À boire et à manger: Festival cinéma du monde de Sherbrooke

Catégories : Buffet critique , Lecture

Les Chatouilles
Andréa Bescond, Eric Métayer

S’il y a un seul film qu’il fallait voir pendant le festival, c’était Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et Eric Métayer. Ce drame français raconte l’histoire d’Odette, huit ans, victime d’agressions sexuelles de la part d’un pédophile et ami de la famille. Une fois adulte, elle se libérera peu à peu de ce drame intérieur par la danse contemporaine. Malgré le sujet lourd, ce film est parsemé d’humour, de tendresse et de fantaisie, ce qui en fait une œuvre complète. Ce récit est une démarche très personnelle. En effet, Andréa Bescond est allée puiser dans son propre et malheureux vécu d’enfance pour créer cette histoire, qui fut d’abord une pièce intitulée « Les Chatouilles ou la danse de la colère ». Cette histoire met également en lumière la lourde tâche de devoir dénoncer et de devoir tout faire pour se faire entendre, mais surtout croire par la justice. Andréa Bescond et Eric Métayer ne prétendent pas changer les choses avec un seul film, mais ils tiennent d’abord à dénoncer, ce qui est déjà un premier pas. Le film a d’ailleurs gagné le prix Cercle d’or Meilleur long métrage de fiction.

Leto
Kirill Serebrennikov

Leto, signifiant l’été, est un film russe s’inspirant de la vie de deux chanteurs rock, Viktor Tsoï et Mike Naumenko. Le tout est réalisé en noir et blanc, parfois même avec un semblant de gravure sur pellicule, pour un rendu à la manière d’un vidéoclip. C’est un film dans l’esprit de celui de Gainsbourg (vie héroïque) ou de Across the Universe, où la musique prend toute la place. D’ailleurs, le film a eu six nominations à Cannes en 2018 et a décroché le prix de la meilleure musique à Cannes Soundtrack. Le réalisateur voulait démontrer la liberté de création qui régnait encore selon lui dans les années 1980. On notera la beauté des images et surtout la trame sonore faite de classiques américains et de chansons russes, tantôt mélancoliques, tantôt humoristiques, toujours poétiques. Quant au réalisateur, Kirill Serebrennikov, ouvertement gai dans la Russie actuelle, il est par le fait même régulièrement arrêté. Présentement, il travaille à un projet sur Tchaïchovski, en ne cachant pas que le compositeur était lui-même gai.

20-22 Oméga
Thierry Loa

L’Anthropocène (l’Ère de l’Homme), cette nouvelle ère géologique due à l’impact de nos activités humaines sur l’état géologique et biologique de la Terre a fait l’objet de deux films documentaires lors du FCMS. Notre coup de cœur revient sans hésiter à 20-22 Oméga de Thierry Loa. Ce film expérimental construit sur un montage d’images sans dialogues à la manière du «cinéma pur» des années 1920 propose une vision sensible d’un monde où l’humain crée, produit, se déplace, vit en interaction, mais où la nature a pris une place secondaire voire factice. La trame sonore alliant des chants de gorges Inuits, des chœurs, des orgues sert de véhicule à ce voyage dans notre modernité urbaine. Personnellement nous n’avons pas apprécié la musique, ressentie comme agressive, cassant le rythme des images et rendant ainsi la narration visuelle distante. Cependant, le débat qui a suivi la projection en présence du réalisateur a montré que de nombreuses personnes avaient apprécié la musique. Thierry Loa nous offre une œuvre riche de références, immersive et réflexive. Un film à la hauteur de l’enjeu de l’Anthropocène.


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