FRONTIÈRES (2/2)

11 janvier 2022Souley Keïta
Catégories : Chronique , Cinéma

Sur le tournage de… Frontières,

Il y a quelques semaines, le journal Entrée Libre s’immisçait dans le tournage du dernier film de Guy Édoin. À travers ce récit, aux subtilités métaphoriques sur le monde rural. La réalité de ses personnages nous est décrite par ses actrices qui se sont prêtées à nos questions. 

Synopsis : Diane Messier vit sur une ferme dans les Cantons de l’Est, près de la frontière américaine, avec sa fille Sarah et ses deux sœurs, Carmen et Julie. À la suite d’un tragique accident, Diane se sent constamment menacée et va même jusqu’à croire sa maison hantée. Inquiétée par les agissements de sa fille, Angèle revient de Floride porter réconfort à Diane et tenter de réunir le clan familial.

Souley Keïta : La menace de l’isolement, est-ce qu’au travers de ton personnage, on peut ressentir un appel à l’aide inconscient et incessant ?

Pascale Bussières : Oui, certainement je dirai. C’est un personnage qui traverse une période de profond déni. On ressent un isolement presque volontaire, que ce soit par sa condition ou que ce soit aussi par le lieu. Nous sommes déjà dans une enclave familiale, ce premier isolement mais elle est rescapée par le filet familial malgré les confrontations, malgré les difficultés. C’est un film sur le legs, car c’est à travers ce lien que la rédemption est possible.

Souley Keïta : Au regard du scénario et à travers sa lecture, qu’est-ce qui t’a attiré, mais également effrayé chez Diane ?

Pascale Bussières : Dans tout le scénario, j’aime beaucoup la proposition du thriller psychologique et ce facteur d’anticipation, de tension. Je pense que le spectateur va être très engagé par rapport à cette histoire ou ces personnages comme je l’ai été. Il y a beaucoup à défendre à travers ce personnage de Diane, c’est une mère qui vit un trouble profond, et moi-même étant une mère, je suis capable d’adhérer à cette vision. Elle vit beaucoup de scènes très puissantes. La façon d’écrire de Guy nous amène à voir des personnages très concrets et à la fois tragiques, ce qui fait que c’est un peu surélevé par rapport au réel. C’est sa signature et j’aime beaucoup cela comme le témoigne cette troisième collaboration.

Souley Keïta : Nous sommes dans un film à la fibre familiale et nous avons l’impression, j’espère le découvrir très vite en visionnant le film dans les mois à venir, d’avoir un trait de l’identité québécoise, celui de ne jamais abandonner quelqu’un en arrière. Comment le percevez-vous ?

Christine Beaulieu : Ce qui m’a beaucoup touché et même animé dans ce film, c’est que le réalisateur Guy Édoin nous invite chez lui, dans la maison qui l’a vu grandir. On tourne dans sa maison, dans la maison de ses parents, dans la maison de sa sœur. C’est une symbolique très forte, car c’est un lieu que ces ancêtres ont foulé, mais également une invitation à travers un univers qui le fait vibrer. Nous sommes au cœur de ce qui le touche, et en tant qu’actrice, c’est ce que je souhaite en m’abandonnant dans un univers qui m’a vraiment appelé.

Marilyn Castonguay : Je seconde, car c’est vraiment touchant de voir cette porte ouverte à tant de monde. Pour moi, ces femmes sont impressionnantes. Ce noyau de femmes que l’on voit très rarement, ce sont des femmes fortes, différentes, mais semblables en même temps, qui se suivent tant bien que mal, elles se poussent pour mieux se relever. Elles se supportent et l’amour de ces femmes-là, mais également leurs solidarités m’ont le plus transcendé à travers ce contexte rural qu’on exploite peu. Pour ma part, je connaissais très peu cet univers de la ferme et je n’avais jamais vu des gens de la ferme travailler au quotidien, c’est vraiment du travail, ce sont des gens qui se donnent au gros ouvrage pour nourrir une population.

Souley Keïta : Ayant quelques bribes de l’histoire et sans trop révéler, j’ai l’impression que l’on se dégage un petit peu, ou du moins on rentre dans un ciné-direct avec des personnalités entières qui représentent le Québec, est-ce que l’on tombe inexorablement dans cet amour du rural et que la province, c’est une vision d’ensemble, tant citadine que rurale ?

Marilyn Castonguay : Je pense que oui, par l’image, par la manière dont il pose la caméra sur nous, mais aussi sur l’environnement cela fait en sorte que l’on tombe définitivement en amour avec le lieu, avec cette terre. Guy Édoin sait la mettre vraiment en valeur.

Christine Beaulieu : Oui, d’ailleurs la nature est très présente dans le film, que ce soit par le biais de la flore ou que ce soit par le biais de la faune. Il y a la présence de ces animaux autant sauvages que domestiques qui font vraiment partie de ce film, nous avons l’impression qu’il rapproche l’humain de l’animal ou inversement. 

Marilyn Castonguay : Ce film, c’est aussi une réflexion de nous ramener à l’essentiel, de nous ramener à la base. Mon personnage s’occupe de la vente de granges, de la vente de fermes et puis elle a ce rapport à la ferme ou à l’animal qui est crucial. C’est de là que nous venons à la base donc il y a également une réflexion sur cela. 

Souley Keïta : Il y a ce rapport à la ferme, mais il y a avant tout la nécessité de mettre en lumière le travail important de la femme dans ce milieu que nous oublions souvent avec l’émergence des villes. Comment définissez-vous ces femmes que vous jouez, mais aussi leur importance ? 

Christine Beaulieu : C’est très personnel pour Guy, car nos personnages sont inspirés de sa mère, de sa sœur. Ce sont des femmes fortes que l’on a pu voir travailler très durement et que le réalisateur a pu voir depuis son enfance. Il y a de nombreuses qualités que l’on ne montre pas souvent et il le fait avec ce film.

À sa sortie dans quelques mois, Frontières de Guy Édoin sera forcément un des films à surveiller et à voir tant par sa proposition que par sa volonté de donner une voix à un milieu souvent resté dans l’ombre.


Partager cet article
Commentaires
Publicité')