La théorie du ruissellement

7 juin 2022Sophie Parent
Catégories : Éditorial , Opinion


Depuis l’annonce électoraliste du gouvernement provincial de donner 500$ à tout le monde gagnant moins de 250 000$/an – sauf si t’as pas d’adresse ou une dette à l’aide sociale, mettons – j’ai comme un malaise. 

À la veille du 1er juillet, c’est un malaise qui revient et qui s’intensifie. Et je crois avoir compris pourquoi. C’est que cette mesure me rappelle la fameuse théorie du ruissellement. Celle-là même qui a été entretenue par la classe aisée et les Ronald Reagan de ce monde pour justifier son enrichissement sur le dos de la classe ouvrière. 

Mais qu’est-ce que c’est donc, cette théorie du ruissellement ? 

À en croire la page Wikipédia francophone sur la question, la théorie du ruissellement « estime qu’une politique favorisant les revenus des plus riches, notamment par une réduction de leurs impôts, profite à toute l’économie. Cette réduction d’impôts permettrait de dégager des revenus auparavant ponctionnés par l’État, qui seraient réinvestis par les plus riches dans l’économie. Ce réinvestissement « ruissellerait » ainsi jusqu’aux classes populaires ». On peut aussi y lire qu’il s’agit d’une « hypothèse économique non démontrée et critiquée par une majorité d’économistes ». 

Ce crédit d’impôt, il ne semble pas vraiment avoir ruisselé très bas jusqu’à présent. On se rappellera aussi qu’il a été accordé quand on niait encore l’existence d’une crise du logement. Pourtant, les mêmes sommes à l’échelle provinciale auraient peut-être pu être investies en logement, pour ne citer que cet exemple. En outre, au niveau des champs de compétences, on se rappellera que le logement est l’affaire du palier de gouvernance provincial… Alors pourquoi est-ce que j’ai l’impression que c’est seulement que les municipalités qui s’en occupent, en ce moment? 

Bien sûr, à la suite de la vente du Faubourg Mena’sen qui a fait un tollé dans les médias, on a vite fait de mettre en branle un projet de loi pour s’assurer qu’à l’avenir, la vente d’un OBNL devra être autorisée par le Ministère au préalable. À l’Assemblée nationale, on planche aussi sur un projet de loi visant à faciliter l’acquisition de terrains par les villes pour la construction d’édifices et d’infrastructures publiques, notamment. 

De petites actions bien timides devant l’ampleur de la crise en perspective, si vous voulez mon avis. Rien qui n’aborde les enjeux structurels. Avec des actions aussi faibles, possiblement qu’on ne saura jamais où sont passés les 18 millions de la vente du Faubourg Mena’sen. Une chose est claire, toutefois : ça ne ruissèlera certainement pas jusque chez les locataires concerné·e·s. 

Toujours en matière de logement, il faut aussi se rappeler qu’à Sherbrooke, c’est le provincial qui ralentit depuis 4 ans le projet d’habitations sur la rue Galt, lequel prévoit 116 unités d’habitations à loyer modique. Drôle de hasard, ça risque d’être à peu près autant de ménages qui vont se retrouver à la rue à la fin du mois, cette année. Et c’est la ville qui va assumer à ses frais (et peut-être une contribution des locataires) – les montants accordés par le provincial étant insuffisants – pour offrir l’aide d’urgence aux ménages sans logement. 

Pourtant, il me semble que le provincial se devrait d’être un leader en la matière et de coordonner la mise sur pied d’un programme d’aide d’urgence qui serait le même d’une ville à l’autre. Parce que pour l’instant, chaque ville fait comme elle peut. 

À la veille du 1er juillet, ce qui est inquiétant, c’est de voir que le palier provincial s’en lave les mains de savoir ce que feront les ménages locataires à la rue. C’est pelleté dans la cour des municipalités. 

Pour l’instant, tout ce qui ruisselle, ce sont les problèmes.


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