En cette Fête internationale des travailleurs et travailleuses, la CSD et le Syndicat National de l’Amiante d’Asbestos (C.S.D.) veulent profiter de l’occasion pour dresser le bilan des impacts que cette grève historique a eu sur l’amélioration des conditions de travail dans l’industrie minière et, de façon plus générale, sur les conditions de travail de l’ensemble des Québécois.
Il y a 50 ans, 5000 travailleurs de l’amiante
déclenchaient une grève historique qui allait
marquer l’histoire du syndicalisme québécois et
dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.
Pour les travailleurs directement impliqués dans le conflit, du 13 février au 1er juillet 1949, la grève d’Asbestos est un épisode à oublier tellement la violence et l’impression d’être retournés au travail humiliés a été forte. Par contre, cette grève a été un point tournant dans l’histoire des relations de travail au Québec, sinon carrément une étape de la révolution industrielle du Québec.
Une loi inadéquate
Il faut voir que dans une perspective à moyen et à long terme, la grève d’Asbestos a effectivement changé le cours des choses en matière de relations de travail de même que dans les rapports avec l’Église et l’État. C’est en effet à l’occasion de cette grève que la Loi des Relations ouvrières de 1944 est apparue être un cadre législatif inadéquat pour régir les relations de travail et que la partialité de la Commission des relations ouvrières a été révélée au grand jour. Aussi, dès la fin du règne de Maurice Duplessis en 1959-1960, la révision des lois du travail commençait et allait mener à l’adoption du Code du travail en 1964. La Commission des relations ouvrières pour sa part était rebaptisée la Commission des relations du travail du Québec et, surtout, elle était réformée pour devenir un organisme tripartite où le paritarisme pouvait réellement s’exprimer.
Le président du Syndicat National de l’Amiante d’Asbestos (C.S.D.), M. Rodrigue Chartier nous explique de son côté que : « Mis à part les revendications à incidence monétaire, une des principales demandes du Syndicat visait, pour la première fois au Québec, la santé et la sécurité du travail, soit l’élimination des poussières d’amiante à l’intérieur et à l’extérieur des moulins. » Demande à laquelle viendra s’ajouter plus tard celle de la reconnaissance de l’amiantose comme maladie professionnelle. Si cette dernière ne fût reconnue qu’en 1975 avec l’introduction d’une loi, il est permis de penser que la mise à l’ordre du jour de cette question, dès 1949, n’est pas passée inaperçue à ce moment ni depuis la loi de 1975. Le fardeau de la preuve est alors inversé : ce n’est plus au mineur à prouver que sa maladie pulmonaire est liée à son travail, mais à la compagnie de prouver que la maladie pulmonaire de tel ou tel mineur puisse être autre chose que de l’amiantose.
Dure victoire syndicale
Le fait pour le Syndicat de recouvrer son certificat d’accréditation a été lourd de signification pour l’ensemble du mouvement syndical. En effet, même si la Commission des relations ouvrières révoquant ce certificat en février 1949 avait erré en droit, la collusion entre le pouvoir politique et économique était telle à l’époque que rien, sauf une victoire du syndicat sur cette question, ne garantissait que tout syndicat déclenchant une grève illégale ne se venait pas dorénavant révoquer son certificat d’accréditation. Si le syndicat ne gagnait pas cette bataille de l’accréditation, il est fort possible que tout le mouvement syndical aurait eu à souffrir de la situation et qu’il ne se serait pas développé au même rythme que ce qu’on lui connaît jusqu’à aujourd’hui.
De plus, le syndicat réussira dans les années soixante, à négocier l’application de la formule Rand, soit le paiement obligatoire des cotisations syndicales par tous les employés, qu’ils soient membres ou non du syndicat; le syndicat se contentant du précompte volontaire jusque-là (c’est-à-dire que ceux qui désiraient payer leur cotisation syndicale devaient remplir une autorisation à cet effet, autorisation révocable à tout moment). Cette revendication fit partie des demandes du syndicat dès décembre 1948; c’était la première fois qu’ on réclamait l’application de la formule Rand au Québec, ce qui eut pour effet d’inscrire cette revendication à l’agenda de plusieurs syndicats par la suite; puis dans le Code du travail en 1977.
Retrait de l’Église
Enfin, c’est le 1er mai 1949, à l’église Notre-Dame, à Montréal, lors d’une messe célébrée par monseigneur Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal, que fût ordonnée une quête spéciale dans toutes les églises de Montréal en faveur des grévistes. Quelques jours plus tard, l’Acte d’Émeute fut prononcé à Asbestos et on assista à une violente répression de la part de la Police provinciale de monsieur Maurice Duplessis envers les grévistes. C’est d’ailleurs suite à ce grave conflit que l’Église s’est retirée vers le domaine spirituel, faisant en quelque sorte, le choix de laisser d’autres intervenants s’occuper du domaine temporel.Quelques années plus tard le mouvement syndical allait se déconfessionnaliser.
La CSD profite de la fête du 1er mai pour rendre hommage au courage et à la détermination des travailleurs qui ont participé à cette grève car ce sont eux qui ont changé à tout jamais l’histoire du syndicalisme québécois en nous faisant faire un grand pas vers l’amélioration de nos conditions de travail.





