À BOIRE ET À MANGER: LES COULEURS

2 octobre 2020Sylvain Vigier

TROIS COULEURS : BLEU
KRZYSZTOF KIESLOWSKI, 1993

Un accident d’auto sur une route de campagne, et Julie se retrouve seule à devoir faire le deuil de son mari compositeur de musique et de sa fille âgée de 10 ans à peine. Premier film de la trilogie « bleu, blanc, rouge », référence au drapeau et à la devise de la France « liberté, égalité, fraternité », la couleur bleue est tout à la fois discrète et omniprésente: un papier de bonbon, un lustre coloré de la chambre de sa fille, les reflets intenses d’une piscine publique déserte. Le bleu est sa couleur favorite, et le linceul glacial dans lequel Julie va s’envelopper et abandonner tout de son ancienne vie. C’est un air de musique, que le compositeur Zbigniew Preisner égrène en thèmes tout au long du film, qui va lui une rappeler une composition inachevée de son mari et lui offrir un chemin vers la liberté. Dans la scène finale du film, le thème musical sera joué en intégralité sur les larmes de Julie abandonnant sa tristesse et souriant timidement au reste de sa vie.

UN ENFANT DU PAYS
RICHARD WRIGHT, 1940

Dans le champ chromatique, le noir occupe une place à part, évincé à l’extrême du spectre presque car il absorbe la majorité de la lumière et ainsi s’oppose à toutes les couleurs. Dans le champ des hommes et de la vie en société, les personnes noires sont appelées personnes de couleur. Sciences ou humanité, être noir est donc vu comme un particularisme alors qu’il n’est qu’un point parmi d’autre d’un dégradé de longueurs d’ondes. Lire « un enfant du pays » et suivre l’histoire de Bigger Thomas, c’est se confronter pour celui ou celle qui ne l’ai jamais été à l’épreuve de l’altérité et de la différence. Différence visuelle, celle qui saute aux yeux, mais surtout différence sociale, celle plus sournoise et enfouie dans de multiples replis culturels, sociaux, historiques, étatiques. Ce n’est pas par compassion et sentimentalisme que l’empathie se crée pour le personnage, mais par la prise de conscience du système de classe sociale dans lequel la ségrégation raciale nous enferme tous. Un dès livre qu’il est bon d’avoir lu dans une vie.

LUST FOR LIFE (LA VIE PASSIONNÉE DE VINCENT VAN GOGH)
VINCENTE MINNELLI, 1956

Quelle peinture offre des couleurs plus éclatantes que celle de Vincent Van Gogh? Pourtant, le film très typé âge d’or d’Hollywood débute dans la noirceur d’un habit de pasteur et des mines de charbon du sud de la Belgique. Le jeune Vincent cherche sa voie comme prêtre car il veut être utile, servir. Il sait et ressent qu’il a quelque chose à offrir au monde et cette force le torture et le consume. Il débute par le dessin au fusain dans ses années de pasteur, puis progresse vers les couleurs sombres pour laisser sa palette exploser lorsqu’il arrive à Arles sous le soleil de la Provence. Les décors mêlés aux prises de vue extérieures font raisonner les sujets de peinture de l’artiste. Et la force du film se trouve dans l’incrustation des tableaux de Van Gogh qui nous permet à la fois de ressentir ce qui l’inspire et la fièvre qui l’habite et lui fait déformer la réalité clinique du panorama. Un film nerveux et coloré, intense comme la courte vie du peintre.


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