LES RENIEMENTS DU CONSEIL MUNICIPAL

1 octobre 2020Sylvain Vigier

Lorsqu’il s’agit de faire des promesses sur les enjeux de l’environnement et de signer une « déclaration d’urgence climatique », le conseil municipal et son maire en tête sont tout sourire pour jurer la larme à l’oeil que « l’environnement, c’est important ». Une fois la séquence émotion terminée, circulez, y’a plus rien à voir et laissez-nous saccager la ville et son patrimoine biologique comme on nous a toujours appris à le faire.

Dernière trahison en date : la promesse d’afficher dans la salle du conseil une peinture de l’artiste sherbrookois Ultra Nan faite aux 1800 enfants des écoles primaires de Sherbrooke qui ont signés la toile pour montrer eux aussi leurs envies d’action et de changement face aux enjeux environnementaux de la planète. La commission des arts visuels, présidée par le conseiller du district de l’université Paul Gingues, a estimé que la toile ne pouvait « pas faire partie de la collection d’art de Sherbrooke ». Mis à part que Ultra nan est un artiste graphique connu et reconnu dans l’identité visuelle de Sherbrooke et que la Ville a déjà fait appel à lui pour réaliser des œuvres murales (il a également réalisé des œuvres pour Entrée Libre), on se demande ce qui gène la Commission pour ne pas accepter ce tableau sur les murs de la salle du conseil. À l’inverse, la valeur artistique du crucifix présent dans la salle du conseil ne faisait pas débat il y a tout juste un an, et justifiait son maintien dans le lieu du débat démocratique. Une question de symbole et de valeur doit, on suppose, pour les membres du conseil, justifier cette différence de traitement. Après tout, que vaut la promesse faite à l’engagement de 1800 enfants du primaire pour conserver une planète « vivable et agréable » face à la déférence que l’on doit à l’archevêque de Sherbrooke Mgr Jean- Marie Fortier qui offrit le crucifix à la ville en 1996?

Pourtant, la ville sait tenir ses promesses quand elle y tient. Même celles qui ont plus de 20 ans comme c’est le cas pour l’autorisation de la construction d’un développement de 50 logements sur le chemin Réhaume, au cœur d’un milieu humide et qui plus est en dehors du périmètre urbain de la ville. Le conseil municipal était ce soir là unanime pour dire qu’un tel projet était inacceptable en 2020, mais qu’il était tenu à une promesse faite au promoteur en 1998 par l’ancienne municipalité de St Élie, et qu’une ville comme Sherbrooke ne pouvait se départir d’une telle promesse. En clair et les trémolos dans la voix en moins : la lâcheté d’élu.es qui sont conscients d’accepter l’inacceptable.

Pour tout ce qui touche à l’environnement, les décisions du conseil municipal de Sherbrooke ne sont qu’une suite de renoncement face à la nécessité et de positions rétrogrades qui démontrent majoritairement un logiciel de pensée totalement périmé et une vision du développement dépassée depuis au moins 20 ans. Dernièrement, c’est le projet pilote des pistes cyclables sur les grands axes de circulation de la ville qui était abandonné après seulement un mois sur les trois initialement prévus suite à la pression de la conseillère du district de Desranleau Danielle Berthold sur une base d’arguments de sécurité fallacieux et dont le rapport n’a pas été rendu public. Plus récemment encore, le conseil municipal décidait d’un sursis pour la végétalisation des bandes riveraines bordant la rivière Magog. Alors que ce règlement devait être appliqué en octobre 2019 et obligeait les propriétaires à protéger l’intégrité écologique du cours d’eau sur lequel donne leur terrain en le végétalisant et arrêtant la tonte de l’herbe, le conseil municipal a repoussé l’application du règlement à octobre 2021 sous la pression de propriétaires voulant faire valoir leur droit de jouir de leur terrain personnel comme ils l’entendent, sans considération aucune pour une rivière qui abreuve Sherbrooke et qui elle appartient à tout le monde.

Pour répondre aux enjeux environnementaux, avons-nous les élus que l’on mérite à Sherbrooke? Cette question sera tranchée dans un an, mais il est déjà temps de s’organiser si l’on souhaite voir une politique environnementale pour la ville à la hauteur des ambitions et des espérances d’une nombre croissant de citoyens et citoyennes.


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