50e anniversaire de la grève de l’amiante : une Grande Victoire syndicale

1 mai 1999

En cette Fête internationale des travailleurs et travailleuses, la CSD et le Syndicat National de l’Amiante d’Asbestos (C.S.D.) veulent profiter de l’occasion pour dresser le bilan des impacts que cette grève historique a eu sur l’amélioration des conditions de travail dans l’industrie minière et, de façon plus générale, sur les conditions de travail de l’ensemble des Québécois.

Il y a 50 ans, 5000 travailleurs de l’amiante
déclenchaient une grève historique qui allait
marquer l’histoire du syndicalisme québécois et
dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.

Pour les travailleurs directe­ment impliqués dans le con­flit, du 13 février au 1er juillet 1949, la grève d’Asbestos est un épisode à oublier telle­ment la violence et l’impres­sion d’être retournés au tra­vail humiliés a été forte. Par contre, cette grève a été un point tournant dans l’histoire des relations de travail au Québec, sinon carrément une étape de la révolution indus­trielle du Québec.

Une loi inadéquate

Il faut voir que dans une pers­pective à moyen et à long ter­me, la grève d’Asbestos a ef­fectivement changé le cours des choses en matière de rela­tions de travail de même que dans les rapports avec l’Église et l’État. C’est en effet à l’occasion de cette grève que la Loi des Relations ouvrières de 1944 est apparue être un cadre législatif inadéquat pour régir les relations de tra­vail et que la partialité de la Commission des relations ouvrières a été révélée au grand jour. Aussi, dès la fin du règne de Maurice Duples­sis en 1959-1960, la révision des lois du travail commen­çait et allait mener à l’adop­tion du Code du travail en 1964. La Commission des relations ouvrières pour sa part était rebaptisée la Com­mission des relations du tra­vail du Québec et, surtout, elle était réformée pour de­venir un organisme tripartite où le paritarisme pouvait réellement s’exprimer.

Le président du Syndicat Na­tional de l’Amiante d’Asbes­tos (C.S.D.), M. Rodrigue Chartier nous explique de son côté que : « Mis à part les revendications à incidence monétaire, une des principa­les demandes du Syndicat vi­sait, pour la première fois au Québec, la santé et la sécu­rité du travail, soit l’élimina­tion des poussières d’amiante à l’intérieur et à l’ex­térieur des moulins. » Deman­de à laquelle viendra s’ajou­ter plus tard celle de la re­connaissance de l’amiantose comme maladie profession­nelle. Si cette dernière ne fût reconnue qu’en 1975 avec l’introduction d’une loi, il est permis de penser que la mise à l’ordre du jour de cette question, dès 1949, n’est pas passée inaperçue à ce mo­ment ni depuis la loi de 1975. Le fardeau de la preuve est alors inversé : ce n’est plus au mineur à prouver que sa ma­ladie pulmonaire est liée à son travail, mais à la compa­gnie de prouver que la mala­die pulmonaire de tel ou tel mineur puisse être autre cho­se que de l’amiantose.

Dure victoire syndicale

Le fait pour le Syndicat de re­couvrer son certificat d’ac­créditation a été lourd de signification pour l’ensemble du mouvement syndical. En effet, même si la Commission des relations ouvrières révo­quant ce certificat en février 1949 avait erré en droit, la collusion entre le pouvoir po­litique et économique était telle à l’époque que rien, sauf une victoire du syndicat sur cette question, ne garantissait que tout syndicat déclen­chant une grève illégale ne se venait pas dorénavant révo­quer son certificat d’ac­créditation. Si le syndicat ne gagnait pas cette bataille de l’accréditation, il est fort pos­sible que tout le mouvement syndical aurait eu à souffrir de la situation et qu’il ne se serait pas développé au mê­me rythme que ce qu’on lui connaît jusqu’à aujourd’hui.

De plus, le syndicat réussira dans les années soixante, à négocier l’application de la formule Rand, soit le paie­ment obligatoire des cotisa­tions syndicales par tous les employés, qu’ils soient membres ou non du syndicat; le syndicat se contentant du précompte volontaire jusque-là (c’est-à-dire que ceux qui désiraient payer leur cotisa­tion syndicale devaient rem­plir une autorisation à cet ef­fet, autorisation révocable à tout moment). Cette reven­dication fit partie des deman­des du syndicat dès décem­bre 1948; c’était la première fois qu’ on réclamait l’applica­tion de la formule Rand au Québec, ce qui eut pour effet d’inscrire cette revendication à l’agenda de plusieurs syn­dicats par la suite; puis dans le Code du travail en 1977.

Retrait de l’Église

Enfin, c’est le 1er mai 1949, à l’église Notre-Dame, à Mon­tréal, lors d’une messe célé­brée par monseigneur Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal, que fût ordonnée une quête spéciale dans tou­tes les églises de Montréal en faveur des grévistes. Quel­ques jours plus tard, l’Acte d’Émeute fut prononcé à As­bestos et on assista à une vio­lente répression de la part de la Police provinciale de mon­sieur Maurice Duplessis en­vers les grévistes. C’est d’ail­leurs suite à ce grave conflit que l’Église s’est retirée vers le domaine spirituel, faisant en quelque sorte, le choix de laisser d’autres intervenants s’occuper du domaine tempo­rel.Quelques années plus tard le mouvement syndical allait se déconfessionnaliser.

La CSD profite de la fête du 1er mai pour rendre hommage au courage et à la détermina­tion des travailleurs qui ont participé à cette grève car ce sont eux qui ont changé à tout jamais l’histoire du syndica­lisme québécois en nous fai­sant faire un grand pas vers l’amélioration de nos condi­tions de travail.

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