en reviens pas de pogner autant. Puis, je tombe éventuellement sur le profil de mon ex. Évidemment. Dans la minute suivante, j’reçois un texto très grossier de sa part où il me slut shame d’être sur Tinder – alors que lui aussi y est, visiblement ! – et demande à ce que je lui restitue condoms et lubrifiant pour ne pas que j’aille « en baiser un autre ». Je trouve sa demande ridicule et déplacée. Ça ne se peut pas, faire une telle demande et se prendre au sérieux, franchement !

Fuck off que j’me dis. J’réponds pas à ça. Puis, j’sais pas si c’est les matchs qui me donnent autant confiance ou si je suis tout simplement échaudée des dernières semaines, mais je lui prépare une dernière boîte. J’y mets quelques vêtements oubliés, puis au fond un Ziploc contenant ce qu’il demande et sur lequel j’écris au permanent noir « Pour te mettre dans le cul ». Je dépose le tout chez son frère, puis bloque son numéro.

C’est vraiment immature et pas du tout mon genre d’être aussi passive-agressive, mais je n’arrête pas de me dire que c’est justifié, après tout ce qu’il m’a fait vivre… Aussi, j’admets que ça me fait bien rire de l’imaginer ouvrir la boîte. Puis, je m’arrête et souris en pensant que :

  1. Je suis enfin libre;
  2. J’ai une date la semaine prochaine.

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