De QS au PCQ : un transfert étrange mais pas si surprenant

1 avril 2022Julien Fecteau Robertson
Catégories : Politique , Politique nationale

On rigole beaucoup de l’histoire de cette ancienne candidate solidaire de 2007 et 2008, qui s’oppose aujourd’hui aux mesures sanitaires et au consensus scientifique sur le vaccin, qui veut se présenter pour le PCQ dans le comté de Johnson, et qui avouait ne pas vraiment s’être renseignée sur le programme. C’est en effet une drôle d’histoire, mais moins étrange qu’on pourrait le croire.

Notre démocratie représentative repose sur un paradoxe. D’un côté (et on n’aime pas se le faire rappeler), il y a un principe aristocratique selon lequel certains citoyens seraient mieux placés que d’autres pour prendre de bonnes décisions. De l’autre, il y a un principe démocratique selon lequel le peuple aurait assez de sagesse pour reconnaître et élire ceux qui ont davantage de connaissances, de sagesse, d’honnêteté et de compétences pour gouverner. Mais ça ne fonctionne pas toujours très bien.

Il y a plein de façon de s’impliquer dans une organisation politique et, idéalement, ces organisations devraient s’arranger pour que chaque militant occupe un poste où il sera le plus utile. Cependant, il y a un paquet de facteurs sociaux et psychologiques qui font que certaines personnes moins compétentes vont surestimer leur valeur, au point même de se présenter comme candidates. On peut citer l’effet Dunning-Krueger ou le seuil de Peters en exemple. Il y a aussi un paquet d’autres facteurs qui font que des personnes intelligentes, de bonne foi, et souvent mieux qualifiées, vont malheureusement les laisser faire. On remarque par exemple que les personnes ayant moins de connaissances sont souvent plus convaincues, et donc plus convaincantes, sur des sujets qu’elles maîtrisent moins. 

Des hurluberlus, en politique, il y en a vraiment, vraiment beaucoup.

En ce moment même, le chef du Parti vert québécois se met son parti à dos et défend ouvertement les revendications de Poutine sur les réseaux sociaux. La cheffe des verts fédéraux n’a pas fait beaucoup mieux l’an dernier. Certains se souviendront de cette conseillère municipale de l’Outaouais qui voulait remettre en question la rotondité de notre planète. À presque chaque élection, on découvre des déclarations racistes chez deux ou trois candidats péquistes ou bloquistes. Maxime Bernier a déjà été ministre et a failli devenir chef du deuxième parti le plus important du pays. Plusieurs députés conservateurs, dont la cheffe intérimaire, ont appuyé les manifestations antiscience de cet hiver. Plusieurs ministres caquistes ou libéraux se couvrent de ridicule quand ils essaient de parler d’environnement, de féminisme ou de justice économique. Et je ne vous parle même pas de ce qui se passe au sud de la frontière.

S’impliquer en politique, c’est entre autres choisir de travailler avec des gens dont on doit respecter l’intelligence malgré les désaccords. Mais c’est aussi accepter de côtoyer un certain nombre de gens au discours moins pertinent. 

Ça fait huit ans que je milite à QS, et des hurluberlus, j’en ai croisé quelques-uns. Je ne suis malheureusement pas surpris de voir que l’une d’entre eux avait réussi à gagner une investiture il y a 15 ans, alors que le parti était encore jeune. Je ne suis pas surpris non plus que cette femme appartenait à une mouvance qui flirte souvent avec la pseudoscience, qui est heureusement marginale dans le parti, et que la pandémie aura aidé à marginaliser encore plus.


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