LA FIN DU MONOPOLY ?

14 mars 2021Hubert Richard
Catégorie :La chronique du B.S.

EN AIDANT MA FILLE POUR SON EXPOSÉ SUR LE JEU MONOPOLY, J’AI ÉTÉ RAVI D’APPRENDRE QUE LA CONCEPTION ORIGINALE DU JEU EST LE FRUIT D’UNE FEMME SOCIALISTE DU NOM DE ELIZABETH MAGIE. ELLE AVAIT CONÇU CE JEU POUR DÉNONCER LES DANGERS LIÉS À L’APPROPRIATION LUCRATIVE DES TERRES.

Hier, j’ai eu la chance de tomber sur une photo du jeu original : The Landlord game (disponible sur Ebay à 126 $). Le jeu est pratiquement identique au Monopoly mais avec une enveloppe carrément socialiste dans son fini littéraire. Le plus bizarre, c’est la case Go. «LABOR UPON MATHER EARTH PRODUCES WAGES – Collect your wages 100 $ », C’est ce qu’on y lit sur la première case. Pas étonnant que Charles Darrow, celui qui lui vola le jeu, ait cherché à le mettre à son goût en y enlevant son aspect spirituel. Je vous parle de ce jeu, car j’ai longtemps pensé que l’approbation immobilière à titre individuel ou familial soit une activité qui nous divise dans notre humanité, en nous cloisonnant les uns des autres derrières les murs juridiques qu’on accorde à la propriété.

On pourrait penser (je l’ai longtemps pensé) que le côté impitoyable du Monopoly soit un aspect inhérent à la brutalité de l’enrichissement, la racine même de notre dépendance à l’argent. Qu’il n’y ait, en fait, pas d’autre moyen d’y jouer. Vous savez quoi? Dans la version originale du jeu, celle de madame Magie, les joueurs peuvent créer des alliances en créant un pot commun dans lequel ils versent les montants dus en locations pour les terrains qu’ils ont en commun. D’après ce que j’ai lu, l’appropriation collective des terrains est l’apprentissage que la conceptrice voulait transmettre par son jeu.

Quand Parker Brothers l’approcha pour lui racheter son brevet, elle ne chercha même pas à négocier un prix. En fait, elle accepta un montant dérisoire, toute contente de penser que la philosophie derrière le jeu allait se transmettre à travers le monde. Et c’est tout le contraire qui est arrivé. Le jeu est devenu une apologie du capitalisme sauvage. En tout cas, moi quand je joue, je deviens un monstre. J’achète tous les terrains que je tombe dessus pour pouvoir au plus vite y construire des maisons et des hôtels, empressé de faire payer le plus cher possible ceux qui passent sur mes terrains. Espérant frénétiquement, chaque fois que les dés sont jetés, que ceux-ci tombent en ma faveur. Ainsi, comme un feu que l’on entretient en y tournant les bûches, je maintiens tout chaud l’idée que je puisse m’imposer en tant que joueur dominant. C’est le jeu, non?

Mais, bon ! Mon but n’est pas de vous faire sentir coupable quand vous jouez au Monopoly. C’était une simple introduction pour vous parler de l’impact que pourrait avoir le départ de Donald Trump de la Maison Blanche sur notre vision de l’Amérique du Nord et de ce qu’il faut faire pour être heureux… De l’accomplissement le plus excitant que l’on puisse se souhaiter. Je crois ne pas me tromper en affirmant que l’archétype américain du millionnaire (milliardaire), en tant que modèle est beaucoup moins dominant maintenant.

Je vous invite à réfléchir à ce que la conceptrice du Landlord game souhaitait transmettre à travers son jeu. Que dans un monde capitaliste, il soit tout à notre avantage de développer des mécanismes nous protégeant du côté mercantile des transactions immobilières. Une fixation règlementée de la hausse des loyers, un code de logement, sont des choses essentielles. Néanmoins, je vous invite à voir plus loin. Un peu comme on l’a fait avec l’eau en cherchant à la protéger des lois du marché, à en faisant un bien commun, la terre et le patrimoine immobilier de nos villes possède une valeur tellement essentielle. Cela devrait nous encourager à gérer cela collectivement. Maintenant que Trump est parti en laissant un pays à reconstruire, c’est aussi une belle occasion pour faire une mise à jour sur les structures de notre économie. Vous n’êtes pas d’accord?


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