Avec pas d’casque aux Pays-Bas

3 février 2024Sylvain Bérubé
Catégories : Environnement , Transport

Au pays des tulipes et des moulins, où le réseau cyclable est réputé parmi les plus sécuritaires au monde, une tendance surprenante se dessine : le port du casque à vélo est loin d’être la norme. Alors que les Pays-Bas sont renommés pour son infrastructure dédiée aux cyclistes, offrant des pistes bien entretenues et des mesures de sécurité efficaces, la culture du vélo hollandaise semble déroger à la pratique commune du port du casque. 

Cette singularité soulève des questions sur la perception du risque et la manière dont les Pays-Bas, malgré leur réputation de sécurité cycliste exemplaire, abordent la protection individuelle des adeptes de la petite reine. Alors, pourquoi les Néerlandais ne portent-ils pas de casques de vélo, alors qu’ils roulent partout et tout le temps ?

Commençons par l’exposition de quelques faits. Tout d’abord, les Pays-Bas méritent bien son qualificatif de « pays du vélo ». En effet, la bicyclette y représente 27 % du nombre total de déplacements, surpassant largement les taux observés au Danemark (18 %), en Allemagne (10 %), en France (3 %), au Canada (2 %) et au Royaume-Uni (2 %). D’ailleurs, le pays compte plus de vélos que d’habitants et on y roule en moyenne 880 km par individu par année. Ensuite, il est vrai qu’on y boude le casque, car seulement 1 % des cyclistes y sont casqués, alors que cette proportion est de 20 % en Europe et est supérieure à 50 % au Québec. Finalement, il est également vrai que ce pays est parmi les plus sécuritaires au monde pour les déplacements à vélo : en termes de faible taux de mortalité par millions de kilomètres parcourus, le pays est en tête avec la Norvège. 

Paradis du vélo

On va maintenant s’intéresser davantage à l’avènement de la popularité du vélo aux Pays-Bas. Chose peu connue, la pratique de la bicyclette s’est effondrée là-bas au cours des années 1950 et 1960. Ainsi, dans les années 1970, les déplacements étaient principalement réalisés en voiture. Or, confrontée à l’envahissement brutal de l’automobile, la population en a eu marre. Ainsi, au cours des années 1960 marquées par des changements économiques, sociaux et culturels, divers mouvements contestataires contre la société de consommation émergent dans un climat d’effervescence et revendiquent un meilleur partage de l’espace urbain. En parallèle, la crise énergétique entraine une multiplication par quatre des prix du pétrole, suscitant une prise de conscience soudaine de la nécessité de promouvoir des modes de transport alternatifs à
l’automobile.

C’est dans ce contexte que plusieurs initiatives ont été mises en œuvre pour créer un environnement propice à la pratique du vélo en toute sécurité. Pour commencer, le gouvernement a massivement investi dans le développement d’infrastructures cyclables efficaces et sures, comprenant des pistes cyclables dédiées, des ponts et des voies réservées aux cyclistes. Aussi, de façon générale, les villes néerlandaises sont conçues de manière à favoriser l’utilisation du vélo, car les rues étroites, les zones piétonnes, et l’accessibilité facilitent le déplacement à vélo.

Avec l’adoption massive du vélo comme mode de déplacement, une culture du vélo en vient à profondément s’intégrer dans la culture néerlandaise, si bien qu’il est dorénavant considéré comme un moyen de transport ordinaire, utilisé par toutes les tranches de la population pour se rendre au travail, à l’école ou pour les loisirs. Pour illustrer, dès qu’un enfant néerlandais sait marcher, on lui apprend immédiatement à faire du vélo. Les enfants commencent à faire du vélo si tôt que lorsqu’ils sont un peu plus âgés, ils savent déjà comment manier un vélo en toute sécurité. 

Parlant de sécurité, les Néerlandais accordent une grande importance à cet aspect. Les campagnes de sensibilisation et les règles de conduite strictes, incluant des mesures de réduction de la vitesse des automobilistes sur plusieurs routes, contribuent à créer un environnement sûr pour les cyclistes. Puis le Pays-Bas a une forte sensibilité environnementale, et l’utilisation du vélo est perçue comme un moyen de transport durable, contribuant à la réduction de la pollution et des émissions de carbone.

L’interaction de tous ces facteurs a créé un environnement propice à l’utilisation du vélo aux Pays-Bas, en faisant un moyen de transport populaire, pratique et intégré dans le mode de vie quotidienne des habitants.

Le cyclisme est une activité sécuritaire

Il faut le dire, le cyclisme n’est pas une activité intrinsèquement dangereuse : c’est l’environnement routier qui est dangereux. Et comme on l’a vu, les Néerlandais ont su créer un environnement cycliste sûr. Vivement qu’on s’en inspire au Québec !

Pour ou contre l’obligation de casque à vélo pour les adultes ?

Effet individuel : L’utilisation d’un casque prévient les blessures graves. Il est dans l’intérêt de chacun de porter un casque à vélo. Mettez un casque et encouragez les autres à en faire de même.

Effet collectif : La sécurité à vélo dépend davantage du nombre de cyclistes que du port du casque. Instaurer le port du casque comme un critère obligatoire pour l’accès au vélo diminue l’utilisation du vélo et se révèle contreproductif. Pour illustrer, lorsque la Nouvelle-Zélande a rendu obligatoire le port du casque, la pratique du vélo a chuté de 50 % et les blessures (au prorata du nombre de cyclistes) ont augmenté.

Conclusion : Mieux vaut beaucoup de cyclistes pas tous casqués que peu de cyclistes tous casqués.


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